Sans frapper • Documentaire •



A Paris ce lundi premier mars se tenait une projection-débat avec la réalisatrice du film «Sans frapper»
Le film est fort, difficile à certains moments. On a comme un glissement entre le témoignage écrit et celui des intervenants. Un film dur qui relate l’épreuve de la reconstruction.Un film qui devait être projeté avant l’arrêt total de novembre, mais qui finalement est diffusé un peu partout en ligne ou au cours de séance privée pour la presse.

Ada a dix-neuf ans. Elle accepte d’aller dîner chez un garçon qu’elle connaît. Tout va très vite, elle ne se défend pas. Son corps est meurtri, son esprit diffracté. Le récit d’Ada se mélange à ceux d’autres, tous différents et pourtant semblables. La même sale histoire, insensée et banale.

Le consentement

«Sans frapper» c’est un peu le terme qui pourrait résumer ce film documentaire, où le viol a eu lieu sans que la victime ne soit frappée, un viol où la victime n’a pas été piégée où elle n’a pas été frapper et attachée. Elle n’a pas dit non, elle n’a pas dit oui. Face à ce choc, le corps laisse place à la simple fonction et tous les mécanismes psychiques d’auto protections se mettent en place comme le refoulement et l’amnésie dissociative.

Dans le film, tout commence par l’amour, une jeune femme est amoureuse d’un garçon qu’elle rencontre en soirée. Il n’habite pas dans la région, elle l’aime, mais lui ne veut pas d’une relation à distance. Désemparée, elle accepte quelque temps plus tard de sortir avec l’ex de sa colocataire et meilleure amie. C’est à ce moment-là que tout dérape, ce qui n’était qu’un rdv de politesse se transforme en une torture.
Elle va le confronter une seconde fois et cela recommence. La 3e fois, elle décide de reprendre le pouvoir et ce garçon qui était dominant et brutal s’excuse et s’en va.

Il y a dans ce film cette dualité entre l’amour et le sex, l’amour et le désir. On peut aimer et ne pas être apte à mener son désir. On peut avoir du désir sans aimer.

Toute cette nuance est au coeur du film, comme ce travailleur du sexe qui dit que personne ne sait vraiment ce qu’il aime dans le sexe. Il y a des gens qui n’aiment pas certaines choses, mais beaucoup ne savent pas trop. Il y a une vraie barrière dans le rapport à l’autre, cette dualité entre amour et désir, amour et sexe provoque une rupture entre l’autre désiré et nos propres désirs.

Beaucoup d’hommes voient d’abord leur désir et pour eux être en couple veut dire faire l’amour, au point où quand l’autre n’a pas envie et ne dit pas clairement non, ils vont passer à l’acte sans prendre en compte le désir de l’autre. Dans ce consensus c’est le désir personnel qui prime sur la communication et le désir de l’autre. On prive l’autre de son libre arbitre et l’autre peut parfois simplement t’avoir fait un baiser et t’avoir rendu ton baiser, sans pour autant avoir envie immédiatement de coucher.

Comme dit l’une des intervenantes, «s’il avait attendu un peu, je me serais donnée de mon plein gré». Mais cet autre dans ce film ne voulait pas faire l’amour, il voulait du sexe et son discours sur sa fascination pour la pornographie et la violence diffusée dans ces films dévoilent qu’il y a vraiment une différence entre l’Amour et le Sexe. Le désir est souvent présent dans ces deux instances, mais l’un est beau, l’autre est sale et rime avec guerre des sexes, guerre des genres. 

Ce qui ne tue pas….

Certains diront qu’elle n’a pas crié et qu’elle n’a pas dit non… Elle n’a pas dit oui non plus. Ce film, même s’il évoque le consentement, ne parle pas de cela, il parle de la reconstruction du désir.Intitulé en anglais That Which Does Not Kill, ce qui ne tue pas, en référence à un passage du film où l’une des intervenantes évoque que tout ce qui ne nous tue pas ne nous rend pas forcément plus fort, mais nous abîme et nous fait oublier ce que nous avions appris , comme le désir.

Date de sortie initiale : 6 avril 2019
Réalisatrice : Alexe Poukine

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