Red Rocket, ou une Amérique qui ne rêve plus


Red Rocket explore les méandres d’un porn-star sur le déclin, qui devient un suitcase pimp malgré lui. Il espère d’abord revenir au Texas pour convaincre sa femme de le reprendre, mais très rapidement il comprend que son passé dans l’industrie pornographique ne sera pas une chose simple à gérer pour trouver un job alimentaire plus atypique.

Red Rocket Productions, LLC

À travers ses yeux et sa manière d’être, on retrouve toute la grandeur du rêve américain, où la cité des anges suscite beaucoup d’enthousiasme et peu de bonheur concret.

Même si le scénario dissèque avec brio cette industrie à part, on pourrait malgré tout faire le parallèle avec A Star Is Born. En effet, ce classique du cinéma vu et revu dans de multiples adaptations et remakes cristallise la figue de ces artistes dans le creux de la vague. Des personnages dont le quotidien n’est qu’une succession de choix et d’actions pour tenter d’alimenter une illusion de grandeur de plus en plus couteuse et épuisante. Dans Red Rocket le mensonge, les aphrodisiaques et les magouilles sont les outils permettant de continuer une carrière qui ne décolle pas réellement.

Il est risible de voir cet acteur se venter d’être une star en ayant moins de 1000 abonnés sur les réseaux sociaux. Sa vie se résume à alimenter ses fantasmes de gloire sans prendre en compte les dommages collatéraux qui en découlent. On a beaucoup pensé à BoJack en voyant cette attitude toxique et le don de Mikey à détruire tout ce qu’il touche. Il vit bien au-dessus de ses moyens, il est ruiné et cherche malgré tout à revenir sur le devant de la scène. Bojack aurait tendance à être plus ironique et à voir le verre à moitié vide quant à Mikey, il ne peut réaliser quand le verre est totalement vide et aurait même tendance à l’imaginer à moitié plein. Est-ce du déni ou une personnalité trop narcissique ?

Oui, Red Rocket parle avant tout de la capacité de certains à se mentir et à accuser les autres de leur échec. Un moyen de ne jamais se remettre en question et de continuer à vivre de ses petites magouilles.

Sean S. Baker arrive à rendre presque attachant le personnage d’homme-enfant de Mikey (Simon Rex), qui va utiliser une jeune fille de presque 18 ans pour arriver à ses fins. Quand on retourne le problème sous un autre angle, on peut se demander qui utilise qui ?

Strawberry (Suzanna Son) n’est pas stupide, elle sait ce qu’elle veut et arrive aisément à manipuler les hommes. Elle souhaite sortir du Texas et quitter cette ville étouffante où l’on ne peut rien faire et où rien ne pousse. La seule activité divertissante demeure un centre commercial où les gens s’en vont y trainer pour se remplir le cerveau. Dans une autre catégorie, il y a une boite de striptease et un snack bar où les ados viennent y consommer des Donuts à toutes les sauces.

En clair, Red Rocket est le portrait d’une Amérique qui ne rêve plus. Un film à part sublimé par le regard pointu et passionné de son réalisateur. Il n’est jamais moralisateur, il n’est jamais mauvais avec ses personnages. Il offre un moment de cinéma né dans une période étrange en pleine pandémie du Covid-19.

En salle le 2 février 2022 • 2h 08min
Réalisation de Sean Baker avec Simon Rex, Bree Elrod, Ethan Darbone
Distribution Le Pacte

crédit photo Red Rocket Productions, LLC Le Pacte

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