Mon grand frère et moi — Il n’est jamais trop tard pour apprendre à connaître quelqu’un, surtout son frère !

Avec Mon grand frère et moi, Ryôta Nakano explore le deuil à hauteur d’humain, entre souvenirs, humour et fragilité. Un récit sensible où l’absence devient un espace à habiter, plutôt qu’un vide à combler.

Riko (Ko Shibasaki) n’a jamais eu une relation simple avec son frère disparu. Pourtant, sa mort fait ressurgir une présence inattendue, envahissante, presque intime. Entre les factures laissées derrière lui, les souvenirs parfois embarrassants et la découverte d’un enfant, elle doit composer avec un héritage aussi matériel qu’émotionnel. Aux côtés de son ex-belle-sœur Kanako (Hikari Mitsushima), elle tente de remettre de l’ordre dans ce chaos, oscillant entre rires nerveux et moments de vérité. Peu à peu, l’image du frère évolue, révélant des facettes insoupçonnées, contradictoires, profondément humaines. À mesure que les regards se croisent et se confrontent, Riko redécouvre un lien qu’elle croyait brisé, et apprend à avancer, non pas en tournant la page, mais en acceptant de vivre avec elle.

Un film saisissant sur le deuil

Mon grand-frère et moi est peut-être le plus beau film sur le deuil et sur la relation frère-sœur. Il peut parfois nous arriver d’imaginer que nos proches inventent des excuses, mais parfois une histoire un peu trop grosse est simplement la vérité. C’est ce questionnement, qui est au centre du film et qui nous conduit à se questionner sur notre choix entre croire ou ne pas accepter pour juste se protéger et éviter de s’investir. Finalement, si cet homme a déçu plusieurs de ses proches, personne ne semble vraiment le connaître.

Ryôta Nakano film tout cela avec une poésie, une tendresse et ne cherche pas à imposer une réalité, mais les faire cohabiter. Et c’est là toute la force de cette œuvre rendant hommage à la puissance de l’imaginaire.

Cette approche se prolonge dans la manière dont il refuse toute représentation frontale ou spectaculaire du deuil, préférant suivre les vivants, ceux qui restent, et leur lente réappropriation du quotidien. Le cinéaste capte ces instants presque invisibles, un geste, un silence, une maladresse, qui deviennent les véritables points d’ancrage émotionnels du récit. On comprend alors que la disparition n’efface rien, elle recompose, elle déplace les regards, elle oblige chacun à redéfinir ce qu’il croyait connaître.

Le frère, figure centrale et pourtant absente, existe à travers les perceptions multiples des personnages, jamais figé, toujours mouvant. Ce choix narratif évite le piège du souvenir figé ou idéalisé, pour proposer une mémoire vivante, contradictoire, profondément humaine. Dans cette logique, même les moments les plus lourds, comme la gestion concrète de l’après, les factures, les objets, les responsabilités, sont traversés par une forme d’ironie douce, presque salvatrice. Cette “tragédie comique”, héritée d’une certaine tradition japonaise, permet au film de ne jamais sombrer dans le pathos. Il en ressort une œuvre d’une grande justesse, où l’humour, discret mais constant, agit comme une respiration, rappelant que la vie persiste, malgré tout, jusque dans ses contradictions les plus déroutantes.

Il n’est jamais trop tard pour apprendre à connaître quelqu’un, surtout son frère !

Cette phrase résume à elle seule l’élan du film, qui trouve son origine dans un récit profondément intime, celui de Riko Murai, dont l’expérience personnelle a servi de socle à l’écriture.
Ryôta Nakano s’est emparé de cette matière avec respect, sans chercher à reproduire fidèlement chaque détail, mais en l’assimilant pour en restituer l’essence, celle d’un deuil traversé par la vie, les contradictions, et une forme d’humour inattendu. Ce choix explique aussi la direction du casting, pensée non pas pour illustrer des archétypes, mais pour faire émerger des nuances. Ko Shibasaki apporte à Riko une retenue fragile, presque en décalage avec l’image plus distante qu’elle a souvent incarnée, ce qui renforce la sincérité du personnage.
Face à elle, Joe Odagiri incarne un frère insaisissable, autant agaçant qu’il est profondément attachant, dont la présence repose sur une interprétation subtile, jamais appuyée. Il est celui qui mange à pleines dents la vie, qui cherche toujours à s’émerveiller et surtout à aider les autres… Mais comme personne ne voyait en lui un adulte responsable, ses actes et ses mots n’ont jamais été pris au sérieux, souvent perçus comme une fabulation ou des excuses pour fuir ses responsabilités.
Hikari Mitsushima, elle, trouve un équilibre délicat entre distance et bienveillance, donnant à Kanako une épaisseur essentielle. Ce trio fonctionne parce qu’il repose sur une recherche de vérité plus que d’effet, et c’est précisément ce qui permet au film de toucher juste, en laissant le spectateur recomposer lui-même les contours de cette famille imparfaite.

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Note : 5 sur 5.

6 mai 2026 en salle | 2h 07min | Comédie dramatique
De Ryôta Nakano | 
Par Ryôta Nakano
Avec Kô Shibasaki, Joe Odagiri, Hikari Mitsushima
Titre original Ani wo mochihakoberu saizu ni


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