AstroVoyager : Mission SuperHabitable, l’odyssée électro-symphonique qui nous emmène vers les étoiles

AstroVoyager mêle électronique, rock et puissance symphonique dans Mission SuperHabitable, un voyage spatial en 24 chapitres sublimé par le Prague Concert Philharmonic.

À l’heure où la MAO domine, où les IA commencent à nous submerger de compositions où l’Humain disparaît, entendre un album entièrement symphonique et électrique est surprenant. Là, un homme est moteur de chaque choix esthétique. Mission SuperHabitable appartient précisément à cette catégorie de projets qui rappellent que la technologie n’impose pas nécessairement l’effacement de l’interprète. Ici, l’électronique dialogue avec l’orchestre, les voix et la guitare, sans chercher à maquiller leurs différences. La production conserve quelque chose de massif, parfois grandiloquent, avec cette volonté presque ancienne de construire un album comme une œuvre et non comme une succession de titres destinés à l’algorithme. L’Orchestre Philharmonique de Prague donne évidemment une ampleur particulière à l’ensemble, tandis que les différentes strates électroniques installent une spatialisation qui prend tout son sens lorsque l’écoute devient attentive.

AstroVoyager en quelques mots

Derrière AstroVoyager se trouve Philippe Fagnoni, compositeur, interprète et producteur français de musique électronique, fasciné par l’espace et profondément marqué par l’explosion électro des années 80. Son projet s’est progressivement construit autour d’une hybridation qui refuse justement de choisir son camp : synthétiseurs, musique électronique, Pop, Rock progressif, musique classique, musique de film et parfois même opéra peuvent cohabiter au sein d’une même architecture sonore. Il revendique ainsi une filiation avec les pionniers de l’électronique, notamment Jean-Michel Jarre et Klaus Schulze, tout en déplaçant cet héritage vers quelque chose de plus orchestral et cinématographique.

Cette logique ne commence d’ailleurs pas avec Mission SuperHabitable. AstroVoyager collabore avec le Prague Concert Philharmonic depuis 2014 et avait déjà développé cette rencontre entre électronique et symphonique sur Big Bang, puis dans ses déclinaisons scéniques. Avec Mission SuperHabitable, Philippe Fagnoni pousse cependant le principe beaucoup plus loin : il ne s’agit plus uniquement de composer un disque, mais de bâtir un space-opéra, une expérience pensée autour d’un voyage à la recherche d’une planète SuperHabitable. Alexandre Chassagnac, passé notamment par The Voice, rejoint cette aventure aux côtés d’autres interprètes, tandis que musique, animation, réalité virtuelle et univers visuel prolongent le récit au-delà du simple album.

Une production à écouter au casque

Nous sommes envahis par l’immensité, une odyssée orchestrale. Les chœurs possède quelques chose de l’ordre du sacré, comme un accès à une autre dimension. On a pensé à l’Atlantide en découvrant Now You Can Fly. Les différentes accentuations mélodiques, viennent ponctuer un univers fragmenté entre électronique, pop et musique classique. La progression à la guitare apporte quelque chose de cinématographique, comme les BO de film des grands blockbusters de notre enfance.

L’écoute au casque devient presque nécessaire pour comprendre la manière dont l’album en 24 chapitres organise cette immensité. Pas simplement parce que la production serait riche, ce serait trop facile, mais parce qu’elle fonctionne par plans, profondeurs et déplacements. Les nappes électroniques installent l’espace sonore, les cordes lui donnent une matérialité, tandis que les chœurs peuvent surgir avec une amplitude quasi liturgique. La guitare, elle, ramène régulièrement quelque chose de plus terrestre, une énergie rock qui empêche l’ensemble de basculer entièrement dans l’abstraction symphonique. C’est cette confrontation qui offre au disque sa texture particulière.

Il faut également écouter les détails. Certaines fréquences semblent volontairement éloignées, d’autres viennent brutalement occuper le premier plan, les voix s’inscrivent dans cette architecture sans constamment chercher à la dominer.

Le Prague Concert Philharmonic n’est donc pas employé comme un simple supplément de prestige ajouté derrière des compositions électroniques : l’orchestre participe réellement à leur dramaturgie. Cette collaboration, engagée depuis 2014, permet justement à AstroVoyager d’écrire en pensant la matière électronique et la masse orchestrale comme deux composantes d’un même langage.

Et c’est probablement là que Mission SuperHabitable devient le plus intéressant. L’album accepte l’emphase, parfois même une certaine démesure, parce que son sujet l’exige : quitter la Terre, traverser l’espace et chercher ailleurs un monde potentiellement habitable. La musique ne cherche pas le naturalisme, elle construit mentalement le voyage. Il y a quelque chose du space-opéra, évidemment, quelque chose de la BO également, avec cette manière très visuelle de faire naître des images avant même que l’on connaisse celles imaginées pour le projet. AstroVoyager transforme finalement le casque en petite salle de projection intérieure. On ferme les yeux, l’écran est déjà là.

Quand l’odyssée spatiale rencontre l’imaginaire celtique

En écoutant l’album, on pense à Alan Simon, un auteur, compositeur ayant créer des univers riches axés sur les légendes celtes en les orchestrant comme personne d’autre. In A Flash nous rappelle un peu cela. Childhood Goes By nous fait imaginer les grandes plaines d’Irlande où l’on s’élance en espérant échapper à son destin ou simplement fuir quelques instants son présent. C’est la magie des belles instrumentales, on y projette ce que l’on veut !

Un peu plus loin, comme pour rappeler que le projet ne nie pas ses dimensions un peu plus contemporaines, Like A star est interprétée par une voix féminine. Et, propose une production un peu plus Pop, entre plusieurs orientations des années 90 à 2020, avec quelques intensitées émotionnelles qui nous rappellent Nightwish et un peu Mylène Farmer !

Ce qui frappe surtout, c’est cette capacité à déplacer constamment notre imaginaire sans rompre l’unité de l’album. AstroVoyager ne compose pas uniquement des paysages, il laisse suffisamment d’espace dans ses arrangements pour que l’auditeur puisse y construire les siens. Les références semblent parfois appartenir à des temporalités très éloignées, pourtant elles se rencontrent naturellement : lyrisme symphonique, emphase Rock, électronique et structures Pop coexistent dans une même dramaturgie sonore. Mission SuperHabitable devient ainsi moins un voyage spatial imposé qu’un territoire mental, chacun pouvant transformer une orchestration, une montée mélodique ou quelques notes suspendues en souvenir, en fuite ou en monde imaginaire. C’est peut-être aussi cela, la réussite d’une musique évocatrice : proposer une destination, sans jamais décider à notre place de ce que nous devons y voir.

L’aventure se poursuit et on peut déjà la découvrir en ligne via la page Bandcamp. Petit rappel, qui ne fait de mal à personne : soutenez les projets indépendants grâce à cette plateforme !

Quelques extraits sont déjà disponibles également sur Youtube avant la sortie sur toute les plateformes le 21 août prochain.

hypeddit.com/astrovoyager/missionsuperhabitable

Sur la chaine Youtube, il existe plusieurs vidéos-clips, mais aussi un peu d’animation.

Avec Don’t Lose the Sky Connection, le projet AstroVoyager évoque moins la conquête spatiale qu’une perte de connexion entre l’être humain et le ciel. « Go and explore » invite à retrouver la curiosité, l’inconnu et cette faculté presque primitive d’émerveillement. « Make the Night great again » détourne avec malice un slogan politique : dans un monde saturé de connexions technologiques, il serait peut-être temps de relever les yeux et de renouer avec la nuit.

 This review was made possible by SubmitHub


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