Approaching Autumn transforme une trahison intime en collision metalcore, entre violence, perte de repères et besoin presque vital de reprendre le contrôle.
Un lien devait tenir, justement parce qu’il paraissait être celui qui ne céderait pas. Avec Sleeper, Approaching Autumn s’intéresse à ce moment beaucoup plus sale où la trahison ne vient pas d’un adversaire, mais de la personne supposée protéger. Musicalement, le groupe ne fait pas dans la demi-mesure, la déflagration est brutale, presque physique.
Le groupe américain de metalcore originaire de Flint, dans le Michigan. Autour des chanteurs Joel Pratt et Xzavia Rose évoluent Steve Fox, Daniel Post et Ian Koryciak aux guitares, Deven Trull à la basse et Kaleb Drew à la batterie. Après avoir partagé la scène avec Bloodywood, Red, Eva Under Fire ou encore Conquer Divide, la formation poursuit un metalcore construit sur les contrastes, entre agressivité frontale et respirations mélodiques.
Quand la trahison finit par contaminer le réel
Sleeper parle de cette personne à laquelle la confiance semblait pouvoir être accordée sans réserve, jusqu’au jour où elle devient précisément celle qui frappe dans le dos. Les paroles ne restent cependant pas centrées sur l’acte de trahir. Elles décrivent surtout ce qu’il laisse derrière lui : une identité abîmée, de l’anxiété, une perception devenue instable et cette impression assez terrible de ne plus savoir exactement ce qui, dans la relation passée, était encore réel.
Un son qui alterne fureur et aspect presque de comptine pour enfant dans son intro. Un metal explosif, avec un refrain aérien venant contraster avec la violence des couplets. Surprenant, mais efficace ! Et ce contraste possède quelque chose d’assez vicieux lorsqu’on le rapproche des paroles. La douceur initiale installe presque artificiellement un espace rassurant avant de le faire voler en éclats, comme si la construction musicale reproduisait la mécanique même de cette confiance accordée à quelqu’un qui semblait incapable de nuire. Puis tout déborde. La colère, la détresse, l’impression de se noyer et surtout cette haine progressivement retournée contre soi.
C’est là que Sleeper devient plus intéressant qu’une simple chanson sur quelqu’un qui s’est comporté comme une ordure. Car l’autre n’occupe bientôt même plus toute la place : la blessure s’intériorise. Celui qui parle cherche à comprendre, tente encore de satisfaire une personne déjà partie, puis finit par mettre en doute sa propre perception. Psychologiquement, la trahison devient alors une forme de contamination cognitive : ce n’est plus seulement « pourquoi cette personne a fait cela ? », mais « qu’est-ce qui était vrai dans ce qui a été vécu ? ». Et lorsque la réalité elle-même commence à devenir suspecte, la violence n’a même plus besoin de venir de l’extérieur, elle a déjà trouvé où habiter.
L’image du « sleeper » pousse justement cette idée beaucoup plus loin. Le danger n’était pas identifié comme tel, il était dormant, installé à l’intérieur d’un espace mental qui devait normalement rester sécurisé. D’où cette formule répétée autour de ce qui se trouvait « inside my head » : après la rupture du lien, l’autre continue paradoxalement d’exister dans la pensée, sous forme de doute, d’anxiété et d’autodépréciation. Sacré cadeau de départ… Il faut alors expulser quelqu’un qui n’est déjà plus là. La brutalité de la dernière décision prend dans ce contexte un autre sens : préférer la destruction définitive du lien plutôt que son rétablissement constitue moins une posture héroïque qu’une tentative de récupérer une capacité de choix. Jusque-là, tout était subi, l’abandon, l’effondrement de l’image de soi, l’incertitude.
Refuser désormais tout retour devient le premier acte réellement décidé. C’est probablement là que la dimension existentielle du morceau apparaît avec le plus de netteté : impossible de modifier ce qui a été fait, en revanche il reste une liberté, celle de déterminer ce qui pourra encore être accepté. Approaching Autumn transforme ainsi une blessure relationnelle en lutte pour reprendre possession de soi. Pas vraiment une guérison propre et lumineuse avec coucher de soleil au fond. Plutôt quelqu’un qui cesse enfin de tendre la clé à celui qui vient de défoncer la porte.
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