Is This Thing On ? Du rire aux larmes, de la rupture à la réconciliation.


Dans Is This Thing On?, un couple au bord de la rupture tente de comprendre ce qui reste lorsque l’amour ne disparaît pas, mais se transforme. Entre scène de stand-up et silence domestique, le film interroge le lien.

Alex Novak (Will Arnett) approche de la cinquantaine lorsque son mariage avec Tess Novak (Laura Dern) se délite sans explosion, presque dans le calme. Lui cherche une nouvelle voix dans la scène stand-up new-yorkaise, transformant ses fragilités en matière comique, pendant qu’elle revisite les sacrifices faits pour la famille et retrouve une ambition sportive laissée de côté. Autour d’eux gravitent Christine (Andra Day) et Balls (Bradley Cooper), amis de longue date dont la relation révèle d’autres tensions, ainsi que Marilyn (Christine Ebersole) et Jan (Ciarán Hinds), figures parentales qui incarnent une mémoire du couple et du temps long. À travers ces trajectoires croisées, le récit explore la parentalité partagée, les identités mouvantes et la question centrale, savoir si engagement et amour peuvent changer de forme sans disparaître. Le parcours d’Alex, inspiré d’un homme ayant utilisé la scène pour traverser une rupture, fait du stand-up une zone d’expérimentation émotionnelle autant qu’un espace public où dire ce qui n’a jamais été formulé.


Portrait d’une société dans laquelle l’amour ressemble plus à une liste de courses qu’une fin en soi.

Le film observe une réalité contemporaine rarement montrée frontalement, celle des couples qui ne se brisent pas dans le conflit, mais dans l’érosion. Alex et Tess ne cessent pas de s’aimer, ils cessent de se rejoindre. Cette nuance devient le cœur du regard porté sur la société, une société où l’injonction à la réussite relationnelle coexiste avec la fatigue quotidienne, la parentalité et la peur de perdre son identité individuelle. L’amour apparaît alors moins comme une évidence que comme une pratique fragile, dépendante de ce qui reste tu.

Dans cet environnement, chacun projette sur l’autre une attente implicite. Tess a été athlète, symbole d’accomplissement, puis mère, rôle qui redéfinit son existence. Alex, lui, a occupé une position de soutien avant de chercher une affirmation tardive. Le film met en lumière ce décalage, non pas comme un échec, mais comme un phénomène presque structurel. Les individus évoluent à des rythmes différents, tandis que la société continue de mesurer la stabilité du couple comme un indicateur de réussite personnelle.

Crédit photo – Is This Thing On? | © Copyright 2025 Searchlight Pictures All Rights Reserved.

Cette tension se traduit visuellement et émotionnellement par des espaces domestiques plus neutres, presque dévitalisés, qui contrastent avec des lieux créatifs où les personnages retrouvent une forme de présence. L’amour devient alors un terrain d’interprétation, chacun tentant de comprendre ce que l’autre attend réellement. La question n’est plus seulement aimer, mais savoir comment aimer lorsque les rôles changent.

Le récit insiste sur cette idée essentielle : le couple ne disparaît pas forcément lorsqu’il se transforme. Il peut exister une zone intermédiaire, faite de distance, de doute et de réapprentissage. Cette perspective replace l’amour dans une temporalité longue, loin de la narration romantique classique, et propose une vision où la fragilité devient une condition normale plutôt qu’un accident.


Quand l’humour amène à la révélation de soi dans un monde de compétitivité

La scène stand-up agit comme un laboratoire social. Alex y découvre une forme de vérité que les relations proches rendent plus difficile. Sur scène, l’échec est visible, immédiat, mais il est aussi accepté. Cette dimension transforme la compétition en moteur paradoxal. Les humoristes se comparent, testent, échouent, réussissent, mais participent à une dynamique collective où la vulnérabilité devient une valeur.

Le film insiste sur la différence entre compétition destructrice et émulation. Les amis d’Alex incarnent cette ambiguïté. Certains soutiennent, d’autres projettent leurs propres frustrations. Christine, par exemple, observe la liberté retrouvée de Tess avec un mélange d’admiration et d’inquiétude. Balls, figure presque clownesque, introduit une sagesse inattendue, celle d’accepter la confusion plutôt que de chercher une cohérence immédiate.

Crédit photo – Is This Thing On? | © Copyright 2025 Searchlight Pictures All Rights Reserved.

Dans cet espace artistique, la parole intime devient matière publique. Alex transforme ses doutes conjugaux en récit, ce qui modifie sa perception de lui-même. La comédie ne sert pas seulement à faire rire, elle permet de formuler ce qui n’avait pas de place ailleurs. Cette fonction thérapeutique renvoie à l’origine même du projet, inspiré d’une expérience réelle où la scène avait permis de rouvrir le dialogue dans un couple.

