Le film OBSESSION qui sortira prochainement au cinéma en France est original car il montre comment formuler un vœu peut être dangereux. Dans le cas de vouloir être aimé en retour, tout semble logique, mais le résultat devient rapidement étrange et non raccord avec la réalité.
Bear (Michael Johnston) vit avec une frustration intime, celle de ne jamais réussir à exprimer ses sentiments. Lorsqu’un objet capable d’exaucer un souhait apparaît dans sa vie, il y voit une solution immédiate à ce blocage. La situation bascule lorsque Nikki change brutalement d’attitude. Ce qui devait combler un manque devient une présence envahissante, excessive, presque incontrôlable. Très vite, l’équilibre se rompt, et la relation glisse vers une dynamique où le désir n’est plus partagé, mais imposé, jusqu’à transformer le lien en enfermement progressif.
Notre chronique expresse :
Le film Obsession s’impose comme un objet original, car il montre à quel point formuler un vœu peut être dangereux, notamment dans le cas de vouloir forcer quelqu’un à nous aimer. Pourquoi ça marche pas. Si on est équilibré et censé, le changement de comportement de l’autre apparaît immédiatement étrange et non raccord avec ce qu’on appréciait chez elle. Le film met en lumière ce décalage, et montre peu a peu comment la jeune femme se retrouve démunie de toute liberté, comme si on avait mis quelque chose d’autre à sa place. Une obsession et l’excès deviennent alors le moteur de cette relation, qui n’est plus de l’amour, mais une prison pour les deux membres du couple, celui qui a formulé le vœu, et celle qui est zombifiée.
La problématique des vœux, on reçoit jamais vraiment ce que l’on désirait
Le films montre comment formuler un vœu peut être dangereux. Dans le cas de vouloir forcer quelqu’un à nous aimer, la logique semble implacable en apparence, mais elle se heurte rapidement à une réalité beaucoup plus troublante. Comme le souligne le récit, hérité d’une tradition proche de la patte de singe ou des objets capables d’exaucer les souhaits, il ne s’agit jamais d’un simple accomplissement, mais d’un détournement du désir .
Pourquoi ça marche pas ? La réponse tient dans une rupture fondamentale. Si on est équilibré et censé, on va trouver le changement de comportement de l’autre étrange et non raccord avec ce qu’on aimait chez elle. L’amour repose sur une cohérence interne, sur un ensemble de signes, de contradictions, de liberté, de résistances aussi. Dès que tu supprimes ça, tu obtiens une réponse mécanique. Et une réponse mécanique, l’esprit humain la détecte très vite comme fausse.
Ce que le film met en lumière avec précision, c’est ce moment de bascule. Le comportement devient trop lisse, trop conforme, presque programmé. Or, ce qui attire au départ, c’est justement l’imprévisible, la singularité, les aspérités. En les effaçant, on détruit l’objet même du désir. Le fantasme initial, celui d’un amour absolu, se révèle être une illusion incapable de soutenir la réalité d’une relation humaine.
À partir de là, le piège se referme. Celui qui a formulé le vœu devient prisonnier de son propre fantasme, car il ne retrouve jamais ce qu’il cherchait réellement. Il voulait être aimé, mais il obtient une version altérée, déformée ou artificielle de cet amour. Le récit insiste sur cette idée essentielle : on reçoit jamais vraiment ce que l’on désirait, mais une projection amplifiée et vidée de sens.
Cette mécanique transforme progressivement le lien en boucle fermée. Plus il veut contrôler, plus elle devient vide. Plus elle est vide, moins il est satisfait. Et plus il insiste. Le film ne traite pas la magie comme un spectacle, mais comme une expérience voire clinique, une manière d’exposer la fragilité des désirs humains lorsqu’ils cherchent à court-circuiter le réel.

De l’amour conditionné à la dépersonnalisation, voire à la possession
Le film montre le décalage et progressivement comment la jeune femme se retrouve démunie de toute liberté. C’est comme si on avait mis quelque chose d’autre à sa place. Une obsession et l’excès deviennent le moteur de cette relation, ce n’ est plus de l’amour mais une prison pour les deux membres du couple : celui qui a formulé le vœu et celle qui est zombifiée.
Ce basculement est au cœur du projet du réalisateur Curry Barker, qui interroge précisément le moment où ce qu’on considère habituellement comme de l’amour cesse de l’être. La jeune femme n’est plus seulement influencée, elle est vidée. Tu parles de “quelque chose d’autre à sa place”, et c’est exactement ça : une substitution. On n’est plus dans une relation, mais dans une possession.
La comparaison avec la magie noire ou le vaudou s’impose naturellement. Comme dans ces pratiques, l’individu perd sa volonté propre. Il devient un corps animé par une force extérieure. La figure du zombie n’est pas anodine ici. Elle traduit une perte totale d’autonomie, une dépersonnalisation où l’être humain n’est plus sujet, mais objet. Le lien amoureux est alors remplacé par une domination invisible, une forme d’emprise absolue.

