Inspiré d’une histoire vraie, Le Testament d’Ann Lee retrace le destin singulier de la fondatrice du mouvement religieux des Shakers. À travers un récit mêlant spiritualité, musique et transe collective, la réalisatrice Mona Fastvold explore la figure d’une femme visionnaire du XVIIIᵉ siècle dont l’utopie sociale continue d’interroger notre rapport à la foi et à la communauté.
Le film suit Ann Lee (Amanda Seyfried), figure mystique née dans la pauvreté à Manchester et devenue l’une des premières adeptes des « Shaking Quakers », une communauté religieuse connue pour ses prières chantées et ses mouvements extatiques censés purifier l’âme et le corps. Marquée par la mort de ses quatre enfants et par une vie conjugale douloureuse, elle développe une vision spirituelle radicale qui la conduit à prêcher l’égalité entre les sexes et le renoncement à la sexualité.
Autour d’elle gravite un cercle de fidèles et d’opposants. William Lee (Lewis Pullman), son frère, devient l’un de ses plus ardents soutiens et l’accompagne dans la diffusion du mouvement en Amérique. Abraham Standerin (Christopher Abbott), son mari, représente au contraire le regard inquiet d’un homme tiraillé entre la vie familiale traditionnelle et la ferveur religieuse qui s’empare de sa femme. Enfin, Sœur Mary (Thomasin McKenzie), disciple fervente et narratrice du récit, incarne la loyauté absolue envers cette communauté qui promet une forme d’utopie spirituelle.

Biopic d’une figure charismatique d’un groupe religieux issu de la réforme protestante
Le projet du film naît d’une découverte inattendue de la réalisatrice Mona Fastvold lors du tournage d’un précédent long métrage. En explorant des archives de chants religieux issus du mouvement Shaker dans l’État de New York, elle tombe sur un hymne intitulé « Pretty Mother’s Home ». Cette trouvaille l’amène à étudier l’histoire d’Ann Lee et de la communauté utopique qu’elle fonde au XVIIIᵉ siècle.
La cinéaste se passionne alors pour cette femme oubliée par l’histoire officielle, une dirigeante religieuse qui prônait la justice sociale et l’égalité entre hommes et femmes dans un contexte dominé par l’Église d’Angleterre et ses normes strictes. L’Amérique coloniale devient à cette époque un laboratoire d’expériences spirituelles où naissent de nombreux mouvements religieux alternatifs. Ann Lee y voit l’occasion de bâtir une société nouvelle fondée sur la communauté, le travail et la pureté morale.
Avec le scénariste Brady Corbet, la réalisatrice choisit d’aborder cette trajectoire de manière interprétative plutôt que strictement historique, car les sources sur la vie d’Ann Lee restent fragmentaires. Le film adopte ainsi une approche presque mystique, prenant au sérieux la dimension prophétique du personnage et assumant une forme artistique audacieuse qui mêle récit historique, musique et mouvement corporel.
La performance d’Amanda Seyfried, entre fascination et excès cathartique
Dans le rôle d’Ann Lee, Amanda Seyfried livre une performance impressionnante par son engagement physique et émotionnel. Le personnage exige en effet bien plus qu’un simple jeu dramatique. L’actrice doit chanter, danser, prêcher et incarner une femme traversée par des visions spirituelles intenses. Une préparation de plusieurs mois a été nécessaire pour maîtriser l’accent mancunien du XVIIIᵉ siècle et intégrer la dimension corporelle du culte Shaker, fondé sur des prières dansées et des mouvements collectifs proches de la transe.
Cette incarnation très investie confère au film une puissance particulière. L’actrice parvient à rendre crédible la foi absolue d’Ann Lee et la force d’attraction qu’elle exerce sur ses disciples. Sa présence à l’écran domine chaque scène, oscillant entre douceur maternelle, détermination mystique et fragilité humaine.
Cependant, cette intensité finit aussi par provoquer un certain malaise. La mise en scène multiplie les séquences de transe collective et de catharsis physique, où chants et mouvements extatiques cherchent à traduire l’expérience spirituelle des Shakers. À force de répétition, ces moments perdent parfois de leur force symbolique et donnent l’impression d’une surenchère émotionnelle. La transe devient un procédé narratif récurrent qui alourdit le récit et dilue l’impact des scènes les plus fortes.
Le film reste néanmoins porté par l’interprétation d’Amanda Seyfried, qui assume pleinement cette radicalité. Son jeu traduit la complexité d’une figure historique à la fois inspirante et inquiétante, capable de fédérer une communauté entière autour d’une vision spirituelle extrême. C’est précisément cette ambiguïté qui fait toute la singularité du personnage et qui laisse au spectateur un sentiment mêlé d’admiration et d’inconfort.
Notre avis en quelques mots
Amanda Seyfried joue dans un film entre deux feux. D’un côté les décors sont beaux, la photographie également, mais les scènes à répétition de transe et de danses cathartiques finissent par créer une redondance. Après ce film a comme audace de dévoiler le quotidien de l’une des figures emblématiques et oubliées des Shakers.
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11 mars 2026 en salle | 2h 17min | Biopic, Drame, Historique, Musical
De Mona Fastvold |
Par Mona Fastvold, Brady Corbet
Avec Amanda Seyfried, Lewis Pullman, Tim Blake Nelson
Titre original The Testament Of Ann Lee
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