Justa, survivre aux flammes et réapprendre à vivre


Dans Justa, Teresa Villaverde explore les traces invisibles laissées par une catastrophe. Au cœur d’un paysage brûlé, des survivants tentent de reconstruire leurs liens, leurs repères, et surtout leur capacité à continuer malgré ce qui a été perdu.

Au lendemain d’incendies dévastateurs, plusieurs survivants se retrouvent liés par une expérience qui dépasse les mots. Justa (Madalena Cunha) est une enfant marquée par la catastrophe, contrainte de grandir au milieu du silence des adultes. Son père (Ricardo Vidal), gravement brûlé, incarne une présence à la fois fragile et essentielle. Autour d’eux, une femme âgée devenue aveugle (Betty Faria), un adolescent en quête de repères, ainsi que d’autres figures blessées composent une communauté involontaire. Chacun avance avec ses cicatrices, visibles ou non, dans un espace où les gestes remplacent souvent la parole. Le film observe ces trajectoires intimes sans spectaculaire, privilégiant la proximité des regards, des silences, et des micro-décisions qui dessinent la survie quotidienne.

Un film sur la reconstruction de la famille, quand nos proches sont devenus des étrangers

Le film est une forme de réflexion sur le présent, la solitude et la famille. La photographie est globalement très artistique et nous emporte dans une forme de songe étrange.

On a une manière sombrement poétique permettant de parler du mal de la société Les enfants construisent une nouvelle famille en excluant leurs proches comme les parents. Certains jeunes adultes sont parfois perdus et vont s’agréger auprès de personnes âgées, pas nécessairement pour grapiller des vivres, mais parfois car ils n’ont personne à aimer et personne qui leur donne un sens à leur propre existence.

Le récit s’attache moins à la catastrophe qu’à ses conséquences. La famille n’apparaît plus comme une évidence, elle devient un territoire à reconposer. Après le choc, les liens se déplacent, les rôles changent, et l’intimité peut devenir étrangère. Teresa Villaverde montre comment la douleur modifie la perception des autres, parfois jusqu’à créer une distance irréversible.

Dans ce contexte, Justa observe les adultes qui l’entourent tenter de continuer, souvent sans savoir comment. Le père, physiquement transformé, n’est plus tout à fait celui qu’il était. Les gestes de protection existent encore, mais ils passent par d’autres formes, plus fragiles, parfois maladroites. La reconstruction n’est ni linéaire ni spectaculaire, elle se joue dans des moments ordinaires, un regard, un déplacement, une tentative de dialogue. Le film interroge ainsi la possibilité de redevenir famille après l’épreuve, lorsque la mémoire de ce qui s’est passé s’impose entre les êtres. Cette tension nourrit une émotion retenue, où la réparation ne signifie pas retour en arrière, mais invention d’un nouvel équilibre.

Un projet ancré dans une mise en perspective des drames de la vie.

Le projet s’ancre dans une réflexion sur les catastrophes réelles et leurs conséquences humaines durables. Teresa Villaverde s’intéresse à ce qui survit après l’événement, aux corps marqués, aux silences, et aux communautés improvisées qui émergent face à la perte. Son approche privilégie l’observation, avec une mise en scène tournée vers l’expérience sensorielle et émotionnelle plutôt que vers la reconstitution spectaculaire.

Le choix du casting participe à cette démarche. La réalisatrice réunit des interprètes capables d’habiter la fragilité sans surjeu, mêlant jeunes visages et acteurs confirmés. Madalena Cunha porte le film par une présence attentive, presque documentaire, tandis que Betty Faria et Ricardo Vidal incarnent différentes formes de résilience adulte. Cette distribution permet de créer un ensemble où chaque personnage existe comme un fragment d’un traumatisme collectif. Le film naît ainsi d’une volonté de raconter la survie non comme un récit héroïque, mais comme une expérience lente, intime, et profondément humaine.

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Note : 3.5 sur 5.

25 février 2026 en salle | 1h 48min | Drame
De Teresa Villaverde | 
Par Teresa Villaverde
Avec Madalena Cunha, Betty Faria, Ricardo Vidal


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