Comprendre les mobilisations en Iran au 8 janvier 2026, c’est analyser une crise économique majeure devenue politique. Inflation, chute du rial, répression violente, slogans anti-régime et rôle de l’exil dessinent une contestation nationale sans précédent depuis 2022.
Depuis fin décembre 2025, l’Iran est traversé par une nouvelle vague de mobilisations populaires, déclenchée par l’effondrement du rial, une inflation devenue insoutenable et la crise des services essentiels, notamment l’eau. Parti du bazar de Téhéran, le mouvement s’est étendu à 25 provinces. Au 8 janvier 2026, la répression a fait au moins 28 morts.
1. Une crise économique devenue insupportable
Le point de départ est clairement économique. Le 28 décembre 2025, les commerçants du Grand Bazar de Téhéran ferment leurs échoppes pour protester contre la chute brutale du rial et une inflation chronique qui ronge les salaires. À cela s’ajoute une gestion défaillante des ressources, notamment l’eau, aggravant le quotidien de millions d’Iraniens. Après des décennies de sanctions internationales et de corruption endémique, la population ne voit plus d’issue. Très vite, ce ras-le-bol matériel dépasse la simple revendication sociale et se transforme en rejet global du système politique.
2. Une mobilisation nationale sans précédent depuis 2022
En quelques jours, la contestation déborde largement la capitale. Au 8 janvier 2026, une cinquantaine de villes sont touchées, dans 25 des 31 provinces du pays. L’ouest iranien, notamment Kermanshah et Ilam, est particulièrement mobilisé, mais des foyers apparaissent aussi à Kerman, Tonekabon ou dans la province de Fars. Les grèves kurdes, encouragées par des partis en exil, paralysent des régions entières comme le Lorestan. À Téhéran, Karaj ou Kashan, barricades et destructions de statues de Qassem Soleimani symbolisent une défiance nationale ouverte.
3. Une répression brutale assumée par le pouvoir
Face à l’ampleur du mouvement, la réponse des autorités est immédiate et violente. Les forces de sécurité, CGRI et FARAJA en tête, utilisent balles réelles, plomb et gaz lacrymogènes. Entre le 31 décembre et le 8 janvier, au moins 28 personnes sont tuées, parmi lesquelles des mineurs. Les arrestations se comptent par centaines, y compris dans les hôpitaux, où des blessés sont interpellés. Ali Khamenei promet une fermeté absolue, tandis que le pouvoir judiciaire ordonne des procès accélérés, sans indulgence, pour tenter d’étouffer la contestation.
4. Des slogans politiques et un leadership symbolique
Dans les rues, les slogans ne laissent aucune ambiguïté. « Femme, vie, liberté » résonne encore, rejoint par « Seyyed Ali sera démis » ou « Pahlavi reviendra », qui visent directement la République islamique. Reza Pahlavi, en exil, s’impose comme figure symbolique en appelant à intensifier la mobilisation lors d’un direct à 20h le 8 janvier, qualifiant la participation de « sans précédent ». L’opposition kurde et les chaînes persanophones en exil relaient massivement ces appels, malgré des coupures d’internet répétées imposées par le régime.
5. Une pression internationale encore limitée
Les réactions internationales restent prudentes mais fermes sur le plan des droits humains. Amnesty International et Human Rights Watch dénoncent une répression illégale et meurtrière, appelant l’ONU et l’Union européenne à prendre des sanctions ciblées. De son côté, Téhéran parle d’« émeutiers manipulés par l’étranger ». Le Conseil suprême de sécurité nationale promet une « réponse décisive ». Plusieurs analystes évoquent un risque d’escalade incontrôlée, voire un effondrement progressif du régime, la résurgence d’une rhétorique pro-monarchique marquant un tournant inédit.
Les mobilisations iraniennes de l’hiver 2025-2026 cristallisent un rejet profond et viscéral du régime, nourri par une crise économique devenue insoutenable et amplifié par des appels politiques explicites à la fin de la République islamique. Nées dans le bazar, symbole historique du pouvoir populaire, elles se sont rapidement étendues à l’ensemble du territoire, transcendant classes sociales et régions. La répression sanglante, avec au moins 28 morts confirmés, n’a pas étouffé la colère, bien au contraire. Grèves, barricades et destructions de symboles du régime témoignent d’une rupture assumée avec l’autorité centrale.
Malgré les coupures d’internet, les images de Karaj ou de Kashan circulent via des réseaux militants et des médias en exil, rendant impossible un étouffement total de l’information. Le pouvoir mise sur la peur, les arrestations et des procès expéditifs, mais les fissures sont visibles, y compris au sein des forces de sécurité, comme le montre la mort d’un policier près de Téhéran. Plus large encore que le soulèvement de 2022, ce mouvement teste la résilience d’un régime confronté à une opposition intérieure déterminée et à une diaspora politiquement active. L’Iran se trouve ainsi à un point de bascule, où économie, dignité et mémoire historique s’entremêlent dangereusement.
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