On a vu pour vous Anora, le nouveau film de Sean Baker, Palme D’Or 2024


Anora illustre parfaitement l’éternel rêve américain se transformant en désillusion. Les héros sont toujours sincères dans leurs rêves, dans leur bulle et attentes du bonheur. Mais tous les rêves ont une fin et le retour à la réalité est violent. Même si chacun essaie de quitter sa vie bien rangée en aspirant à plus, c’est retour au bercail en passant par la case départ sans vraiment toucher le jackpot du Monopoly des rêves guimauves saveur whisky et tabac froid.

Anora ou l’impossible rêve américain – Boulevard Of Broken Dreams

Le cinéma de Sean Baker fait souvent penser à la chanson Boulevard of Broken Dreams de Green Day partagent une esthétique et des thèmes similaires, offrant un regard mélancolique sur l’Amérique contemporaine.


Tout comme la chanson évoque la solitude et les rêves brisés dans un paysage urbain désolé, les films de Sean Baker dépeignent souvent des personnages marginalisés luttant contre l’adversité dans des environnements difficiles. Ses protagonistes, comme le narrateur de la chanson, marchent seuls sur le « boulevard des rêves brisés », confrontés à la dure réalité du rêve américain déchu.

Le cinéma de Baker, comme Green Day, utilise une esthétique à la fois crue et stylisée pour capturer l’essence de l’Amérique ordinaire. Ses films par sa photographie donnent un sentiment d’authenticité brute, rappelant le style néo-réaliste italien. Cette approche fait écho à la production rock brute, mais mélodique de Green Day.
Si Sean Baker aime parler des métiers du sexe, Green Days lui s’attaque à ces rêveurs vivant dans des soirées, des clubs et se laissant plonger dans un idéal jamais possible. Des œuvres à la fois dans le versant de la critique sociale et du divertissement accessible. Avec sa quête du rêve, de transformation du quotidien, on découvre comment les différents protagonistes vont adopter des postures et chercher à devenir quelqu’un de meilleur ou de différent. Ainsi, on transfigure les difficultés de la vie quotidienne en récits captivants qui résonnent avec un large public. Ces outsiders vont et viennent avec une force indéniable, symbole de la résilience de l’esprit humain face à l’adversité, tout en exposant les failles du système américain.

Anora-Igor, comment on fait pour gagner de l’argent avec ses atouts

Sean Baker aborde le travail du sexe de manière nuancée, montrant à la fois sa dimension mécanique et parfois déshumanisante, mais aussi les moments où il peut être source de joie ou simplement un travail comme un autre. Ces scènes intimes servent à illustrer le quotidien d’Anora et les rapports de pouvoir qui sous-tendent son métier.

Le réalisateur explique qu’il était nécessaire de montrer ces aspects du travail d’Anora pour être fidèle à la réalité de son personnage. Il compare cela à la nécessité de montrer un architecte au travail dans un film sur un architecte. Il souligne que ces scènes ne sont jamais gratuites, mais servent à raconter l’histoire d’Anora et à explorer les dynamiques complexes de son métier. Cette approche s’inscrit dans la continuité du style du réalisateur, connu pour ses portraits empathiques de personnes marginalisées. Dans ce nouveau film, il utilise ces scènes pour exposer une réalité souvent cachée et pour montrer l’épuisement d’une certaine Amérique au service d’une autre.

Ainsi, les extraits avec les clients ne sont pas simplement des éléments sensationnels, mais des outils narratifs permettant d’explorer les thèmes de l’identité, du pouvoir et du rêve américain qui sont au cœur du film.

La scène finale entre Igor et Anora illustre deux individus pris au piège d’un système oppressif. Les grandes forces de ce monde écrasent avec mépris les plus faibles, ceux qu’ils ont utilisés pour se divertir. On peut souligner des similitudes entre Igor et Anora, qui pourtant dans leur attitude semble totalement opposé.

Anora est une danseuse de charme, qui utilise le sexe comme une arme et un moyen de survie. Cette stratégie lui permet de naviguer dans un monde où l’apparence et la séduction sont des monnaies d’échange essentielles. En laissant une porte ouverte à Igor, elle dévoile sa vulnérabilité, mais aussi sa résilience face à un environnement impitoyable. Igor, quant à lui, incarne la force physique comme moyen de survie. Sa façade de dureté masque une réalité intérieure plus complexe. Bien qu’il semble puissant, il est également prisonnier d’un système qui valorise la force brute sur l’empathie et la compréhension. Son interaction avec Anora révèle une humanité cachée sous son apparence robuste.

Tous deux vivent avec un visage et une attitude de façade, reflétant les attentes sociétales qui les contraignent à jouer des rôles spécifiques pour survivre. Cette dualité souligne la critique sociale de Sean Baker sur le rêve américain, où les apparences sont souvent trompeuses et les rêves inaccessibles. La scène finale symbolise la lutte incessante pour l’authenticité dans un monde façonné par des illusions. Anora et Igor représentent ceux qui cherchent à échapper aux rôles imposés par la société, mais qui se retrouvent piégés par leurs propres stratégies de survie. Leur dernière scène ensemble est à la fois un moment de connexion véritable et une illustration poignante des sacrifices nécessaires pour naviguer dans un système inéquitable.

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Note : 5 sur 5.

30 octobre 2024 en salle | 2h 19min | Comédie dramatique
De Sean Baker | 
Par Sean Baker
Avec Mikey Madison, Mark Eydelshteyn, Yuriy Borisov

Film vu en AVP durant la soirée Club Allocine. Voici nos quelques photos de l’évènement

  • Sean Baker
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