LA PROSTITUTION DES ETUDIANTES


La prostitution des étudiantes

c'est la réalité

A la rentrée je vais perdre ma bourse… Comme beaucoup ça va être la galère

Un témoignage et une étude sociologique. La question de la prostitution dans le milieu étudiant est au centre de deux ouvrages. Beaucoup abandonnent leurs études par manque financier, beaucoup les poursuivent dans la misère…

«Mes chères études, Etudiante, 19 ans, job alimentaire: prostituée» : c’est avec ces titre et sous-titre que Laura D., étudiante en licence de langues vivantes, raconte, dans un livre publié jeudi, comment elle a été «obligée se de prostituer pour payer ses études». «Malgré mes petits boulots dans le télémarketing, la restauration, les dettes et les agios s’accumulaient. Je me demandais comment garder mon appartement», a témoigné cette jeune fille, dont les parents «gagnent le smic et s’en sortent convenablement».

«On se dit une seule fois et pas plus»

«Je suis allée voir sur Internet pour trouver des jobs étudiants, il y avait des annonces qui proposaient de l’“escorting”, pour 100 ou 200 euros de l’heure. On se dit “une seule fois et pas plus”, et finalement à la fin du mois, c’est la même chose», a-t-elle confié.

Dans un autre livre, qui paraît aux mêmes éditions (Max Milo) et intitulé «La prostitution étudiante à l’heure des nouvelles technologies», Eva Clouet, étudiante en master de sociologie à Toulouse II, s’intéresse à quelques cas d’«escortes» racolant sur le Web. Selon l’auteur, cette pratique est certes liée à «une situation économique précaire» mais «peut également être le moyen de s’émanciper d’une sexualité cadrée ou encore de prendre une revanche sur le mythe du prince charmant».

«Il n’y a jamais eu d’enquête précise»

«Il n’y a jamais eu d’enquête précise, rigoureuse et sérieuse sur la question», estime Guillaume Houzel, le président de l’OVE, que la médiatisation du sujet, au détriment d’autres situations «tout aussi difficiles», «agace un peu». «La jeunesse obligée de faire des passes pour manger et payer ses droits d’inscription, c’est minoritaire», confirme-t-on à la Fage (organisation étudiante). Selon Jean-Sébastien Mallet, délégué général à la Fondation Scelles (qui milite pour le recul de l’exploitation sexuelle sous toutes ses formes), «99% des jeunes de 15 à 25 ans n’ont pas de relation sexuelle marchande».

40.000 étudiantes seraient concernées

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Moi Laura, 19 ans, étudiante et prostituée

Laura a 19 ans. Le jour, elle est étudiante. La nuit, ponctuellement, elle se prostitue. En plus de ses vingt heures de cours, elle travaille quinze heures par semaine dans une boite de télémarketing. Entre les factures, le loyer, les transports… elle n’arrive pas à joindre les deux bouts pour financer ses études.

Laura se situe dans la « fourchette fatale » : ses parents ne sont pas assez » pauvres » pour qu’elle bénéficie d’une bourse, mais pas assez » riches » pour pouvoir la soutenir financièrement. Lorsqu’elle se rend au Crous pour y trouver une aide, on l’oriente vers les Restos du cœur. Mais Laura ne » veut pas voler la place des gens qui n’ont plus rien » , explique-t-elle à Rue89.

Ambitieuse, en quête d’accomplissement professionnel, Laura tombe dans la spirale du sexe tarifé pour financer sa vie étudiante. » Dès le moment où l’on répond à une annonce, on est déjà dans l’engrenage » , retrace-t-elle aujourd’hui. A travers un témoignage brut et poignant, elle raconte sa plongée dans le milieu de la prostitution via Internet dans son livre » Mes chères études » , qui paraît ce jeudi. On y lit notamment :

» Pas de fric, des factures qui m’en réclament, un appart à payer. (…) Jamais un rond dans les poches, obligée de frauder les transports, une vie vaguement insupportable. Incommodante parfois, souvent embarrassante au moment de la note, mais on s’y fait. Je me dis que les « massages » me permettraient aisément le luxe de pouvoir choisir. Je ne réalise pas que c’est précisément tout l’inverse qui est en train de se produire : je n’aurai plus jamais le choix. »

Pour une heure, Laura gagne entre 100 et 150 euros. Une rémunération alléchante qui la plonge dans le vice de » l’argent rapide mais pas facile » .

Internet, une protection illusoire

En quelques clics sur la toile, Laura s’improvise » escort girl » :

» Je me sentais protégée derrière l’écran mais c’était un leurre, car au rendez-vous, j’étais toute seule et personne ne pouvait m’aider. »

C’est en lisant une annonce sur Internet que Laura s’est laissée entraîner dans les rouages de la prostitution : » Jeune homme de 50 ans recherche masseuse occasionnelle. Etudiantes bienvenues. » Au premier rendez-vous, le client lui lâche 250 euros. Pour Eva Clouet, auteure du livre » La prostitution à l’heure des nouvelles technologies de communication » , » l’interface avec l’écran représente une protection illusoire » :

» La première raison pour laquelle les étudiantes se prostituent reste le besoin d’argent. Ce sont des personnes issues de la classe moyenne. Les deux parents travaillent mais ne peuvent pas toujours financer les études de leurs enfants. »

Plus qu’une nécessité financière, la prostitution représente pour certaines d’entre elles un moyen de sortir du carcan familial, à travers lequel elles ont reçu une éducation sexuelle très cadrée :

» Elles ont souvent souffert de ces interdits inculqués à l’adolescence. Pour rompre avec la morale familiale, la prostitution est la réponse forte à une société normalisante et contraignante. »

Et d’ajouter que » la prostitution n’est pas seulement une affaire de femmes, certains hommes se prostituent pour financer leurs études mais ils restent relativement minoritaires » .

Paupérisation du public étudiant

Le témoignage de Laura n’est pas un cas isolé et révèle un réel malaise de société : la précarité étudiante. En 2006, le syndicat SUD-Etudiants estimait à 40000 le nombre de prostitués étudiants. Un chiffre publié pour attirer l’attention du gouvernement sur les conditions de vie étudiante, au moment de la loi sur l’égalité des chances. Mais cette approximation est à nuancer puisque aucune étude statistique n’a encore été menée.

Alors que les dépenses obligatoires ont connu une hausse de 23%, les bourses universitaires et allocations logement n’ont, elles, augmenté que de 10%. Financer ses dépenses étudiantes devient dans ce contexte de plus en plus complexe : 100 000 étudiants vivent sous le seuil de pauvreté (environ 650 euros par mois).

Pour Eva Clouet, » la prostitution étudiante met en avant l’inégalité des chances pour réussir à l’université. Les réponses des pouvoirs publics ne sont pas adéquates » , lâche t-elle, un brin amère.

» Il faut arrêter de fermer les yeux sur un sujet tabou. Si certains disent que c’est un phénomène marginal, je pense au contraire que la prostitution étudiante ne fait que s’amplifier » , regrette Laura. Aujourd’hui, elle ne se prostitue plus mais refuse de s’avancer pour l’avenir.

► « La prostitution étudiante à l’heure des nouvelles technologies de communication », d’Eva Clouet (Max Milo éditions)

► « Mes chères études. Etudiante, 19 ans, job alimentaire : prostituée », de Laura D. (Max Milo éditions)

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