Plus forts que le diable, une satire explosive où l’absurde révèle le réel

Retour viscéral de Graham Guit, Plus forts que le diable s’impose comme une comédie noire nerveuse, entre polar et satire. Un film où le chaos devient moteur narratif, et où l’absurde révèle une violence sociale bien réelle.

Valentin (Melvil Poupaud), marginal fauché, refait surface après vingt ans d’absence et retrouve son fils Joseph (Harpo Guit), désormais installé avec Alice (Marine Vacth). Cette réapparition déclenche une spirale incontrôlable où s’agrègent Mila (Asia Argento), JP (Nahuel Pérez Biscayart) et Gigi (Raïka Hazanavicius), dans un enchaînement d’actions imprévisibles, où chacun semble courir à sa perte sans jamais vraiment comprendre comment s’en sortir.

Plus forts que le diable : Photo Asia Argento, Nahuel Perez Biscayart, Melvil Poupaud

Une satire de la société et une série d’actions absurdes

Un couple, progressivement gagné par une forme de bobotisation, voit son équilibre basculer avec l’arrivée d’un marginal, qui n’est autre que le père du jeune homme.

Le film oscille entre comédie et satire sociale, en mettant en lumière ce paradoxe d’un discours qui rejette le capitalisme, tout en s’inscrivant pleinement dans une logique de consommation excessive.

Il déroule alors une succession de mauvais choix économiques, révélant une incapacité profonde à se réinsérer dans une société qui exclut durablement les anciens détenus. Ceux qui refusent d’entrer dans les combines, ou de jouer avec les règles du système, se retrouvent rapidement relégués à la marge, parfois jusqu’à la rue. La phrase dite par le père « Je ne suis pas un salaud » revient comme une ritournelle, une manière de se convaincre que l’échec est justifié, tout en affirmant une limite morale, celle de ne pas basculer dans l’escroquerie malgré la pression sociale.

Par cette base, le film ne cherche plus à décrire une situation, mais à en éprouver les conséquences. L’irruption du père agit comme un élément perturbateur qui désorganise tout, révélant la fragilité des équilibres construits. Rien ne tient vraiment, et chaque tentative de reprise en main débouche sur une nouvelle dérive, souvent plus brutale, parfois presque grotesque dans sa mécanique.

L’enchaînement des situations repose sur une logique d’escalade, où les personnages s’enferment eux-mêmes dans des choix qu’ils ne maîtrisent plus. L’absurde n’est jamais gratuit, il naît d’un enchaînement de décisions prises dans l’urgence, ou dans une forme d’aveuglement. Le récit avance ainsi par collisions successives, comme si le réel lui-même devenait instable, incapable de contenir les trajectoires de ces individus.

Cette construction donne au film une dimension presque expérimentale, où le récit se nourrit de ses propres débordements. Les personnages ne progressent pas, ils tournent, ils reviennent, ils s’enlisent. Ce mouvement circulaire renforce l’idée d’un système fermé, dans lequel toute tentative d’émancipation se heurte à une impasse.

Quant à la mise en scène, elle accentue cette sensation de dérèglement. Le ton oscille en permanence, sans chercher à stabiliser le regard. Le rire surgit là où il ne devrait pas, la tension s’installe sans prévenir, et l’ensemble produit une impression d’inconfort maîtrisé. Ce déséquilibre constant devient la véritable signature du film, une manière de traduire un monde où les repères ne sont plus fiables, ni pour les personnages, ni pour le spectateur.

Un film qui brouille les repères géographiques

Le film est né d’un désir personnel du producteur Manuel Molina de renouer avec le cinéma de Graham Guit, après la redécouverte de Le ciel est à nous. Plutôt qu’un simple retour nostalgique, cette initiative déclenche une collaboration immédiate autour d’un nouveau scénario, inscrit dans la continuité de ses premiers films.

Ici, la fabrication du film repose sur un équilibre délicat entre écriture précise et liberté des acteurs. Les dialogues sont travaillés en amont, mais ajustés sur le plateau, puis redéfinis au montage, où le rythme devient un enjeu central. Ce processus long et exigeant explique la tonalité singulière du film, oscillant entre noirceur et humour.

Le tournage en Belgique participe à cette volonté de brouiller les repères géographiques, le réalisateur cherchant des décors volontairement neutres, presque universels. Cette approche renforce l’aspect stylisé du film, qui refuse toute lecture strictement réaliste.

Un Pulp fiction humaniste désabusé, où l’optimisme est sans avenir. On aime le côté très dynamique, toujours en mouvement. On adore la citation de la scène mythique de la douche de Psycho, qui est bien menée. Dans l’ensemble, on a une belle critique de la société, de même que l’incapacité à aider à la réinsertion : une fois condamné, c’est pour toujours.

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Note : 4 sur 5.

25 mars 2026 en salle | 1h 24min | Comédie, Thriller
De Graham Guit | 
Par Graham Guit
Avec Melvil Poupaud, Asia Argento, Marine Vacth


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