Les enfants du temps


Ce long métrage d’animation de MAKOTO SHINKAI est l’un des plus attendu  de cette fin d’année. Depuis Your Name sorti en 2016 ce réalisateur-animateur japonais commence progressivement à imposer sa signature et à se constituer un public assidu.

Que raconte Les enfants du temps?

Jeune lycéen, Hodaka fuit son île pour rejoindre Tokyo. Sans argent ni emploi, il tente de survivre dans la jungle urbaine et trouve un poste dans une revue dédiée au paranormal. Un phénomène météorologique extrême touche alors le Japon, exposé à de constantes pluies. Hodaka est mandaté pour enquêter sur l’existence de prêtresses du temps. Peu convaincu par cette légende, il change soudainement d’avis lorsqu’il croise la jeune Hina…

Notre avis

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Ce film prouve que l’on peut créer beaucoup avec très peu d’ingrédients. L’amour reste une fois de plus un élément clé qui va permettre au héros de déplacer des montagnes. A première lecture l’intrigue semble très compliquée et très simpliste. L’histoire d’un jeune lycéen qui quitte tout et décide de vivre dans la capitale japonaise qui est sous l’eau depuis quelques mois. A bord du bateau il se retrouve face à des éléments capricieux et manque de justesse de mourir. Son sauveur va progressivement devenir un personnage clé dans l’intrigue.
Ce film pose plusieurs questions comme la valeur de la vie, le prix du bonheur et l’importance d’être épaulé dans notre quotidien.
Parfois une simple rencontre comme le don d’un Big Mac dans un restaurant peut tout changer et une simple carte de visite peu mener à un avenir bien différent.

Il est vrai que la magie est au coeur de ce film, mais elle n’a pas une place centrale, car ce qui compte ce sont les sentiments des personnages, leurs actions et le besoin de trouver sa place dans ce monde. Parfois un seul être peut changer tout, mais son absence peut gâcher toute saveur à l’existence. Concrètement la beauté de ce film réside dans la capacité à mêler les croyances Shintoïstes qui se composent d’un ensemble de croyances et pratiques qui reposent sur des éléments polythéistes et animistes. Elle est la plus ancienne religion connue au Japon, dotée d’une mythologie très riche et se différencie du Bouddhisme importé de Chine par sa pratique et ses rites. Les pratiquants se comptent autour de 90 millions au Japon.

L’importance des prières dans la religion dominante du Japon

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La Nature est au coeur de cette religion et elle est sacrée. Les pratiquants ont un respect profond dans l’ordre établi et accepte que l’Homme n’a qu’une place réduite dans le grand Tout, car toute chose possède une âme, c’est dans cette dimension là que cette religion est souvent classée dans la famille des religions animiste. Chaque pierre, chaque élément de la Nature a une âme et une place dans ce grand ordre cosmique.

« Un simple miroir, suspendu dans le sanctuaire, vient constituer l’essentiel du mobilier. La présence de cet objet s’explique aisément… Lorsque, pour prier, vous vous tenez face au sanctuaire, c’est votre propre image que vous voyez se refléter sur la surface dansante et, ainsi, cet acte de foi est comme l’antique injonction delphique : « Connais-toi toi-même », en grec : « gnôthi seauton ». »

— Extrait de Bushidō, l’âme du Japon d’Inazō Nitobe – 1900 – p. 22

Dans cette religion la prière est au centre, un peu comme dans beaucoup de religions d’ailleurs. Les gens prient pour que la pluie tombe, que le soleil revienne. Et cette dimension est très présente dans ce film, les gens prient ou recherche les filles du soleil pour obtenir le retour du soleil.

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A l’entrée des temples on dépose des prières gravées sur du bois, crédit photo Marie Wakefield

Les enfants du temps une suite à Your name?

La merveilleuse suite donnée par Makoto Shinkai à Your Name, transfère le romantisme des adolescents dans un désastre climatique.

La pluie a toujours été une force naturelle importante dans l’œuvre du réalisateur japonais Makoto Shinkai. C’est emblématique d’une sorte de lien spirituel entre le ciel et les émotions des jeunes adultes au centre de ses films. Dans son dernier film et la suite de Your Name, cette relation a été déséquilibrée, l’apparence de la pluie se transformant en quelque chose de plus oppressant et inquiétant.

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Le film suit Hodoka Morishima, 16 ans, un fugueur qui se défend seul dans la ville. C’est une autre histoire fantastique imaginée par MAKOTO Shinkai, mais cette fois dans un contexte de changement climatique catastrophique, dans une réalité alternative, Tokyo, où la pluie ne s’est pas arrêtée depuis plusieurs mois. À son arrivée, Hodoka finit bientôt par vivre dans la rue avant d’être repris par Kei, rédacteur en chef d’un magazine sur les complots et le surnaturel. Au début du film il lui a sauvé la vie et lui propose de ne pas hésiter à le recontacter. Il l’embauche, lui offre un maigre salaire, de la nourriture et un abri à Hodoka en échange de travail, ce nouvel emploi met Hodoka sur la voie de la rencontre avec Hina, une fille dotée du pouvoir mystérieux de contrôler le temps, dissipant ainsi la pluie pour un soleil radieux.

Le perception du temps du récit dans ce film peut varier en fonction de notre sensibilité à  la saveur particulière du mélodrame de MAKOTO Shinkai, mais il est indéniable qu’il est livré avec une animation tactile voir empirique, détaillée et magnifiquement peinte. De grands talents techniques soulignent les pics émotionnels du film, même si la numérisation et l’animation numérique créent une uniformisation dans le monde de l’animation japonaise, on reste séduit par les vues panoramiques et les paysages dignes des estampes japonaises.

En dépit de l’ampleur immédiate de l’intrigue, MAKOTO Shinkai apprécie toujours les petits drames de l’adolescence – qu’il s’agisse de la peur paralysante et de l’excitation de Hodoka lorsqu’il se rend pour la première fois dans la maison d’une fille, ou de ses sentiments naissants pour une fille qu’il craint complètement au-delà de lui. Toute cette émotion et ce travail aboutissent finalement à un acte final passionnant et quelque peu dément, alors que les conséquences de la période de vagabondage de Hodoka et de la modification du monde naturel par Hina vont de pair.

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Une ville apocalyptique, Tokyo

Cela dit, ce serait une erreur de penser que Les enfants du temps concerne uniquement le changement climatique – il s’agit avant tout d’une histoire d’amour fantastique, et rechercher un message définitif sur l’environnement est une tâche infructueuse. Il n’y a pas de vraie solution, mais le plus proche est un moment où Hodoka et Hina se retrouvent en train de tomber du ciel ensemble, la main dans la main. C’est peut-être la foi que tout ira bien dans la compagnie de chacun est là où MAKOTO Shinkai voit notre salut. (encore une référence au shintoïsme : shinto (神道shintōlittéralement « la voie des dieux » ou « la voie du divin »)

Les enfants du temps

Crédits photos Marie Wakefield, Les enfants du temps Copyright Universum Film GmbH

 

Une réflexion sur “Les enfants du temps

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