Chroniques de Téhéran, 9 visages ordinaires de la vie Iranienne


Le duo Ali Asgari & Alireza Khatami nous livre un film saisissant sur neuf visages de la vie quotidienne à Téhéran. Le choix de mise en scène minimaliste en face caméra renforce la tension dramatique en plaçant le spectateur du point de vue du représentant du Gouvernement. Anonymisé et devenant n’importe qui, cela renforce l’idée de surveillance permanente où n’importe quel inconnu dans la rue peut-être une de ces personnes.

Un film qui ne triche pas en montrant Téhéran au quotidien. On découvre les interdits, les abus et toujours cette sensation que la liberté se réduit de jour en jour, où les figures de l’autorité agissent au bon vouloir, selon leur appréciation des lois divines. L’autorité sans visage est partout, chacun peu dénoncer son voisin et ce dernier devra se justifier de choses parfois diffamatoires. En mettant entièrement l’autre en hors champ, le spectateur est plongé de manière frontale dans le quotidien de la vie ordinaire iranienne.

Le père de famille ne pouvant appeler son fil David, mais peut utiliser l’équivalent Coranique, démontre l’extrémité du résonnement. Quant à la violence des entretiens d’embauche, le film montre le décalage entre l’esprit occidental et celui d’un pays où la religion écrase les libertés individuelles. Certaines chroniques paraissent même absurdes à nos yeux d’occidentaux où notre vie privée est protégée. On trouve étrange de devoir mimer des ablutions durant un entretien d’embauche, de devoir dire si nous sommes en couple à un recruteur… Les deux réalisateurs arrivent à traduire en image le sentiment de malaise face à ces scènes ordinaires pour ceux qui les vivent ; un film sur la censure et sur le contrôle totalitaire.

Peut-on conduire sans se couvrir la tête ?
La question de savoir si l’intérieur d’une voiture est un espace privé soulève une complexité juridique et sociale. Bien que souvent considérée comme une extension de la sphère privée, la conduite automobile est soumise à des règles publiques. En effet, les autres conducteurs peuvent voir se voir librement, donc percevoir les cheveux des femmes. La question du port du voile lors de la conduite accentue cette complexité, car cela interroge le juste équilibre entre le discernement de la loi et la liberté individuelle. Certains estiment que la voiture, en tant qu’extension privée de la maison, devrait être exempte de restrictions vestimentaires, tandis que d’autres soutiennent que le respect du droit coranique justifie ces interdictions. Cette tension entre l’intimité de l’habitacle et la nécessité de régulation pose des questions fondamentales sur les limites de la sphère privée dans un contexte public.

Chroniques de Téhéran dépeint la réalité de la censure et de la privation des libertés en Iran à travers neuf scènes représentant divers aspects de la vie quotidienne à Téhéran. À travers ces vignettes, le film dénonce la réalité oppressante de la vie sous la censure et la privation de liberté en Iran, illustrant comment ces contraintes touchent tous les aspects de la vie quotidienne à Téhéran.

Un film percutant dépeint la réalité de la censure et de la privation des libertés en Iran à travers neuf scènes représentant plusieurs aspects de la vie quotidienne à Téhéran :
Un père souhaite déclarer la naissance de son fils.
Une mère doit choisir les vêtements de la rentrée de sa fille selon les restrictions imposées par le droit Islamique, afin de s’aligner sur les normes locales, écartant la mode occidentale. Cette séquence qui démarre par une enfant jouant à reproduire les danses des infleuseuses TikTok montrer le contraste entre l’Occident et l’État de Religion.
Un autre épisode de vie, la convocation d’une adolescente par la directrice, qui l’accuse de fréquenter des hommes en raison de son retard.
Une chauffeuse VTC, accusée de conduire sans se couvrir les cheveux, défend son innocence en mentionnant son frère.
Un entretien d’embauche devient intrusif, révélant le contrôle excessif sur la vie intime des individus.
Un homme tatoué se voit compliquer la récupération de son permis de conduire.
Un autre épisode presque tragique, lorsqu’un demandeur d’emploi doit mimer des ablutions pour une simple annonce.
La censure s’intensifie lorsque 97% du scénario d’un réalisateur est supprimé pour obtenir la demande d’autorisation de tournage.
Enfin, une femme se heurte à l’indifférence lorsqu’elle demande à la police de l’aide pour la rechercher son chien, sous prétexte que cela va à l’encontre des préceptes coraniques.

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Note : 4.5 sur 5.

13 mars 2024 en salle | 1h 17min | Comédie, Comédie dramatique, Drame
De Ali Asgari, Alireza Khatami | 
Par Ali Asgari, Alireza Khatami
Avec Bahman Ark, Arghavan Shabani, Servin Zabetiyan
Titre original Ayeh haye zamini


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