June the Girl reprend C’est une belle journée de Mylène Farmer

En écoutant la cover de June the Girl du mythique et sombre C’est une belle journée, on raccroche les wagons entre Mylène Farmer et la jeune artiste indé, qui nous a déjà hypnotisés avec son album Dark Indie Pop.

June The Girl, née à Paris, élevée entre Marseille et la Guyane, cumule déjà 12 ans de musique à 30 ans. Révélée en 2018 dans l’émission Destination Eurovision avec « Same », elle enchaîne avec les premières parties de Louane. Ses titres « Emotional », « I Say Love » ou « Flying Kisses » sont relayés par Europe 2 et RTL2. Signée chez InTenSe en 2022, elle affirme un univers entre autodérision et tensions intimes avec ses EP I’m the Girl et Welcome to My Terreurs, nourris par l’imaginaire visuel d’Elisa Grosman.

Vous aimez les sessions acoustiques ?  La cover acoustique de June the girl provient du média Le répondeur live. 

On a relu les paroles du tube de l’iconique Mylène Farmer

C’est une belle journée de Mylène Farmer, est extrait de l’album Les Mots (21 novembre 2001). La chanson dévoile un univers chargé de peine, de lassitude et d’une certaine délectation, digne du romantisme noir.

Ici, l’expression du spleen s’inscrit d’emblée dans une tension entre apparence et effondrement intérieur. Les paroles de la chanson ouvrent sur une image presque clinique, « Allongé, le corps est mort », aussitôt relativisée par le regard extérieur, « pour des milliers, c’est un homme qui dort ». Ce décalage pose le cœur du propos, une souffrance invisible, dissimulée sous une normalité trompeuse. Le spleen n’est pas crié, il est contenu, presque figé, comme suspendu dans une posture immobile. Cette immobilité devient une métaphore d’un épuisement moral profond, où vivre et ne plus vivre semblent se confondre. Si on insiste sur le choix des milliers, c’est qu’on critique de manière simple et lucide le commun des mortels et ses petits règles. Cela provoque une forme d’ennui et de recherche d’un idéal.

À force d’un quotidien annihilant émane une certaine morosité, qui s’exprime dans une philosophie désabusée du quotidien. L’image de l’amphore « à moitié pleine » mais perçue « à moitié vide » traduit une incapacité à accéder à l’optimisme, malgré la conscience rationnelle de son existence. Il ne s’agit pas d’ignorance, mais d’un refus intérieur, quasi instinctif, de voir le positif. Le bonheur lui-même devient suspect, « le bonheur, lui me fait peur », ce qui marque un renversement essentiel. Là où l’on attend une quête, il y a une fuite. Cette peur d’être heureux traduit une fatigue d’exister, un trop-plein d’envies qui se transforme en angoisse. Le souffle court, évoqué à plusieurs reprises, renvoie autant à une oppression physique qu’à un étouffement émotionnel.

L’ironie, quant à elle, irrigue toute la structure du texte de la chanson. Le refrain en est la clef la plus évidente. « C’est une belle journée », affirmation lumineuse en apparence, est immédiatement contredite par « je vais me coucher ». Cette répétition crée une dissonance persistante, presque dérangeante. Plus la journée est dite « belle », plus le retrait s’impose comme une évidence. L’ironie ne cherche pas à faire sourire, elle agit comme une lame froide, révélant l’écart entre ce qui devrait être ressenti et ce qui l’est réellement. Cette contradiction constante installe un malaise durable, renforcé par des expressions comme « mordre l’éternité à dents pleines », qui mêlent intensité vitale et pulsion de disparition. On a déjà ce côté cyclique et sans fin dans Jeune et con de Saez, où l’on va danser toute la nuit pour ne pas regarder la vérité. Ici, nous ne sommes plus dans une fuite de la réalité par la fête, mais par le sommeil.

Enfin, la dernière partie accentue cette ambiguïté. « La vie est belle » est répété comme une vérité universelle, presque un mantra, mais immédiatement fissuré par « mais la mienne ». Ce basculement marque une rupture nette entre le discours collectif et l’expérience intime. Le monde peut être beau, mais il échappe au sujet. L’ironie devient alors tragique, car elle ne repose plus sur un contraste ponctuel, mais sur une fracture existentielle. Les paroles de la chanson ne cherchent jamais à résoudre cette tension. Elles la maintiennent, avec une précision presque froide, jusqu’à faire du spleen non pas un état passager, mais une condition durable, installée au cœur même du langage.

June The Girl apporte dans cette chanson un petit côté fraicheur oublié, vous savez, ce petit peps qui donne une lecture nouvelle d’une chanson. Le meilleur est le côté désabusé que l’on peut entendre dans le texte, un peu comme le Reasons Why présent dans l’ep Welcome to My Terreurs de June.

Retrouvez June The Girl sur scène ce samedi à l’occasion du Disquaire Day x SCPP 2026 à Ground Control – Paris. Il y aura sur une autre scène Olympe Chabert, une jeune artiste indie pop qui revisite les histoires d’amour qui finissent mal !


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