Entre nostalgie et désillusion, Une année italienne replonge dans cette dernière année avant l’âge adulte, lorsque l’amitié semblait éternelle et que tout restait encore possible.
Septembre 2007. Fred (Stella Wendick), une adolescente suédoise, arrive à Trieste pour terminer son année de lycée. Unique fille d’une classe essentiellement masculine, elle attire rapidement l’attention d’Antero (Giacomo Covi), de Pasini (Pietro Giustolisi) et de Mitis (Samuel Volturno), trois amis inséparables qui vivent leurs derniers mois avant l’entrée dans l’âge adulte. Entre attirances, rivalités, blessures enfouies et rêves d’avenir, cette année charnière bouleverse les équilibres du groupe et laisse derrière elle des souvenirs qui ne s’effaceront jamais.
Notre avis en quelques mots
Laura Samani dévoile dans Une année italienne toute la brutalité de l’adolescence, mais ce point de passage entre le lycée et l’université. On espère encore de grandes choses ou bien on ne voit pas ce que d’autres ont déjà vu en nous.
Fred incarnée par Stella Wendick incarne l’inconnue et le possible, elle va donner un nouveau souffle à Antero (Giacomo Covi). Face à eux Pietro Giustolisi incarne Pasini une âme brisée qui se noie dans l’excès, et Samuel Volturno (Mitis) incarne ces grandes gueules, aimant et protectrices, qui vivent à travers leur famille de cœur, ces amis choisis.
Le film incarne cette génération, celle des années 90, qui en 2007 découvrira que le monde est grand, verra les bouleversements techniques, les réseaux sociaux et toutes les mutations où les sorties au parc ou les soirées entre potes vont se numériser ! Un moment de nostalgie, où l’on revit par procuration nos années lycées, aussi belles qu’étranges.
Les années 90-2000 avant les smartphones, l’époque dorée des amitiés réelles avant les relations parasociales
L’une des grandes forces d’Une année italienne réside dans sa capacité à capturer un moment historique aujourd’hui presque disparu. Le film se déroule en 2007, à la veille d’une transformation culturelle majeure. Les personnages vivent encore dans un monde où les relations humaines passent d’abord par la présence physique, les regards échangés, les trajets effectués ensemble et les lieux investis collectivement. Cette génération appartient à une période de transition fascinante. Les réseaux sociaux existent déjà à l’horizon mais n’ont pas encore remodelé les interactions quotidiennes. Les adolescents du film se retrouvent dans les rues, dans les bars, dans leurs repaires improvisés ou sur les bancs du lycée. Ils apprennent à se connaître à travers le temps partagé plutôt qu’à travers des profils numériques. Cette différence produit une densité émotionnelle particulière. Chaque dispute possède un poids réel puisqu’il n’existe aucun bouton permettant de disparaître momentanément derrière un écran. Chaque déclaration engage celui qui la formule. Chaque silence devient visible.
Antero apparaît ainsi comme l’incarnation de ces jeunes adultes qui regardent l’avenir avec autant d’espoir que d’inquiétude. Son attirance pour Fred ne se limite jamais à une simple intrigue sentimentale. Elle traduit l’angoisse de voir le groupe changer, de voir l’enfance se dissoudre sous ses yeux. À l’inverse, Pasini représente la fragilité de ceux qui peinent à trouver leur place dans cette période de transition. Son rapport à l’excès, à la fête ou au danger ressemble moins à une rébellion qu’à une tentative maladroite de combler un vide intérieur. Mitis, lui, incarne cette figure universelle de l’ami protecteur, parfois excessif, souvent bruyant, mais profondément attaché à sa famille choisie. Le film montre avec finesse que ces amitiés ne reposent pas seulement sur des centres d’intérêt communs. Elles constituent un véritable système affectif. Les jeunes se construisent les uns par rapport aux autres. Ils expérimentent le monde à travers le regard du groupe.
Pour le spectateur ayant connu cette époque, l’expérience prend une dimension presque anthropologique. Le film agit comme une capsule temporelle. Les vêtements, les habitudes, les déplacements à pied, les discussions sans téléphone à la main, tout rappelle un monde où l’attention demeurait plus difficile à fragmenter. Cette nostalgie ne relève pourtant jamais d’un simple exercice de mémoire. Elle révèle aussi ce qui a été perdu. Les personnages vivent dans une société où l’exposition publique demeure limitée. Une humiliation reste locale. Une rumeur circule dans les couloirs du lycée ou dans un quartier. Aujourd’hui, une partie de ces conflits migrerait vers les réseaux sociaux avec une ampleur différente. Le film rappelle alors que l’adolescence d’avant les smartphones possédait sa propre brutalité, mais qu’elle conservait également des espaces de respiration, d’oubli et de reconstruction. Cette dimension donne à Une année italienne une résonance particulière pour les spectateurs ayant grandi entre les années 90 et les années 2000.

