La vie est une longue succession de choix et si notre succès évident ne l’était pas, et si cette personne de notre passé avait encore de l’emprise sur notre cheminement personnel. Sur un thème musical de Vincent Delerm, nous suivons la mélancolie et le spleen d’un acteur en proie au doute. Sa vie ne lui suffit plus et il a peur du jugement, de l’échec, donc prend la fuite.
Mélancolie et artiste en déconstruction identitaire
Ce n’est pas Shining et pourtant la figure du créatif en quête de reconstruction est là. Le film démarre sur une vue en plongée aérienne sur une voiture avançant, puis se succèdent des plans de couloirs, sur la plage et dans l’espace, loin des regards des curieux, loin du public. Un acteur fuyant le regard de ceux qui le fait vivre et exister.
Le compositeur du film depuis ses débuts a toujours partagé cette manière étrange de saisir l’étouffante nostalgie, ici les images de Stéphane Brizé apportent quelque chose de sublime et poétiquement triste. Un peu comme l’idéal d’un spleen ordinaire.
L’acteur et les spectateurs entretiennent une relation étrange. Sur la scène ou dans l’espace filmique, il trouve son existence dans l’échange visuel avec le regardant. Sans ce lien indissociable, ses personnages resteraient des ombres sans vie. Il donne vie à des personnages, des émotions, mais la vie intérieure du spectateur contribue à cent pour cent de l’existence de ces égrégores. C’est dans ces échanges silencieux et puissants, que naissent l’empathie, la compréhension, et l’art de raconter des histoires.
Cependant, notre protagoniste ne trouve plus aucun échange, plus aucune communication, il est seul. Le film dévoile la zone d’ombre, la zone intime de ces étoiles, célébrités ou personnalités publiques. Il est seul, un peu comme dans la chanson du Québecois, et en revenant dans les profondeurs de sa solitude, il implose, explose.

Notre promeneur solitaire, à la recherche d’une part perdue de lui-même, va chercher dans la retrouvaille avec cette ancienne partenaire une part de vrai, celle avant la célébrité. Chaque réaction du public qui fut pour lui un souffle vital, une validation de son art, une confirmation que ses efforts. Comme beaucoup de plaisir, il y a son revers et peu à peu ce qu’il affectionnait devient une forme de sanction ; Il se demande s’ils sont sincères, s’ils n’osent pas dire la vérité.
Dans Hors-Saison, Guillaume Canet est intense et Alba Rohrwacher troublante ! Le film dévoile aussi la vérité universelle de la rupture, où même si l’acteur joue sans cesse quelqu’un d’autre, il n’arrive pas à transformer sa propre existence lorsqu’il est seul. Oubliant peu à peu qu’il est une forme de médiateur entre le monde fictif qu’il incarne et la réalité du public.

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20 mars 2024 en salle | 1h 55min | Comédie, Comédie dramatique, Drame
De Stéphane Brizé |
Par Stéphane Brizé, Marie Drucker
Avec Guillaume Canet, Alba Rohrwacher, Sharif Andoura
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5 réflexions sur “HORS SAISON Sublime et poétiquement triste”