Entre quête intime et poésie visuelle, Last Shadow at First Light de Nicole Midori Woodford suit Ami, une adolescente hantée par des visions, partie du Singapour au Japon pour retrouver sa mère disparue. Un voyage sensoriel entre mémoire, fantômes et paysages marqués par la tragédie.
Hantée par des visions récurrentes, Ami, seize ans, quitte Singapour pour le Japon afin de retrouver sa mère disparue. Ce voyage, guidé par un oncle cynique, la conduit à travers les paysages bouleversés de la côte nord-est japonaise. Entre drame familial et poésie surnaturelle, Last Shadow at First Light déploie un récit où la mémoire, les blessures invisibles et la quête de soi s’entremêlent. Inspirée par l’histoire personnelle de Nicole Midori Woodford, cette œuvre explore les cicatrices d’un passé traumatique tout en questionnant l’existence au-delà de la vie physique.
Un drame entre surnaturel et récit initiatique
Ami (Mihaya Shirata) est une adolescente singapourienne qui perçoit des traces lumineuses, signes de présences invisibles. Sa mère Satomi (Mariko Tsutsui) a disparu, laissant derrière elle un vide que l’adolescente tente de combler. Isamu (Nagase Masatoshi), son oncle chauffeur de taxi, devient son guide malgré un caractère dur et des blessures profondes liées à la perte de sa femme. Wen Yong (Peter Yu) apporte un regard extérieur sur ce drame intime. Ensemble, ces figures composent un récit choral où chaque protagoniste est hanté par ses propres fantômes – réels ou symboliques – et cherche à réapprendre à vivre.
Un film esthétique et de genre
Nicole Midori Woodford signe une œuvre qui marie naturalisme et dimension métaphysique. Les influences du cinéma japonais (Kiyoshi Kurosawa, Mizoguchi) se mêlent à des résonances contemporaines comme Personal Shopper d’Olivier Assayas. L’esthétique repose sur des images de paysages marqués par la tragédie – notamment Rikuzentakata, ville sinistrée par le tsunami de 2011 – et sur des effets visuels subtils représentant les « traînées de lumière », incarnation poétique des âmes persistantes. Ces touches surnaturelles ne cherchent pas l’effroi mais une forme de familiarité, inscrivant les disparus dans le quotidien. Le résultat : un film qui transcende les codes du drame et du fantastique pour devenir une méditation sur la mémoire.

Un film né de confidences de la grand-mère de la réalisatrice
L’origine de Last Shadow at First Light remonte aux confidences tardives de la grand-mère japonaise de Nicole Midori Woodford, rescapée d’Hiroshima. Marquée par cette histoire et par sa propre expérience du traumatisme, la réalisatrice a imaginé une fiction où la quête identitaire s’inscrit dans des lieux porteurs de mémoire. L’écriture a pris plusieurs années, nourrie par la découverte d’un poème de Nagase Kiyoko sur la relation mère-fille, et par un travail de repérage immersif.
Les confidences de la grand-mère de Nicole Midori Woodford
Quelques années avant sa mort, fin 2019, la grand-mère de Nicole Midori Woodford, Asako, a été atteinte de démence à la suite d’un AVC et est venue vivre avec la famille. Pour la première fois, elle s’est confiée sur sa jeunesse au Japon dans les années 40. Un jour, elle avait manqué le train qui devait l’emmener au travail, échappant ainsi à l’explosion atomique d’Hiroshima. Plus tard, elle épousa un ingénieur naval britannico-portugais et s’installa à Singapour, décidant de ne jamais revenir vivre au Japon. Pour Nicole, ce récit était une manière pour sa grand-mère de lui dire qu’il faut toujours regarder vers l’avant, malgré les traumatismes vécus.
Le casting a été pensé comme une rencontre de deux univers : Mihaya Shirata, 15 ans lors de sa sélection, pour son instinct brut et sa capacité à incarner Ami avec fraîcheur ; Nagase Masatoshi, acteur vétéran, choisi pour sa justesse et sa profondeur. Leurs méthodes ont divergé : longues discussions préparatoires avec Nagase, improvisations et scènes inédites avec Mihaya pour modeler son jeu.
Le tournage, contraint par un calendrier serré et les fermetures de frontières dues à la pandémie, a exigé une organisation millimétrée. Certaines scènes n’ont nécessité qu’une ou deux prises. La réalisatrice a également travaillé à distance pendant un an avec son équipe, allant jusqu’à apprendre le mandarin par Zoom pour fluidifier la communication.
Les anecdotes de plateau révèlent une volonté de capturer l’authenticité : les « traînées de lumière » ont été élaborées en postproduction après des mois d’expérimentation avec l’équipe VFX, inspirées par la photographie argentique et les expositions multiples. Le film, coproduction Japon-Singapour, a nécessité sept ans de persévérance et de résilience, jusqu’à sa sélection au Festival de San Sebastián.

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20 août 2025 en salle | 1h 47min | Fantastique, Drame
De Nicole Midori Woodford |
Par Nicole Midori Woodford
Avec Shirata Mihaya, Masatoshi Nagase, Mariko Tsutsui
Article réalisé sans le soutien du distributeur, ni de l’agence de presse.
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Une réflexion sur “Last Shadow at First Light – Un voyage intime entre mémoire et fantômes”