Une chanson qui aborde le deuil sans pathos, en transformant l’absence en moteur. Entre mémoire, songes et lumière, CEEPIE explore un entre-deux fragile où l’espoir subsiste malgré une lucidité presque brutale.
Dans 22:23, CEEPIE s’empare d’un thème universel, l’absence, mais refuse toute facilité émotionnelle. Le morceau s’inscrit dans une continuité symbolique, celle du passage d’un instant suspendu à une prise de conscience plus ancrée. Là où certaines chansons s’arrêtent à la nostalgie, celle-ci choisit d’avancer, quitte à accepter une forme de perte irréversible. Cette tension donne au titre une densité particulière, presque méditative, où chaque image semble pesée.
CEEPIE développe une approche singulière de la chanson, nourrie à la fois par la littérature et les arts de la scène. Issue d’un parcours où le théâtre, la musique et l’écriture se croisent, elle construit un univers sensible sans jamais céder à l’effet. Son rapport instinctif à la composition, renforcé par une formation en comédie musicale, donne naissance à une écriture introspective, précise, et souvent traversée par une mélancolie maîtrisée.
De l’absence à l’immortalité par les songes.
Le morceau traite de l’absence d’êtres chers, envisagée non comme un simple manque, mais comme une présence diffuse qui habite les songes et la mémoire. Le temps y apparaît comme une force destructrice, qui efface progressivement les repères et les illusions. Pourtant, une lumière persiste, fragile mais réelle. La symbolique du passage de 22:22 à 22:23 traduit cette bascule, on quitte le refuge du signe pour entrer dans une réalité plus dure, mais aussi plus consciente. Le titre évoque ainsi une acceptation progressive, mêlée à une volonté de continuer malgré tout.
Surprenante la voix, il y a un traitement dans le mixage qui apporte un côté un peu irréel… C’est dommage, car le grain et les paroles sont superbes ! La thématique des absents éternels qui peuplent les songes et la mémoire est très forte. L’originalité du morceau repose d’abord sur son traitement des images, qui évite le cliché du souvenir figé.
Ici, les absents ne sont pas seulement évoqués, ils structurent le regard porté sur le présent. Cette présence diffuse donne au morceau une dimension presque cosmique, renforcée par des éléments comme les supernovas, qui déplacent le deuil vers quelque chose de plus vaste. L’émotion, elle, ne se résout pas dans une conclusion nette. Le morceau installe un entre-deux, où la lucidité sur la perte coexiste avec une forme d’élan. Ce n’est ni une résignation, ni une réparation. Il s’agit plutôt d’un mouvement intérieur, celui d’accepter la réalité tout en choisissant d’avancer. Il faut avancer et prendre le prochain train. Cette dynamique est essentielle, car elle évite toute dramatisation excessive. La prise de conscience est bien présente, et elle semble définitive dans son constat, mais elle n’annule pas la possibilité d’un futur. C’est précisément cette tension qui donne au titre sa force, un équilibre fragile entre perte et continuité.

Quelqu’un a dit que la meilleure machine à remonter le temps est la mémoire et les rêves. On peut y revoir ces êtres chers que l’on a perdus. Cette chanson illustre parfaitement cette idée, mais il faut apprendre à rester avec les vivants, pour ne pas devenir un nosferatu parmi celles et ceux qui continuent d’avancer.
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