Kohla – Caramel


Une ballade jazz pop aux accents vintage où la douceur masque la brûlure d’un amour impossible. Entre nostalgie lunaire et lucidité tardive, Kohla transforme le souvenir en prise de conscience suspendue.

Avec Caramel, Kohla s’inscrit dans une tradition sentimentale assumée, héritière d’un certain classicisme, mais portée par une sensibilité contemporaine. Le morceau avance à pas feutrés, piano et cordes en soutien, pour raconter un amour imparfait, pris entre désir, morale et mémoire. L’artiste ne dramatise pas, elle observe. Cette retenue crée un espace où l’émotion respire, et où l’auditeur est invité à ralentir pour entendre ce qui se joue vraiment.

Kohla, diplômée de l’Edinburgh College of Art, façonne un univers cinématographique nourri de glamour et de nostalgie. Après l’album Romance en 2023, salué par des médias internationaux, elle s’impose comme une voix singulière mêlant jazz, pop alternative et soul futuriste. Influencée par Ella Fitzgerald, Nat King Cole ou encore Lana Del Rey, elle cultive un entre-deux esthétique, à la fois ancien et ultra moderne, où la sensualité sert toujours la narration.

Quand l’autre appartient déjà à un autre

La chanson raconte un amour contrarié, vécu dans l’ombre d’une relation déjà établie. Une femme aime un homme qui appartient à une autre, tout en étant consciente de l’impasse. Les images nocturnes, « swaying in the moonlight », « kissing in the darkness », traduisent un lien charnel et spirituel à la fois. La douceur sucrée du caramel devient métaphore d’un souvenir qui persiste malgré la séparation. Le morceau évoque aussi la jeunesse, la fragilité psychique et le besoin d’être sauvé, avant que la perspective ne s’inverse et révèle que l’autre était lui aussi en détresse.

Kohla traite le sujet classique de l’amour impossible avec une délicatesse presque cérémonielle. Là où d’autres choisiraient l’excès, elle préfère la suspension. L’originalité tient dans cette inversion progressive des rôles, la narratrice pensait devoir être sauvée, puis découvre que son « muse » portait la même faille. Cette bascule crée un entre-deux émotionnel, ni totalement tragique, ni véritablement apaisé.

On a une production douce et subtile, où l’émotion accompagne les mots et la voix, qui devient une exploration des sens et du divin. Cette dimension sensorielle irrigue tout le morceau. Les images gustatives, « tastes as sweet as caramel », ne relèvent pas du simple romantisme, elles matérialisent la mémoire affective. Le goût devient archive. La nuit, la lune, les doigts enlacés, tout renvoie à un espace clos, presque sacré. Le choix d’un vocabulaire simple renforce l’universalité, mais la structure narrative apporte une profondeur inattendue.

La chanson appelle clairement à prendre du recul. Il ne s’agit pas d’une supplique désespérée, mais d’un regard posé sur le passé. L’acceptation des émotions passe par la reconnaissance de la naïveté de jeunesse et des blessures mentales évoquées. La prise de conscience existe, elle surgit dans le retournement du second refrain. Toutefois, elle n’est pas présentée comme une guérison définitive. La nostalgie persiste. L’amour reste inscrit comme une trace durable, peut-être irrémédiable, dans la mémoire, mais intégré avec plus de lucidité dans le présent.

Ce positionnement moral, sans condamnation ni idéalisation, distingue le morceau. Kohla ne tranche pas entre faute et destin. Elle montre simplement que certains liens, même impossibles, structurent une vie entière. C’est dans cette retenue, presque classique, que réside sa singularité.


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