Little Trouble Girls plonge au cœur de l’adolescence, où la découverte de soi et les turbulences de la sexualité se confrontent aux traditions sociales et religieuses. Lucia, jeune fille introvertie, est forcée de remettre en question ses croyances face à l’éveil de ses sentiments et la dynamique d’un groupe influent. Cette exploration intense des rapports humains se déroule dans un environnement de plus en plus oppressant, un carrefour entre innocence et rébellion.
Traiter de l’adolescence et l’autorité.
Lucia (interprétée par Jara Sofija Ostan) est une adolescente timide et solitaire, qui rejoint la chorale de son école. Là, elle se lie d’amitié avec Ana-Maria (Mina Švajger), une jeune fille charismatique, populaire et pleine de vie. Ana-Maria devient rapidement une figure fascinante et déstabilisante pour Lucia, qui commence à s’interroger sur ses propres désirs et sur la place de la sexualité dans sa vie. Cette relation complexe évolue à travers un mélange de fascination et de culpabilité, où les frontières entre amitié et attraction sont floues, renforçant ainsi le thème central du film : la quête de soi et la lutte contre les normes imposées.
Le film explore les dynamiques internes d’un groupe, dirigé par des figures d’autorité comme la mère de Lucia (Nataša Burger), une femme stricte, et le chef d’orchestre (Saša Tabaković), qui incarne l’ordre et la discipline.

Un film sensitif
Dans ce film, le traitement des sens revêt une importance capitale, tout comme le choix des cadrages, la gestion des sons et la mise en scène des sources sonores. Chaque élément est amplifié pour immerger pleinement le spectateur. On a l’impression de partager les quelques jours de cette jeune fille, plongée dans un univers radicalement différent de son quotidien. Les tentations sont omniprésentes, tout comme les expériences qui en découlent. Pourtant, un appel dissonant et perturbant se fait ressentir, d’abord par la figure de la Sainte Vierge, en complète opposition avec l’autre pôle : la fascination pour les interdits.
Ce qui fascine dans le choix de la mise en scène, c’est la manière dont Jara Sofija Ostan envahit l’écran et son personnage se laisse submerger par ce monde, par ces mots et les autres. Elle subit et le traitement des sens dévoile son trouble et son basculement.
La représentation de la féminité et du désir
La question de la féminité traverse le film de manière profonde et perturbante. Qu’est-ce qu’une femme ? Est-ce une femme qui saigne, qui porte des seins, qui enfante ? Ces thèmes sont au cœur du récit, où le maquillage, la virginité et la pureté sont des éléments clés. Une image récurrente de la Vierge Marie surgit tout au long du film, véritable fantasme paradoxal d’une femme sacrée, mère d’un enfant né sans avoir fauté avec un homme. Cette représentation idéalise deux aspects de la féminité : l’enfantement et la virginité, des symboles de pureté et d’innocence.
La jeune fille, au centre de ce tourbillon, est à la fois troublée et bicurieuse. Elle s’intègre progressivement dans un groupe de jeunes filles plus audacieuses, mais elle demeure un être à part. Tous les regards se tournent vers elle, car elle incarne un entre-deux. Elle n’est pas comme ses camarades, qui semblent plus à l’aise avec les codes de la sexualité. Elle a peur des interdits, ces tabous qui façonnent son univers. Elle ne se laisse pas aller à la sexualisation de son corps et de ses gestes, et son comportement se distingue par une retenue et une délicatesse qui la rendent fragile et différente.
Cependant, il est malaisant en 2026 de montrer une jeune fille attirant ainsi les regards.
Dans un contexte social où les questions de consentement, de représentation et de respect des limites sont plus que jamais au centre du débat, une telle mise en scène peut susciter un malaise considérable. Le film, en explorant ces dynamiques complexes, interroge les frontières entre l’éveil de la sexualité et la société, et pousse à une réflexion sur les implications éthiques et morales de la représentation des jeunes femmes dans le cinéma contemporain.
Il y a une forme de persécution de la part du professeur de chorale, qui débute lorsque Lucia lui confie ses doutes concernant l’attirance d’une jeune fille pour elle. Il la persécute sans relâche, de manière gratuite. Cela semble être une réaction de déception ou de jalousie face à un désir qu’il juge interdit.
La scène dans l’eau et la grotte marque symboliquement la fin d’une période de discernement entre le désir terrestre et la foi. Les plaisirs de la chair mènent à une souffrance, tandis que la foi, en libérant l’âme, permet de se détacher des tentations et des difficultés qui en découlent.
La voix murmurée tout au long du film incarne, d’une certaine manière, les doutes et les pulsions contradictoires de la jeune fille, oscillant entre la vie et la mort, entre la quête de soi et la déviance. Elle reflète un monde intérieur bouleversé, où chaque sensation, chaque pensée, est déstabilisée par des forces contradictoires qui cherchent à guider ou à étouffer ses choix. Ce murmure devient alors l’écho de ses incertitudes et de son éveil.

Little Trouble Girls aborde de manière poignante les thèmes de l’adolescence et de l’autorité, où les jeunes cherchent à s’émanciper tout en étant confrontées à des figures dominantes qui imposent des normes sociales et religieuses. La lutte de Lucia, déstabilisée par ses propres désirs et les regards insistants qui se tournent vers elle, soulève des questions sur la place de la féminité dans une société qui la juge à la fois pure et coupable. En mettant en scène le corps comme un terrain de tension entre répression et éveil, le film explore aussi la quête d’une identité personnelle, souvent entravée par des pressions extérieures. Il rappelle, à travers la figure de la Vierge Marie et les débats intérieurs de Lucia, que le chemin vers l’autonomie est pavé de conflits intérieurs et d’influences extérieures contradictoires. Mais ce qui frappe également dans Little Trouble Girls, c’est la manière dont le film dépeint l’incompréhension et la persécution, notamment à travers le professeur de chorale, personnage représentant une forme d’autorité stricte, qui semble davantage réagir par peur et frustration que par véritable souci du bien-être de la jeune fille. Le film nous invite ainsi à repenser les tabous et la manière dont ils façonnent notre rapport à la sexualité, à la foi et à la découverte de soi.
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11 mars 2026 en salle | 1h 30min | Comédie dramatique
De Urška Djukić |
Par Urška Djukić, Marina Gumzi
Avec Jara Sofija Ostan, Mina Švajger, Saša Tabaković
Titre original Kaj Ti Je Deklica
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