Dans Mi Amor, Guillaume Nicloux plonge au cœur d’un thriller sensoriel où disparition, désir et perte brouillent les repères. Entre fête nocturne et dérive mentale, le film installe une tension hypnotique dans un décor trompeur.
Romy (Pom Klementieff), DJ venue mixer aux Canaries avec son amie Chloé (Freya Mavor), voit son séjour basculer lorsque cette dernière disparaît au petit matin. Aidée par Vincent (Benoît Magimel), patron d’un nightclub aussi charismatique qu’ambigu, elle entame une recherche qui se transforme peu à peu en descente intérieure. Plus elle avance, plus le réel se fissure, laissant place à une perception troublée, presque paranoïaque. Dans cet environnement nocturne où la musique pulse comme un cœur artificiel, chaque indice devient une illusion possible. Entre attirance et danger, Romy s’accroche à Vincent sans savoir s’il est un allié ou une menace. Le film déroule alors un thriller amoureux où la vulnérabilité ouvre la porte à des choix irrationnels, dans un monde où l’on ne distingue plus clairement la vérité de la projection.

Un thriller prenant loin des cartes postales des Canaries.
Guillaume Nicloux s’entoure de deux actrices francophones reconnues par leurs prestations dans des productions anglophones. L’une dans les blockbusters américains et la seconde dans plusieurs films et une série à succès, Skins Uk. Pom Klementieff nous surprend, Freya Mavor est évanescente, elle devient une ombre dans un récit que l’on pourchasse. Quant à Benoît Magimel, il déploie une présence imposante. L’ensemble dans un univers électro, festif et étrange. Les Canaries sont vides, mais se réveillent la nuit. On est presque dans une forme d’état second en permanence. Bref, Guillaume Nicloux prouve une fois de plus que le cinéma français peut faire autre chose que des comédies et des drames, pour ainsi nous donner un thriller explosif.
Ce qui frappe ensuite, c’est la manière dont Guillaume Nicloux installe une tension qui ne repose pas uniquement sur la disparition, mais sur une lente dérive intérieure. Le personnage de Romy ne mène pas simplement une enquête, elle s’enfonce progressivement dans une perception altérée du réel, presque paranoïaque, où chaque détail devient suspect, chaque rencontre trouble. Cette construction en spirale, perceptible dans la mise en scène comme dans le récit, maintient un déséquilibre constant, renforçant l’impression d’hypnose évoquée à plusieurs reprises dans le film. Le spectateur n’est jamais totalement stable, il avance à tâtons, au même rythme que l’héroïne.
Le choix des Canaries n’est pas anodin. Loin des cartes postales, Guillaume Nicloux exploite les contrastes naturels de l’île, entre zones touristiques désertées et territoires plus arides, voire hostiles. Cette opposition nourrit un sentiment d’étrangeté permanente. En une heure de route, le décor change radicalement, comme si le film lui-même glissait d’un monde à un autre, sans prévenir . Cette géographie instable agit comme un piège mental, un espace où l’on se perd autant physiquement que psychologiquement.
Visuellement, le travail est particulièrement marquant. Le procédé infrarouge utilisé altère les couleurs du décor tout en conservant la carnation des visages, créant un décalage constant entre l’humain et son environnement. Le monde semble faux, contaminé, tandis que les personnages restent ancrés dans une réalité fragile. Ce choix n’est pas gratuit, il traduit l’état mental de Romy, son incapacité à distinguer clairement ce qui relève du réel ou de la projection intérieure. On est dans un réalisme qui bascule vers une forme de fantastique discret, jamais affirmé, mais toujours présent.
Enfin, la musique agit comme un véritable organe narratif. Pensée dès l’amont du tournage, elle ne se contente pas d’accompagner les images, elle structure le rythme du film, impose une pulsation. Les nappes électroniques et les motifs répétitifs enferment progressivement le spectateur dans une boucle sensorielle, presque physique. Ce n’est plus seulement un thriller, c’est une expérience, un état dans lequel on entre et dont il devient difficile de sortir.
L’idée du film naît d’un choc visuel lors d’une visite dans un parc animalier aux Canaries, où la vision des crocodiles réveille chez Guillaume Nicloux une référence immédiate au cinéma de genre, déclenchant le désir de construire un récit autour du danger latent et de la disparition . Le projet se structure ensuite autour d’une héroïne, pensée avant même l’intrigue, dans une logique instinctive propre au cinéaste. Le choix de Pom Klementieff s’impose après l’avoir remarquée dans des productions américaines, intrigué par son énergie physique et son potentiel dramatique. La rencontre confirme cette intuition, l’actrice apportant une tension constante au personnage. Face à elle, Freya Mavor incarne une présence plus flottante, presque insaisissable, renforçant le mystère autour de sa disparition. Ce duo féminin s’inscrit dans une volonté de thriller porté par des figures féminines, sans discours théorique, mais par évidence artistique.
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6 mai 2026 en salle | Thriller
De Guillaume Nicloux |
Par Guillaume Nicloux
Avec Pom Klementieff, Benoît Magimel, Freya Mavor
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