L’Art d’être heureux est un film qui explore les méandres de l’âme d’un artiste en quête de sens et de bonheur, tout en questionnant la nature même de l’art dans notre société contemporaine. Une adaptation libre du roman La Dilution de l’artiste de Jean-Philippe Delhomme, nous plonge dans l’univers introspectif et chaotique de Machond, un artiste conceptuel en proie à ses démons intérieurs.
Un anti-héros en quête de sens
Le protagoniste, Jean-Yves Machond, incarne l’archétype de l’artiste incompris, enfermé dans ses idéaux et détaché de la réalité. Ce personnage à la fois poétique et dérisoire se réfugie dans des concepts abstraits pour éviter la concrétude du monde qui l’entoure. Sa lutte intérieure, teintée de nihilisme, inspire au réalisateur Stefan Liberski une comédie subtile qui révèle la fragilité et les failles de cet univers introspectif. La maison instable et quasi organique du protagoniste symbolise parfaitement sa quête d’une stabilité illusoire, reflétant son état d’esprit tourmenté. Être un artiste pour cet homme est être en quête d’un idéal, d’un absolu qui n’est jamais atteint !

L’artiste à l’heure où tout le monde peut se prétendre artiste
Dans un monde où la frontière entre l’art et le quotidien s’estompe, le film interroge la place de l’artiste et la définition même de l’art. Jean-Yves se trouve confronté à un environnement où chacun peut revendiquer le statut d’artiste, remettant en question sa propre identité et sa légitimité. Lui-même écrit, dessine, peint et se voit comme un artiste par essence, un peu comme à l’époque classique. Il cherche à s’opposer aux conventions et prendre la voie de la dissidence. Des pièces vides à une époque d’hyper consommation, du concret quand c’est l’heure de l’abstrait, il est dans l’art conceptuel et non dans la fonction.
Cette réflexion s’inscrit dans un contexte plus large où l’art conceptuel et les nouvelles formes d’expression artistique brouillent les repères traditionnels. On peut tous se revendiquer légitime avec Instagram à faire de la photographie, mais comment faire pour différentier l’artiste ou l’être en quête de reconnaissance ? Le film met en scène des personnages excentriques et des situations absurdes qui ancrent Jean-Yves Machond dans une réalité chaotique, illustrant les défis auxquels font face les artistes contemporains. Comment survivre dans un monde où l’Art n’est plus vraiment de l’Art.

C’est quoi l’Art ? Pourquoi il y a autant de formes ?
L’Art d’être heureux » explore la diversité des formes artistiques et leur signification. Le réalisateur Stefan Liberski intègre des œuvres d’art classiques dans le film, créant des moments de suspension temporelle qui invitent le spectateur à la contemplation. Cette juxtaposition entre l’art conceptuel de Machond et des œuvres plus traditionnelles soulève des questions sur la nature et la fonction de l’art dans notre société. Le film suggère que l’art peut être un moyen de se décentrer, de s’ouvrir à l’altérité et de trouver un sens collectif. La transformation de Machond, encouragée par des personnages comme la peintre Macha Moniak, illustre cette vision de l’art comme vecteur de connexion humaine.
« Vous quittez un monde d’abrutis. Être un artiste est une souffrance. » Si l’artiste est trop lucide, il se perd dans la confrontation de ce monde qui ne le comprend pas. Il y a le « TGV de l’avant-garde » qui s’oppose à la naïveté, la clé du bonheur. Les plus beaux moments du film sont ceux où l’on voit des paysages normands figurant comme des toiles de maitres et l’abandon total du héros.
L’artiste voit le monde et l’éclaire « pour nos yeux qui ne voient rien »
Comme le disait si bien France Gall dans Cézanne peint, l’artiste a un devoir, celui de révéler la beauté du monde à travers son œuvre. Le film met en lumière le rôle de l’artiste comme révélateur du monde qui nous entoure. À travers le parcours de Machond, nous comprenons que l’artiste a le pouvoir de nous faire voir ce que nos yeux ordinaires ne perçoivent pas. L’esthétique visuelle du film, caractérisée par des cadres doux, des plans larges et une palette de couleurs tendres, participe à cette révélation du monde sous un jour nouveau.
Un casting bien construit, une comédie entre absurde et existentialiste portée par un Benoit Poelvoorde écorché vif aux côtés de Camille Cottin et François Damiens. Le film suit une mélodie intéressante qui enrichie la beauté des paysages normands. La bande-son, mêlant rythmes électroniques et piano, enrichit cette expérience sensorielle.
Le film prend une tournure optimiste en montrant l’évolution de Machond vers une ouverture aux autres, suggérant que l’art véritable naît de la connexion entre l’artiste et son public, éclairant ainsi notre perception collective du monde. L’Art d’être heureux est celui de la connexion au monde et non du monde à nous. On a des échanges, des communications, mais appartenir au monde sans faire résistance est la voie du bonheur.
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30 octobre 2024 en salle | 1h 50min | Comédie
De Stefan Liberski |
Par Stefan Liberski
Avec Benoît Poelvoorde, Camille Cottin, François Damiens
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Une réflexion sur “L’Art d’être heureux – l’éternelle recherche de sens d’un artiste incompris.”