Pourquoi une chanson française résonne-t-elle au cœur de Supergirl ? Craig Gillespie répond avec humour et élargit aussitôt la perspective musicale du film.
Une chanson française pensée comme un élément naturel de la galaxie
La présence de Le temps de l’amour, interprétée par Françoise Hardy, dans la bande originale de Supergirl a surpris de nombreux spectateurs. Interrogé sur ce choix, Craig Gillespie a préféré répondre avec une certaine malice plutôt que de construire une justification symbolique ou narrative. Sa réponse est restée volontairement simple, presque désarmante : « Rire, Il y a aussi de la musique brésilienne, nous sommes au fond de la galaxie, on entend des musiques et des langues de toute la galaxie ! C’est tout, mais c’est une excellente question ! » Cette déclaration replace immédiatement la chanson française dans un ensemble beaucoup plus vaste.
Pour le réalisateur, la présence d’une œuvre francophone ne constitue donc pas un clin d’œil particulier adressé au public français. Elle participe d’une logique de diversité culturelle où chaque planète, chaque civilisation et chaque espace traversé par Kara Zor-El peuvent posséder leurs propres références musicales. Ce parti pris s’inscrit d’ailleurs dans une volonté plus large perceptible à travers le film, celle de peupler l’univers de langues multiples.
À l’écran et dans le film on peut entendre plusieurs idiomes extraterrestres, dont le kryptonien, appris par les acteurs pour certaines séquences importantes. Dans cette continuité, la musique cesse d’être uniquement un accompagnement émotionnel. Elle devient également un indice de la richesse culturelle d’un univers où aucune langue terrestre ne monopolise l’espace sonore. Le français apparaît alors comme une couleur parmi d’autres, au même titre que les références musicales venues d’autres horizons évoquées par Craig Gillespie.
Une conception de la science-fiction qui refuse l’uniformité culturelle
Cette réponse éclaire également une manière de construire un univers de science-fiction. Bien souvent, les productions spatiales privilégient une homogénéisation des références culturelles afin de faciliter la lecture du récit. Supergirl semble emprunter une direction différente. L’accumulation de langues, de cultures visuelles et d’ambiances musicales contribue à donner le sentiment d’un espace réellement habité, où les influences circulent librement plutôt que d’être réduites à une seule identité dominante.
Cette approche rejoint plusieurs choix de production comme les décors, les costumes, les espèces extraterrestres, les architectures ou encore les lieux de passage sont systématiquement pensés pour afficher des inspirations variées, mêlant références asiatiques, australiennes, occidentales ou totalement fictives.
Dans ce contexte, entendre une chanson française ne relève plus d’une exception, mais d’une continuité esthétique. La bande sonore participe à cette sensation de voyage permanent où les frontières culturelles deviennent poreuses. La remarque de Craig Gillespie révèle finalement une conception assez organique du monde qu’il met en scène. La galaxie n’est pas imaginée comme un espace uniforme gouverné par une culture unique, mais comme un territoire traversé par des traditions, des langues et des musiques qui coexistent naturellement.
Son rire, placé au début de sa réponse, traduit d’ailleurs cette évidence à ses yeux. Là où certains cherchent une signification cachée derrière chaque morceau choisi, le réalisateur préfère rappeler que, dans un univers aussi vaste, la diversité sonore constitue presque la norme. La chanson française trouve ainsi sa place non parce qu’elle porte un message particulier, mais parce qu’elle participe à cette impression de monde vivant, multiple et ouvert.
Sur le plan émotionnel : Le temps de l’amour colle parfaitement au côté mélancolique de l’héroïne du film.
Le choix de Le temps de l’amour ne relève pas seulement d’une couleur musicale des années 60. Les paroles décrivent cet âge où l’on croit que l’avenir reste ouvert, où les blessures existent déjà mais n’empêchent pas encore d’avancer. C’est précisément ce qui entre en résonance avec Kara. Elle possède l’apparence d’une jeune femme libre, insolente, parfois même autodestructrice, pourtant cette façade dissimule une culpabilité du survivant et le deuil d’un monde disparu.
La chanson agit alors comme le souvenir d’une jeunesse qu’elle n’a jamais véritablement pu vivre. Lorsqu’elle évoque « le temps des copains » ou « tout le ciel bleu », elle rappelle moins une nostalgie terrestre qu’un horizon définitivement perdu. Cette douceur mélancolique crée un contrepoint saisissant avec la violence intérieure du personnage, sans jamais la souligner de manière appuyée. Elle laisse simplement affleurer, le temps d’un morceau, la vie qui lui a été arrachée.

Il restera désormais à observer comment cette diversité musicale sera perçue par le public international après la sortie du film. Les futurs échanges autour de la bande originale permettront de mesurer si cette ouverture culturelle devient une signature durable du nouveau DC Universe ou demeure propre à Supergirl.
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