In treatment


[S02EP01] La série continue

Chacun de nous pourrait se retrouver dans ces cinq patients. Quand ils viennent, chacun à son tour, en consultation, ils dévoilent des pathologies qui pourraient être les nôtres. Nous ne sommes pas simplement les spectateurs des traitements prodigués par le bon docteur Paul Weston, nous sommes également interpellés sur nos affections potentielles.

Au bout de sept semaines de thérapie, il n’a pas été diffcile de s’identifier à Mia, à April, à Oliver, à Walter ou même à Paul. Toutes les questions qu’ils se posent, toutes les craintes, les rancoeurs et les incertitudes qu’ils éprouvent sont les nôtres. Le thème principal de cette saison est sans doute l’enfance perdue, autant dire qu’il nous concerne tous.

La première saison d’In Treatment avait été un beau succès du HBO. La saison 2, qui vient de s’achever, a réussi le tour de force de se renouveler, de ne pas se contenter d’être un copier/coller de sa devancière et surtout d’augmenter encore l’identification du spectateur avec les personnages. Autant, j’avais regardé la saison 1 avec une sorte de curiosité distante, autant celle qui vient de se terminer est parvenue à plonger ses racines dans des thèmes personnels.

Mia, l’avocate et ancienne patiente de Paul, n’a pas résolu ses problèmes avec son père. Elle n’a pas expurgé un passé qui paraît la hanter presque depuis le jour de sa naissance. Pas étonnant qu’elle ne soit jamais parvenue à trouver un homme qui incarne la figure masculine de sa vie. Pas étonnant qu’elle tente d’une manière un peu provocatrice de séduire Paul. A 20 ans de distance, elle le met au défi d’affronter des sentiments qu’elle avait éprouvés lorsqu’elle était encore une jeune femme. Au thème de l’abandon, est venu s’ajouter celui du besoin d’envisager son avenir. On a tous des relations complexes avec ses parents, des cicatrices qui ne se sont jamais vraiment fermées et qui définissent notre caractère.

April, la jeune étudiante atteinte d’un cancer, est de mon point de vue le personnage le plus attachant. Chaque fois qu’elle paraît, on est animé de sentiments ambivalents. On éprouve de l’injustice à voir une si jeune femme (23 ans) être ainsi frappée par le sort. On est impressionné par la colère qui gronde en elle et on est ému par l’amour qu’elle porte à son petit frère autiste. On est soulagé d’apprendre que la chimiothérapie fonctionne et on a envie de la débarrasser de la culpabilité qui la ronge comme  une maladie invasive. La dernière scène de la session est bouleversante. April, n’ayant plus de cheveux troque le bonnet que lui a donné son petit frère et dont la laine lui provoque de terribles démangeaisons. Paul lui donne un casque en cuir qui appartenait à son père. April l’enfile et elle redevient, d’un coup et pour un très court instant une petite fille que l’on a envie de bercer parce qu’en sortant du cabinet, on sait qu’elle a perdu son enfance.

Oliver, le petit garçon pris dans la séparation de ses parents, parle en fait de la fragilité et de la force de l’enfant. Le gamin s’imagine responsable des déboires du ménage et il fait tout pour essayer de recoller les morceaux. Au point de ne plus du tout penser à lui et de n’agir qu’en imaginant ce que ses parents voudraient qu’il fasse. Il y a une sorte de quête désespérée et vaine qui suscite en Paul une immense empathie et un besoin de jouer les protecteurs. Cela d’autant plus qu’au fil des séances, les parents malgré leurs dénégations font preuve d’un profond égoïsme. Oliver parle, en fait, du paradoxe que les adultes entretiennent envers les enfants. Les grands, poussés par leur mauvaise conscience, veulent être de bons parents à leurs propres yeux et non pas aux yeux de leurs enfants. Il n’y a pas de maltraitance, certes, mais il y a quelque chose qui s’apparente à de la négligence, à un manque de maturité et à un gâchis dont ils sont responsables.

Walter, l’homme d’affaires surmené, se situe à l’autre extrémité de la droite du temps. Il pose la question de notre utilité. A quoi bon dépenser autant d’énergie, autant de temps, pour en arriver là ? Pour n’obtenir aucune reconnaissance et finalement perdre l’une des choses les plus précieuses, une relation avec sa fille. Walter a vécu une non-vie. On a envie de lui conseiller d’exister pour lui-même. Parce qu’il a 68 ans et qu’il risque d’être bientôt trop tard.

Paul s’est largement dévoilé au cours de cette saison et ses sessions avec Gina ont souvent été tendues. Le praticien a été obligé de se pencher sur son enfance, d’aller accompagner son père dans son dernier souffle sur un lit d’hôpital. On comprend dans cette autre magnifique scène que l’absence, ce n’est pas le vide. L’absence sous-entend qu’il existe une présence quelque part et qu’il suffit de faire l’effort d’aller la chercher. La vide est ce qui ne se comble pas. Les face-à-face entre Gabriel Byrne et Dianne Wiest sont fascinants de justesse et de tension. Les deux acteurs avaient été désignés pour les Emmy Awards et Wiest avait remporté la statuette de meilleur second rôle féminin. Byrne avait été récompensé par un Golden Globe. En bouclant cette saison, Gina nous abandonne seul face à un intense suspense. “This is the part where I’m supposed to say my door is always open, but I’m not going to say that. Our time is up. Good luck.”

On ne souhaite qu’une chose, que le HBO commande une troisième saison, sinon nous risquons nous aussi de nous sentir orphelins.

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