Soumsoum, la nuit des astres – Plongeon dans les croyances anciennes du Tchad.

Dans Soumsoum, la nuit des astres, Mahamat-Saleh Haroun propose un récit initiatique ancré dans un village du Tchad, où visions, mémoire et traditions s’entrelacent. À travers une jeune héroïne confrontée à l’invisible, le film explore la frontière entre réel et croyances, dans une approche à la fois intime et profondément universelle.

Dans un village isolé du Tchad, Kellou (Maïmouna Miawama) est traversée par des visions qu’elle ne parvient pas à comprendre. Son quotidien bascule lorsqu’elle rencontre Aya (Achouackh Abakar Souleymane), une femme exilée au passé douloureux, rejetée par la communauté. En s’ouvrant à elle, Kellou découvre une autre manière de percevoir son environnement, entre mémoire intime et récits ancestraux. Mais en prenant la défense d’Aya face au chef du village (Sambo Saleh Adam), elle s’expose à la peur collective et à la violence sociale. Son parcours devient alors une lutte pour préserver sa liberté, tout en assumant un héritage spirituel que les autres refusent de voir.

Maïmouna Miawama est surprenante et nous émerveille dans ce récit. La photographie est belle, le récit a une certaine poésie, malgré la dureté des propos. Après on a une certaine longueur à la fin, la toute dernière partie du film vient un peu nous perdre, même si symboliquement le fait de retrouver cette figure maternelle apporte quelque chose de grand.

Voyage dans les croyances ancestrales du Tchad

Le film s’inscrit dans une démarche rare, celle de redonner une place centrale aux croyances anciennes, souvent reléguées au second plan face aux récits contemporains. Ici, Mahamat-Saleh Haroun puise directement dans les légendes transmises oralement, ces histoires où le visible et l’invisible cohabitent sans rupture. Le territoire du plateau de l’Ennedi devient un personnage à part entière, un espace chargé de mémoire où chaque roche, chaque cavité semble porter une présence. L’idée que des objets puissent rester intacts pendant des années parce qu’ils appartiendraient à des créatures invisibles illustre une vision du monde où le respect du mystère structure le rapport au réel.

Cette approche ne relève pas d’un folklore décoratif, elle s’inscrit dans une philosophie du vivant. Le récit développe une pensée proche de l’animisme ou du panthéisme, où tout est lié, les êtres humains, la nature, les morts. Dans cette logique, les défunts ne disparaissent pas, ils continuent d’exister aux côtés des vivants. Le simple geste de laisser un gobelet pour eux dans une jarre d’eau devient un acte de transmission, une manière de maintenir un équilibre invisible. Cette relation constante avec l’au-delà donne au film une profondeur singulière, loin d’une vision occidentale strictement rationnelle.

Soumsoum, la nuit des astres © Kmbo

La poésie naît précisément de cette coexistence. Kellou ne « découvre » pas un monde fantastique au sens classique, elle apprend à voir ce qui était déjà là. Le film propose une initiation du regard, où la douceur devient un outil de compréhension. Les paysages ne sont pas seulement filmés pour leur beauté, ils sont habités, presque conscients, observant les personnages autant qu’ils les traversent. Ce choix esthétique transforme le décor en miroir intérieur, chaque élément naturel reflétant les émotions et les questionnements de l’héroïne.

Le plus spectaculaire est le traitement globale des traditions et la force de la mise en scène. En effet, ici, le récit s’ancre dans une tension entre traditions et normes sociales. Les croyances anciennes, notamment celles liées à la culture préislamique, sont perçues comme gênantes, voire dangereuses par une partie de la communauté. Aya incarne cette mémoire rejetée, porteuse d’un savoir millénaire que le patriarcat tente d’effacer. En se rapprochant d’elle, Kellou ne fait pas qu’apprendre, elle résiste. Cette transmission devient un acte politique autant que spirituel, une manière de réhabiliter une histoire que l’on voudrait faire taire. Le film transforme ainsi les croyances en espace de liberté, là où la société impose ses limites.

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Note : 3 sur 5.

22 avril 2026 en salle | 1h 41min | Drame
De Mahamat-Saleh Haroun | 
Par Mahamat-Saleh Haroun, Laurent Gaudé
Avec Maïmouna Miawama, Eriq Ebouaney, Achouackh Abakar Souleymane


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