Ce que le film capte avec une justesse dérangeante, c’est la transformation progressive du regard. Au départ, il y a une forme de satisfaction, presque une illusion de réussite. Puis très vite, le malaise s’installe. La présence devient envahissante, excessive et incontrôlable. Ce qui devait combler un manque devient une anomalie permanente. Le vœu censé trouver son accomplissement dans le désir, finalement, n’est pas satisfaisant. Se met en place une forme de réalité altérée où nous devenons un Dieu prisonnier de l’autre. Chaque geste ou mouvement vient contrarier ce nouvel ordre établi.
Concrètement, on quitte complètement le champ de l’amour pour entrer dans celui de l’obsession, au sens pathologique. Ce n’est plus une rencontre entre deux sujets, mais une tentative de supprimer l’autre pour ne garder qu’une projection. L’être aimé n’existe plus en tant que personne, mais uniquement comme réponse à un besoin.
Ce type de dynamique crée une double aliénation. Celle qui subit perd toute autonomie, donc toute capacité d’aimer réellement. Celui qui contrôle s’enferme dans une illusion dont il ne peut plus sortir. Il ne retrouve jamais l’émotion authentique qu’il cherchait, car celle-ci suppose précisément la liberté de l’autre.
Le film fonctionne précisément parce qu’il assume cette dimension. Il ne cherche pas à adoucir le propos. Il montre que le fantasme d’amour absolu est, en réalité, une forme de destruction. Et ce que cette histoire révèle, au fond, c’est une vérité simple, mais rarement acceptée : l’amour ne peut exister que s’il échappe au contrôle. Dès qu’il est imposé, il disparaît.
Inde Navarette explosive
Le film séduit par une idée simple, mais redoutablement efficace : détourner le fantasme du vœu exaucé pour en révéler la dimension toxique et profondément troublante. Là où beaucoup auraient choisi le spectaculaire, Curry Barker ancre son récit dans une obsession presque clinique, où l’amour forcé devient incohérent, artificiel, et donc immédiatement dérangeant. Cette logique rend le film crédible et installe un malaise constant, renforcé par une progression vers l’obsession et la perte de libre arbitre. La performance d’Inde Navarrette impressionne particulièrement : elle parvient à incarner cette bascule, passant d’une jeune femme libre à une présence envahissante, presque vidée, avec une justesse qui rend la dépersonnalisation tangible. Le film fonctionne parce qu’il ne triche pas, il montre que vouloir posséder l’autre détruit tout, y compris celui qui croit gagner.
L’amour n’est plus de l’amour, le sexe est mécanique et tout devient une mascarade. On se lasse avec le temps, car tout le quotidien prend la forme d’un scénario préétabli. Chaque conséquence paraît logique et dérangeante à la fois. Mais au-delà du concept, le véritable coup de cœur se porte sur la performance d’Inde, qui impressionne par la précision de son jeu. Sa prestation est physique, minutieuse et maligne. Sa préparation repose sur une compréhension instinctive du rôle. Elle confie avoir saisi immédiatement la personnalité de Nikki dans sa globalité dès la lecture du scénario, ce qui lui a permis d’aborder le tournage avec une assurance rare.
Une anecdote illustre parfaitement cette maîtrise : dès le premier jour, la scène où Nikki panique après un moment d’intimité a été tournée en une seule prise, et conservée telle quelle au montage. Ce choix traduit la justesse de son interprétation, brute, sans artifice. D’autant plus marquant qu’elle n’est pas familière du cinéma d’horreur, ce qui renforce la sincérité de son jeu.

Curry Barker est un jeune réalisateur, scénariste et monteur américain qui s’est d’abord fait connaître sur YouTube avec des contenus mêlant humour et narration, notamment au sein du duo That’s a Bad Idea. Très tôt, il développe un goût pour la mise en scène, réalisant ses propres projets dès l’adolescence. Son parcours prend un tournant avec le court métrage The Chair, puis avec le long métrage indépendant Milk & Serial, devenu viral. Avec Obsession, il signe son premier film destiné au cinéma, affirmant un style mêlant réalisme, tension et exploration des émotions extrêmes.
Comment est née l’idée du baton magique ?
L’idée du bâton que l’on casse pour formuler un vœu s’inscrit dans une réflexion plus large autour des objets censés exaucer les désirs. Le réalisateur ne s’est pas contenté de reprendre un symbole existant, il a mené un travail de recherche sur différentes croyances populaires, de l’os du bonheur aux puits à souhaits, en passant par les étoiles filantes et les célèbres pattes de singe. Cependant, rien ne lui semblait suffisamment pertinent, ou du moins assez ancré dans une réalité contemporaine crédible.
C’est ainsi qu’est née l’idée de concevoir un objet original, le Exauce Un Vœu, pensé comme un artefact à la fois familier et profondément inquiétant. Le geste de casser le bâton renvoie directement à cette tradition de l’os que l’on brise pour faire un vœu, mais ici, le symbole est détourné. L’acte n’est plus anodin, il devient un point de bascule, presque irréversible, matérialisé par un mécanisme inspiré d’un gadget de farce et attrape qui provoque une rupture nette et visuelle. Ce choix renforce la tension du moment, comme une décision que l’on regrette aussitôt prise.
Ce positionnement éclaire aussi le refus d’un imaginaire plus frontal comme le vaudou. Là où la magie noire implique une intention consciente de domination, le vœu repose sur une illusion bien plus universelle, celle de croire que l’on peut obtenir sans conséquence ce que l’on désire. Le film s’inscrit dans cette tradition narrative où le souhait exaucé devient un piège, en renversant les codes pour l’ancrer dans un cadre réaliste et émotionnellement identifiable. Ce choix permet d’impliquer directement le spectateur, car chacun peut se projeter dans cette tentation. En évitant le vaudou, trop marqué culturellement et immédiatement associé à une manipulation volontaire, le récit préfère explorer une zone plus ambiguë, où le danger naît de la naïveté, du manque, et du refus d’accepter la réalité. Le vœu devient alors un révélateur des désirs profonds, et surtout de leur part destructrice lorsqu’ils cherchent à s’imposer à l’autre.
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13 mai 2026 en salle | 1h 49min | Epouvante-horreur
De Curry Barker |
Par Curry Barker
Avec Michael Johnston (II), Inde Navarrette, Cooper Tomlinson
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