Le rapport aux proches se redéfinit alors. Dire la vérité devant des inconnus crée un décalage avec ceux qui partagent la vie quotidienne. Le film explore cette tension avec précision, montrant comment l’expression artistique peut précéder la conversation intime. Être soi devient un processus public avant de redevenir privé, ce qui renverse les hiérarchies habituelles du couple et de l’amitié.

Un film né d’une rencontre, comme beaucoup d’autres d’ailleurs !

Le projet naît d’une rencontre ancienne entre Bradley Cooper et Will Arnett, puis d’un récit réel découvert par ce dernier autour d’un homme utilisant le stand-up pour traverser une rupture. Cette histoire agit comme déclencheur créatif. Bradley Cooper propose ensuite de recentrer le film sur la relation d’Alex et Tess, faisant de la comédie un miroir plutôt qu’un sujet principal. Le scénario est développé rapidement, porté par l’envie d’explorer la dislocation silencieuse d’un couple et la reconstruction individuelle qui peut suivre.

Le casting repose sur une logique de vérité relationnelle. Will Arnett incarne Alex comme une extension de sa propre maturité artistique, tandis que Laura Dern apporte une densité physique et émotionnelle au personnage de Tess, ancienne sportive confrontée au temps et aux choix passés. Andra Day enrichit l’ensemble par une énergie plus tranchante, révélant une autre manière de vivre la frustration conjugale, et Bradley Cooper choisit de jouer Balls afin de prolonger à l’écran une complicité réelle avec Arnett.

Autour d’eux, les seconds rôles participent à une construction organique du monde du film, mêlant comédiens, humoristes et figures issues d’autres milieux, notamment sportif. Cette diversité traduit l’intention centrale du projet, montrer une communauté plutôt qu’un couple isolé. Le film se construit ainsi comme un ensemble de trajectoires où chaque présence éclaire une facette différente de l’amour contemporain.



Un film avec un rythme qui met du temps à trouver son tempo et son ton. Cependant, quand on arrive dans les scènes de stand up, c’est peut-être les meilleurs moments du film. On comprend mieux ces petites vérités que l’on se cache ou qu’on n’ose pas dire. On oublie combien le couple est avant tout une équipe qui doit se soutenir dans les moments sombres et pas uniquement chercher le bonheur. Will Arnett est intense, puissant dans ce rôle d’homme qui va devoir se trouver à un moment où l’on ne pense plus pouvoir renaître !

Une mise en scène de l’intime, entre méthode d’acteur et harmonie dans la dissonance

Le film construit son identité sur un principe simple, mais exigeant :
faire dialoguer le jeu intérieur des acteurs avec la forme visuelle. Le travail préparatoire s’appuie sur une méthode où les interprètes explorent leurs propres rêves pour nourrir les personnages, une approche inspirée de la psychologie jungienne qui favorise la vulnérabilité plutôt que la démonstration. Cette recherche intime irrigue la dynamique du récit, chaque scène donnant l’impression que l’émotion précède le texte, comme si les personnages découvraient leur vérité en même temps que le spectateur. Et c’est un rythme assez particulier, car on doit prendre ses marques et comprendre la dynamique du récit.

Ce travail trouve un prolongement direct dans la mise en scène de Bradley Cooper. Le réalisateur privilégie une proximité physique avec les acteurs, caméra portée, focale unique et cadrage resserré. Ce parti pris technique installe une présence presque intrusive : la manière de filmer Alex longtemps de profil avant sa première scène de stand up devient un geste narratif, le personnage n’est pleinement visible que lorsqu’il accepte de se dire, de se mettre à nu sur scène. La forme accompagne donc la reconstruction, elle ne l’illustre pas.

Au cœur de ce dispositif se déploie le motif d’harmonie dans la dissonance. Les relations, les décors, les costumes et même le rythme du film reposent sur l’idée que des éléments imparfaits peuvent coexister sans se résoudre. Cette tension crée une cohérence singulière, le film ne cherche pas l’équilibre, il observe la tentative d’y parvenir. Ainsi, la méthode d’acteur, le cadrage et la thématique convergent vers une même intuition : comprendre l’autre passe d’abord par l’acceptation de ce qui ne s’accorde pas.

Spoilers

Parfaite illustration, si le couple principal devra apprendre à vivre en acceptant les faux-raccords, le meilleur ami d’Alex et sa compagne vont également faire de même, en apprenant à s’apprécier de nouveau, pour retrouver une nouvelle lune de miel !

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Note : 4 sur 5.

25 février 2026 en salle | 2h 04min | Drame
De Bradley Cooper | 
Par Will Arnett, Mark Chappell
Avec Will Arnett, Laura Dern, Andra Day


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