Woman and Child, quand la famille devient sa prison et que la société se contre-dit sans cesse.


À Téhéran, une infirmière affronte un drame qui fissure tout, la famille, l’amour, la justice. Woman and Child observe une femme contrainte de lutter dans un système où survivre signifie déjà résister.

Dans Woman and Child, Mahnaz (Parinaz Izadyar), infirmière de quarante ans, élève seule ses enfants tout en tentant de reconstruire sa vie sentimentale auprès de Hamid (Payman Maadi). L’équilibre fragile bascule lorsque son fils Aliyar (Sinan Mohebi) est renvoyé de l’école, puis qu’un événement tragique bouleverse irrévocablement la trajectoire familiale. La quête de justice devient alors moteur narratif et intime, révélant la violence sourde d’un quotidien où chaque décision a un coût. Autour d’elle gravite Mehri (Soha Niasti), sœur proche mais ambivalente, prise elle aussi dans les tensions familiales et affectives. Samkhanian (Maziar Seyedi), figure institutionnelle, incarne le cadre administratif et social qui pèse sur les individus, tandis que la mère (Fereshteh Sadr Orafaee) et le grand-père (Hassan Pourshirazi) rappellent la permanence des traditions. Neda (Arshida Dorostkar) et Azam (Sahar Goldoost) prolongent ce cercle où chaque génération hérite d’un poids moral. Le récit suit ainsi une femme confrontée à la perte, au compromis et à la nécessité de protéger les générations suivantes, ce qui donne au film sa dimension tragique.

Portrait d’une Iran à bout de souffle et où les femmes sont toujours piégées par un système pervers

Le film installe d’emblée une société traversée par la dissimulation, le compromis et la fatigue morale. La trajectoire de Mahnaz révèle comment les choix individuels sont constamment conditionnés par des attentes sociales, familiales et institutionnelles. Elle modifie son apparence pour plaire, éloigne ses enfants pour préserver une relation, accepte des arrangements qui semblent provisoires mais deviennent structurels. Cette mécanique décrit une réalité où la survie quotidienne exige des renoncements successifs. Le cadre hospitalier renforce cette idée, car il concentre la vie, la mort et le commerce symbolique des corps, créant un miroir de la société. Le contraste entre le désir de sauver et les logiques d’échange souligne la fracture morale qui traverse le récit.

La tragédie personnelle agit comme révélateur politique. Le deuil ne devient pas seulement une douleur intime, il dévoile l’impossibilité de réparer dans un système où les responsabilités se diluent. La quête de justice apparaît alors comme une lutte contre l’effacement. Le film insiste sur cette notion de pansement social, ces solutions temporaires qui repoussent les conflits sans les résoudre, aggravant la crise intérieure des personnages. La représentation des femmes s’inscrit dans cette tension, elles portent la charge émotionnelle, familiale et morale tout en restant enfermées dans des cadres imposés. La violence n’est pas spectaculaire, elle est diffuse, administrative, affective.

Cette vision construit le portrait d’un pays où l’avenir se négocie constamment avec le passé. L’héritage poétique et religieux évoqué par le réalisateur se traduit par l’importance de la parole, mais également par le poids du regard. Les silences deviennent des espaces de résistance. Le visage de Mahnaz incarne cette lutte invisible, oscillant entre adaptation et rupture. Le film montre ainsi une société qui fonctionne par ajustements permanents, où la liberté existe mais doit être dissimulée, négociée, parfois sacrifiée.

Un rapport ambivalent entre les genres dans un pays conservateur.

Le récit explore une zone intime rarement simplifiée, celle des relations affectives prises dans des logiques de pouvoir. La relation entre Mahnaz et Hamid illustre un échange déséquilibré où l’amour se confond avec la négociation. Lui agit selon une logique transactionnelle, prolongeant dans la sphère privée les mécanismes professionnels évoqués autour de l’hôpital. Elle, au contraire, cherche à préserver le lien, quitte à effacer certaines parts de sa vie. Cette asymétrie révèle un modèle relationnel où la femme doit s’adapter pour maintenir la stabilité.

