Inexorable, quand l’escalier s’effondre


Le film Inexorable est ce que l’on peut qualifier de déroutant. On devine des influences de l’univers de Stanley Kubrick comme l’introduction du film qui rappelle celle de Shining, avec une voiture s’enfonce dans l’immensité du paysage.

Inexorable, c’est une photographie très graphique signée Manuel Dacosse (chef opérateur) à laquelle s’ajoute le travail minutieux de Manu de Meulemeester (chef décorateur). Le réalisateur souligne l’importance pour Manuel Dacosse de travailler avec une seule source de lumière pour faire un travail qui rappelle la peinture flamande. On aime ces scènes dans lesquelles la lumière partage en deux l’écran, elle souligne une forme manichéenne de représentation de la pensée.

Il y a sans cesse cette dualité dans l’image comme celle du rouge et du bleu. À l’image de cette jeune fille excessive et violente. A-t-elle le syndrome de Clérambault où s’alterne chez le sujet amour et haine en représailles d’un amour non réciproque.

Mélanie Doutey et Benoît Poelvoorde mises à nu.
Inexorable permet de re-découvrir la voix de Mélanie Doutey face à celle de Benoît, qui joue dans la retenue, semble plus posée, plus calme. On attend l’explosion et elle va arriver plusieurs fois. Ce film parle d’amour, mais surtout du besoin d’être réconforté. Il y a beaucoup de désir, beaucoup de violence dans ces relations presque malsaines.
Personne n’estime l’autre, nous sommes dans une forme de névrose de contrôle où chacun domine l’autre à sa manière.

Arrive une jeune fille…
ALBA GAÏA BELLUGI crève l’écran, elle a quelque chose d’intense, de troublant.
Elle incarne une femme de manipulatrice et se déplace comme un félin dans le noir. Elle s’incruste progressivement dans la vie de la famille. Elle devient indispensable et agit comme une membre de la famille.

On ne peut s’empêcher de s’inquiéter, il y a quelque chose ne va pas avec cette jeune femme. La mise en scène et la musique lourde va souligner cet état malaisant et oppressant.

Il y a un autre personnage important dans ce film, l’escalier. Il représente plusieurs choses qui se cristallisent peu à peu dans l’esprit du spectateur. Le réalisateur va faire une analogie de l’œil de Gloria qui observe à travers la serrure, mais il y représente également la folie qui ronge peu à peu les habitants de cette maison.

On sent très rapidement que cet escalier peut mener à une chute, à un accident. Il est souvent embrumé, sombre et tourmenté… On sait dès le début qu’il est cassé et qu’il peut céder à tout instant. Cet escalier représente un peu l’état émotionnel de cette famille dans laquelle tout va mal, tout est en chantier. L’écrivain sans inspiration est cassé, il a des pannes dans l’écriture et sur le plan sexuel. Il ne se sent pas à sa place, il pense être un imposteur et ne pas être à la hauteur…

En psychanalyse, l’escalier représente beaucoup de choses, comme une voie de progression que d’autres ont tracée avant nous, mais qu’il faut découvrir seul, avec notre propre énergie. Cet auteur perdu, cette jeune héritière ou cette inconnue sont tous les trois dans une forme de progression, ils jouent un grand jeu d’échec où on ne sait jamais quand l’escalier va s’effondrer.

Photo : Copyright The Jokers / Les Bookmakers

Un film de FABRICE du WELZ au cinéma le 6 avril 2022 • AVP le 22 mars UGC Paris Les Halles

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