Dans son dernier film, Christian Petzold livre une expérience étrange et prenante. Si l’on devait comparer notre ressenti à un film existant, celui qui semble le plus approprié est « L’heure de la sortie » de Sébastien Marnier. Un film dans lequel la nature est en marche pour reprendre le dessus. Le film développe une ambiance inquiétante dans une fin d’été à la chaleur épuisante.

Les films d’été, un genre à part
Le ciel rouge reprend les éléments du fantastique sans les mettre en avant de manière très visible. Entre réalisme, horreur et tension, Christian Petzold nous entraîne dans un genre cinématographique très présent à l’étranger, les films d’été. Ce genre possède des codes récurrents tels qu’une narration mettant en scène un groupe de jeune dans un lieu étranger. L’action se déroule principalement durant leurs vacances d’été. L’élément caractéristique est l’utilisation d’un lieu éloigné et isolé. Suite à cet isolement, des éléments vont peu à peu les mener à se surpasser et d’accéder à une révélation, une métamorphose, un accomplissement de soi…
La structure narrative reprend énormément celles des récits initiatiques comme le célèbre Stand By, de Rob Reiner, qui est l’adaptation du roman The Body de Stephen King. Nous avons également d’autres films comme Eté 85 (2020, François Ozon), qui relate un moment crucial dans la vie du personnage principal Alexis, sauvé de la noyade par David. Ils vont entamer une relation, mais progressivement tout va basculer.
Dans Le ciel rouge, le réalisateur va changer la manière dont les codes habituels sont posés. Le plus troublant est de voir que rien ne semble tourner normalement, les relations entre les différents protagonistes, la manière dont chacun se comporte et il y a cette sensation épuisante de l’attente. Nous sommes face à un romancier écrivant son second roman et attendant avec terreur le RDV de lecture avec son éditeur. Ceux ayant déjà vécu cette situation pourront témoigner de cette sensation étrange où l’on a l’impression de passer à l’échafaud. L’étirement de cette peur à son paroxysme va laisser pénétrer l’étrangeté dans le récit, l’étrangeté, c’est cet incendie silencieux qui se rapproche et aussi ces dérèglements naturels qui rendent le lieu du récit étrange, beau et inquiétant à la fois.

De même, on arrive à rendre plus étrange les relations inter protagonistes que ce danger imminent qui passe au second plan. Et le spectateur va sans cesse devoir faire des efforts psychologiques pour se concentrer et se demander pourquoi tout le monde ignore cet incendie. Tenter de se concentrer face à une grosse distraction est difficile et épuisant, le réalisateur arrive par ce procédé à créer en nous la même tension ressentie par Léon (Thomas Schubert) troublé par Nadja (Paula Beer).
Ce sentiment d’étrangeté et de glissement vers l’inconnu se manifeste exclusivement à l’intérieur du personnage de Léon, mais également chez le spectateur qui se questionne sur le pourquoi les choses perdent de leur sens. Léon ne contrôle plus rien du calendrier qu’il s’est imposé. Quant au spectateur, il n’arrive pas à comprendre pourquoi le film s’appelle Le Ciel Rouge et se focalise exclusivement sur les déboires du jeune romancier, en mettant de côté la partie pseudo-fantastique. En réalité, Christian Petzold nous prouve qu’importe le contexte dans lequel on se trouve, nous serons toujours pris et dévoré par nos propres peurs et nos désirs. Léon a peur du rejet, a peur de ne pas plaire et passe beaucoup de temps à repousser les confrontations aussi bien avec son éditeur qu’avec ses proches.
La musique
Le ciel rouge est également rythmé par une musique Pop entraînante et mélancolique dont celle du groupe Wallners «In My Mind»
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6 septembre 2023 en salle / 1h 42min / Drame, Romance
De Christian Petzold
Par Christian Petzold
Avec Thomas Schubert, Paula Beer, Langston Uibel
Titre original Roter Himmel
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