La douceur italienne, mais la cruauté de l’adolescence
Sous ses airs de chronique solaire, Une année italienne développe un regard particulièrement lucide sur les mécanismes sociaux qui gouvernent les groupes adolescents. Trieste apparaît souvent comme un décor accueillant, baigné d’une douceur méditerranéenne où les promenades, les discussions et les soirées entre amis semblent suspendre le temps. Pourtant cette apparente légèreté dissimule une violence diffuse. Le film montre combien l’adolescence est aussi un âge de hiérarchies implicites, de domination symbolique et de recherche permanente de reconnaissance. Fred devient rapidement le point de convergence de tous ces phénomènes. Son arrivée agit comme un révélateur. Elle ne crée pas les tensions du groupe, elle les rend visibles.
La jeune femme occupe une position paradoxale. Elle est admirée, désirée, observée, parfois idéalisée. Pourtant cette attention constante se transforme progressivement en piège. Le film montre comment le regard collectif finit par réduire l’individu à une fonction. Fred cesse parfois d’être perçue comme une personne pour devenir un enjeu autour duquel gravitent les frustrations et les rivalités masculines. Cette situation produit chez le spectateur un sentiment d’inconfort particulièrement fort. Derrière les plaisanteries, les maladresses et les gestes impulsifs apparaissent des mécanismes sociaux profondément enracinés. Le désir devient parfois une forme de pression. L’appartenance au groupe exige des compromis. L’intégration suppose certaines renonciations. Fred se retrouve confrontée à cette contradiction fondamentale de l’adolescence : vouloir être acceptée sans perdre son identité.
Cette tension traverse également les parcours masculins. Antero découvre que l’amour ne protège pas de la jalousie. Pasini révèle les blessures invisibles qui se cachent derrière les comportements autodestructeurs. Mitis, malgré son apparente assurance, cherche lui aussi sa place dans un monde en train de changer. Le film évite soigneusement les caricatures. Aucun personnage n’est réduit à une fonction morale simple. Chacun porte sa part de vulnérabilité. Cette complexité psychologique donne au récit une profondeur rarement atteinte dans les films consacrés au passage à l’âge adulte.
Ce qui touche finalement le plus dans Une année italienne, c’est la coexistence permanente entre la beauté du souvenir et la douleur de l’expérience vécue. Le spectateur reconnaît ces moments où l’on croyait tout comprendre alors que l’on découvrait seulement les premières contradictions du monde adulte. Le lycée apparaît comme un espace clos où les émotions prennent des proportions gigantesques parce qu’elles sont souvent vécues pour la première fois. L’amour, la honte, l’amitié, la trahison ou le désir semblent absolus. Quelques années plus tard, beaucoup de ces événements paraîtront dérisoires. Pourtant ils continuent de façonner durablement les individus. Le film rappelle ainsi que l’adolescence n’est pas seulement une période de formation intellectuelle. C’est aussi un laboratoire émotionnel où se forgent les rapports futurs aux autres, à soi-même et au monde.
Une année italienne réussit à conjuguer chronique générationnelle et observation psychologique. Derrière la nostalgie des années 2000 se dessine un portrait précis d’une jeunesse suspendue entre l’insouciance et les responsabilités à venir. Le film rappelle avec justesse que les plus grands bouleversements ne surviennent pas toujours lors des événements extraordinaires, mais souvent durant cette dernière année où l’on quitte l’adolescence sans être encore tout à fait adulte.
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10 juin 2026 en salle | 1h 42min | Comédie dramatique
De Laura Samani |
Par Laura Samani, Elisa Dondi
Avec Stella Wendick, Giacomo Covi, Pietro Giustolisi
Titre original Un anno di scuola
Coup de cœur pour « Più niente » de Prozac+, l’un des morceaux les plus marquants de la bande originale. Avec son énergie pop-punk typique de la fin des années 90, la chanson accompagne parfaitement cette chronique adolescente située juste avant l’explosion des réseaux sociaux. Elle rappelle une époque où les amitiés se construisaient dans les rues, les cafés, les concerts et les cours de lycée, bien avant que les écrans ne deviennent le principal lieu de sociabilité.
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