Alain Guiraudie nous offre un film avec un humour noir et sa manière de construire le récit est pertinente, intelligente et pleine de malice ! Le récit nous plonge dans un « Tom à la ferme » à la française, sans le côté angoissant de Xavier Dolan, mais un traitement à la fois absurde et humaniste de la question des Hommes et de l’Amour.
Un film sur comment on vit après le pire
On parle de l’amour, de la foi et aussi la rédemption. Tout le monde s’arrange avec sa conscience. Quand on voit le nombre de personnes qui dorment dans la rue, on arrive à fermer les yeux le soir, car on s’arrange une fois de plus avec notre conscience. Et dans Miséricorde, c’est l’apprentissage de cet art qui est mis en scène, celui permettant d’étouffer peu à peu le sentiment de culpabilité, en se raccrochant à la vie.
Face à cette conscience, il y a la miséricorde et les hommes d’Église, qui apprennent à aimer leurs prochains à sens unique et sans concession, malgré leurs fautes, leurs crimes et erreurs.
On aime la manière dont le réalisateur va mener cette histoire un peu banale pour aller au plus profond des retranchements de chacun des personnages. Ils ne sont que des êtres pris au piège entre la solitude, l’envie d’aimer et celle de trouver le moyen d’avoir une vie posée.

Genèse d’un film à la croisée des genres
Le projet trouve ses racines dans le désir du réalisateur d’explorer les thèmes du silence, du désir et de la compréhension de l’autre au-delà de toute morale. Il est connu pour son cinéma ancré dans le rural et le populaire et a choisi d’implanter son histoire au cœur d’un village ardéchois. En soi, un cadre lui permettant d’aborder ces sujets de manière sensorielle. Toutes ces séquences de cueillette dans le bois, lieu de rencontre improbable, créent une forme d’absurde lorsque l’on prête attention à la nature des dialogues.
Le film s’inscrit dans la continuité de son œuvre, en mêlant intrigue policière et exploration du désir, tout en y ajoutant une dimension mystique. L’idée de la miséricorde, centrale dans le projet, est vue par Alain Guiraudie non pas tant comme une question de pardon, mais plutôt comme une forme d’empathie et de compréhension profonde de l’autre. Le réalisateur a conçu le film autour d’un effet miroir, opposant deux morts mystérieuses, ce qui permet une réflexion sur la culpabilité et la quête de sens. En choisissant de tourner dans les paysages du Grand-Causse, il crée une atmosphère propice au mystère et à l’introspection. Ici, la vie est différente, le monde est différent et le calme règne.
Le projet se distingue également par son mélange des genres, alliant le thriller à une forme de « gauloiserie mystique », revivifiant ainsi le calembour rabelaisien dans un contexte contemporain. Cette approche unique reflète la volonté de provoquer une réflexion sur la finitude et le désir, tout en maintenant une tension narrative propre au genre policier.
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16 octobre 2024 en salle | 1h 43min | Comédie, Policier
De Alain Guiraudie |
Par Alain Guiraudie
Avec Félix Kysyl, Catherine Frot, Jean-Baptiste Durand
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Une réflexion sur “Miséricorde, l’amour de l’autre et l’Art d’avoir bonne conscience”