Quant au lien mère-fils, il occupe une place centrale. La figure d’Aliyar incarne l’innocence exposée aux tensions adultes. La relation fusionnelle souligne la responsabilité écrasante qui pèse sur la mère, transformant chaque décision en enjeu moral. Le film montre comment la perte modifie ce lien, le transformant en moteur de reconstruction mais aussi en source de culpabilité. Cette ambivalence traverse également la relation entre sœurs. Mehri représente la proximité capable de basculer vers la rivalité, rappelant que la famille peut être à la fois refuge et fracture.

La présence des belles familles renforce cette pression. Les visites, les attentes, les jugements implicites dessinent un espace où l’intimité n’existe jamais totalement. Le film observe ces interactions avec précision, révélant comment les normes collectives infiltrent les choix personnels. Les hommes ne sont pas réduits à des antagonistes, ils apparaissent eux aussi pris dans un système de rôle et de transmission. Cette complexité donne au récit une dimension humaine forte, où chacun agit selon ses contraintes, parfois au détriment de l’autre.

Le choix du casting et comment est né le projet du film

Le projet s’inscrit dans la continuité du travail de Saeed Roustaee, déjà marqué par l’observation du réel et des dynamiques familiales. L’écriture puise dans des expériences vécues et des histoires proches du cinéaste, notamment celles ayant inspiré les relations entre Mahnaz et Mehri. Cette origine personnelle explique la précision émotionnelle du film et son refus du spectaculaire. Le récit privilégie les visages, les regards et les silences, comme prolongement d’un cinéma attentif aux microtensions.

Pour le casting, cela répond à cette exigence. Parinaz Izadyar, déjà présente dans un film précédent du réalisateur, est choisie pour sa capacité à exprimer une large palette d’émotions et à porter de longs dialogues sans perdre la tension dramatique. Sa fidélité artistique permet un travail au long cours, essentiel pour un tournage exigeant. Le cinéaste recherche des interprètes dont le visage raconte une histoire, capables de créer du sens même dans l’immobilité. Cette approche rappelle une tradition du jeu fondée sur l’observation et la présence, héritée de méthodes d’acteurs centrées sur la vérité du regard.

Ce travail rappelle combien, la naissance d’un film découle fréquemment d’un double mouvement, intime et artistique. D’un côté, raconter des situations rarement montrées, de l’autre revenir à une forme de cinéma personnelle, débarrassée des attentes extérieures. Le projet devient un geste de fidélité à une vision, montrer ce qui existe déjà mais reste invisible, et donner à ces histoires une forme tragique contemporaine.

Notre avis — Montrer l’Iran face à ses paradoxes.

Un drame fracassant de Saeed Roustaee. Soha Niasti (Mehri) est une funambule sur le fil de l’émotion, Sinan Mohebi (Aliyar) est magnétique et Parinaz Izadyar (Mahnaz) est intense, sombre et tortueuse.

Le film montre comment l’Iran est un pays enclin à une lutte intérieure entre le moderne et les doctrines conservatrices. Tout semble être en nuance, entre l’ombre et la lumière. La séduction, la relation homme-femme et même au sein des familles, on est sur un jeu passif-agressif permanent. Le deuil suit le même chemin, la justice également le même cul-de-sac où le chef de famille est toujours celui qu’on va protéger, la femme étant toujours méprisée ou rabaissée.
Les différentes actrices donnent une prestation incroyable: les jeux de regards sont d’une vraie intensité. On est captivé par la tension permanente qu’instaure cette mère blessée et bafouée dans son deuil volé par sa famille.

________

Note : 5 sur 5.

25 février 2026 en salle | 2h 11min | Drame
De Saeed Roustaee | 
Par Saeed Roustaee
Avec Parinaz Izadyar, Sinan Mohebi, Payman Maadi

Credit photo Woman And Child © Copyright Amirhossein Shojaei & Saeed Roustaee


En savoir plus sur Direct-Actu.fr le blogzine de la culture pop et alternative

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

Un commentaire ça aide toujours !