Bianca, derrière la combattante une quête de paix |Ici tout commence

Dans Ici tout commence, Bianca s’impose progressivement comme l’un des personnages les plus troublants et attachants de la série.

Bianca est entrée dans Ici tout commence avec une personnalité suffisamment affirmée pour que l’on puisse d’abord la lire à travers son caractère, ses réactions parfois abruptes et cette manière de ne pas facilement laisser voir ce qui l’atteint. La série a pourtant progressivement déplacé le regard porté sur elle. À mesure que son histoire personnelle s’écrit, le personnage gagne une épaisseur psychologique qui rend certaines de ses attitudes beaucoup moins immédiates à juger. Il faut désormais composer avec son passé, ses mécanismes de défense et surtout ce décalage permanent entre l’image qu’elle projette et ce qu’elle accepte réellement de montrer.

Derrière celle qui joue la forte, une histoire faite de manques

Bianca joue souvent la forte, parfois même celle que rien ne semble pouvoir atteindre, sauf que cette posture tient surtout tant qu’on reste à la surface. Elle cache un grand cœur, elle sait reconnaître ses erreurs et revenir sur ce qu’elle a pu dire ou faire, ce qui change beaucoup la lecture du personnage. On n’est pas face à quelqu’un qui cherche systématiquement à avoir raison ou à gagner le rapport de force. Elle peut se tromper, se braquer, mal réagir, puis admettre qu’elle est allée trop loin. Cette capacité à reconnaître sa part de responsabilité la rend forcément plus attachante, parce qu’elle empêche Bianca de rester enfermée dans le rôle assez classique de la fille forte qui ne doute jamais.

Il y a aussi son histoire familiale. Elle a grandi pratiquement sans famille, à l’exception de ses grands-parents, et ce manque compte dans sa manière d’entrer en relation avec les autres. Sans transformer chaque comportement en conséquence mécanique de l’enfance, ce serait tout aussi artificiel de faire comme si cela n’avait aucune importance. Quand les figures stables ont été rares, les liens affectifs peuvent prendre une place particulière, avec cette envie d’y croire tout en conservant suffisamment de distance pour ne pas être détruite si tout s’arrête. Chez Bianca, la force ressemble parfois moins à une absence de fragilité qu’à une façon de continuer avec ce qu’elle a.

Et avec les hommes, justement, elle accumule les déceptions. Il y a d’abord Ismaël, puis arrive Loup, avec une situation autrement plus douloureuse parce que Joséphine est toujours là et que les sentiments ne disparaissent pas simplement parce qu’un nouveau couple existe. Bianca aurait pu chercher à imposer sa place, provoquer une rupture ou transformer Joséphine en rivale. Elle fait presque l’inverse. Tant que la décision ne vient pas de Loup, elle s’efface systématiquement devant Joséphine, même lorsque cela lui coûte. C’est probablement l’un des aspects les plus intéressants du personnage, parce qu’elle refuse de fabriquer son bonheur sur une décision qu’elle aurait arrachée à quelqu’un d’autre.

Cette histoire avec Loup devient ainsi une véritable torture affective. Bianca aime, espère, encaisse, tandis qu’une partie de la situation lui échappe complètement. Pourtant elle conserve une limite assez nette, le choix doit venir de lui. Ce n’est pas forcément la manière la plus confortable de se protéger, loin de là, toutefois il y a quelque chose de profondément cohérent avec elle. Elle peut se battre pour beaucoup de choses, pas pour obliger quelqu’un à la choisir.

Une battante à qui l’on refuse même le droit d’être tranquille

À cette fragilité affective vient s’ajouter quelque chose de beaucoup plus violent, parce que Bianca est régulièrement ramenée à son activité d’accompagnatrice d’événements comme hôtesse, avec tout ce que les autres projettent dessus. Elle se fait harceler à cause de cette activité, juger, réduire à ce qu’ils imaginent qu’elle fait, comme si son travail autorisait soudain n’importe quelle remarque et surtout n’importe quel comportement. Ce qui devrait relever de sa vie et de ses choix devient un prétexte permanent pour franchir ses limites. Le problème n’est alors plus seulement le regard social, il est dans cette facilité avec laquelle certains considèrent qu’une femme peut perdre le droit au respect dès que son activité ne correspond pas à leurs propres normes.

La situation devient encore plus inquiétante lorsqu’elle est avec Loup. Bianca n’est plus simplement confrontée aux commentaires ou au jugement, elle est agressée et harcelée. On va même jusqu’à la droguer en mettant quelque chose dans sa gourde. Là, il n’y a plus vraiment d’ambiguïté possible sur ce qu’elle subit, ni sur le degré de violence auquel le personnage est exposé. Et c’est peut-être ce qui rend son parcours aussi dur à regarder, parce qu’après les déceptions sentimentales et une enfance où la structure familiale était déjà réduite, elle doit encore défendre quelque chose qui devrait pourtant être élémentaire, son intégrité.

Ce qui me touche chez Bianca, c’est qu’elle ne semble même pas courir après une vie extraordinaire. Elle se bat, oui, parce qu’elle n’a souvent pas vraiment le choix, sauf que derrière cette combattante il y a surtout quelqu’un qui voudrait avoir le droit au bonheur, ou au minimum qu’on lui fiche enfin la paix. La nuance est importante. À force de voir des personnages écrits autour de grandes quêtes personnelles, on oublie parfois que vouloir simplement vivre sans être humilié, agressé, abandonné ou placé dans une compétition affective permanente constitue déjà un horizon considérable lorsque l’existence s’est construite dans l’instabilité.

C’est aussi pour cela que Bianca devient l’un des personnages les plus troublants et attachants d’Ici tout commence. Pas parce qu’elle serait irréprochable, elle ne l’est pas et heureusement. Elle peut avoir mauvais caractère, se protéger maladroitement, faire des erreurs, puis revenir dessus. Son humanité est justement là, dans cette coexistence entre une vraie dureté extérieure et une sensibilité qu’elle ne distribue pas facilement. Plus les épreuves s’accumulent, plus on comprend que sa force n’est pas un trait cool ajouté pour fabriquer un personnage badass. C’est quelque chose qu’elle a appris à porter.

La suite sera surtout importante dans la manière dont Ici tout commence laissera Bianca exister après ces violences. La série peut continuer à empiler les épreuves, ou lui accorder enfin autre chose qu’une nouvelle bataille à mener. Pour elle, le véritable changement serait peut-être là : ne plus devoir mériter chaque moment de paix.


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