[Sujet tabou de la semaine] #3 la sodomie


La sodomie

Voila, le docteur L, spécialiste en sexologie m’a évoqué le tabou qui persiste dans la société; la sodomie est encore mal vue.

La pénétration anale n’est pas réservée aux seuls homosexuels puisque, pour 30 % des hétérosexuels, cette pratique fait partie des jeux sexuels. Des femmes et des hommes ont accepté de nous confier leur expérience de la sodomie. Témoignages.

Que peut cacher une demande trop fréquente ?

 » Il est vrai que si l’homme est très souvent demandeur, observe le docteur Jacquemin-Le Vern, cela peut-être perturbant pour la femme. Elle est alors en droit de se demander ce qu’elle représente en tant que femme aux yeux de son partenaire. La sodomie peut tout à fait cacher une homosexualité qui ne peut s’exprimer avec un homme.
J’insiste sur le fait que la communication est très importante dans un couple quand l’un ou l’autre a envie de tenter cette expérience. « 

Un peu d’histoire quand même!!!!

Le terme de sodomie vient du nom de la ville de Sodome qui, selon la Bible, fut détruite par Dieu après que ses habitants eurent tenté de violer des anges de Dieu réfugiés chez Loth, le neveu d’Abraham.(cf. l’épisode de Sodome et Gomorrhe). Dans cet épisode, il n’est pas explicitement fait mention de la sodomie telle qu’on la définit actuellement : les autres références au péché de Sodome dans la bible évoquent plutôt le manque au devoir d’hospitalité très important dans le Proche-Orient ancien (Ez. 16,49 ; Jr. 23,14 ; Sir. 16,8 ; Lc 10,10-12). L’interprétation en termes de sodomie ou d’homosexualité commencerait à apparaître avec les apocalyptiques juives tardives et chez les juifs hellénisés au début du IIe siècle. Origène (185-253) et St Ambroise (340-397), pourtant grands ennemis du péché de chair, évoquent le manquement à l’hospitalité. Sans doute en référence aux alliances interdites entre les fils de Dieu et les filles d’humains qui provoquent la colère de Dieu en Gen. 6,1-4, les commentaires juifs attribuaient des relations interdites entre les femmes de Sodome et les anges. Ainsi, jusqu’au XVIIe siècle, le terme sodomie recouvrait un ensemble de relations sexuelles réprouvées, pas seulement anales ou homosexuelles. Dans certains contextes, notamment les classifications légales de certains États fédérés des États-Unis d’Amérique, le terme anglais sodomy inclut d’autres pratiques sexuelles jugées déviantes par certains, notamment le cunnilingus et la fellation (contact entre la bouche et le sexe). En allemand (Sodomie) et en norvégien (sodomi), le terme ne fait aucunement référence à la pénétration anale mais désigne la zoophilie.

D’une manière similaire, le terme « bougre » (du latin Bulgarus, qui donne l’ancien français bogre) désignait à l’origine les bogomiles (« amis de Dieu » du bulgare Bog « dieu » et mile « ami »), membres d’une secte bulgare hétérodoxe proche des mouvements cathares. On avait accusé ces bogomiles du péché de sodomie afin — entre autres — de les tourner en dérision. « Bougre » en est donc venu à ne plus désigner les seuls Bulgares bogomiles, mais aussi de manière injurieuse les sodomites. Par affadissement, le terme a désigné un « gaillard » et enfin un « individu ». Le cognat anglais bugger a gardé le sens original de sodomite.

Va te faire chez les Grecs

La sodomie entre hommes, si elle ne fut pas la position sexuelle privilégiée, fut pratiquée dans la Grèce antique, ainsi qu’à Rome, dans le cadre d’une relation entre un homme plus âgé, le maître, actif, et son élève, passif, plus jeune. C’était donc considéré comme une façon de transmettre le savoir.

Il y a peu d’éléments directs parlant de la sodomie chez les Celtes et en particulier chez les Gaulois . Cependant, il y a quelques citations d’auteurs classiques déclarant que l’activité homosexuelle était acceptée et quelques productions culturelles en la matière. Par exemple Athenaeus, le rhétoricien grec et le grammairien, répétant des affirmations faites par Diodorus, a écrit que : « Les Celtes, bien qu’ils aient les femmes très belles, apprécient de jeunes garçons davantage : de sorte que certains d’entre eux aient souvent deux amoureux à dormir avec eux sur leurs lits à peau de bête. ». Selon Aristote encore, les Celtes sont ouverts et approuvent les jeux amoureux masculins in « la politique II 1269b ». Cependant, selon la loi dite du brehon, si l’homme est marié la femme peut alors disposer librement d’elle-même.

D’un point de vu Psycho dynamique ?

Selon les différentes théories un homme qui se livre uniquement à la sodomie avec une femme aurait refoulé une homosexualité. Ou encore une forme de perversion, c’est à dire le détournement d’un objet de désir pour obtenir une satisfaction à une pulsion sexuel, autrement que par un rapport dit « normal ». Cependant vous aurez plus d’informations détaillées en lisant Les trois essais sur la théorie de la sexualité, qui commencent par un premier essai intitulé les aberrations sexuelles dans lequel Freud passe en revue l’ensemble de ce qui semble déroger avec les représentations que l’opinion commune se fait de la sexualité c’est-à-dire « une attraction irrésistible exercée par l’un des sexes sur l’autre » et dont le « but serait l’union sexuelle, ou du moins un ensemble d’actes qui tendent à ce but. » Freud ne s’attarde pas à décrire ces aberrations sexuelles, il reprend en les survolant les descriptions de Krafft-Ebing, Havelock Ellis, Albert Moll, J. Bloch et bien d’autres. Il peut alors se consacrer à ce qui lui importe : les mécanismes psychiques à l’œuvre dans la sexualité.

Le passage transitoire par la position maso féminine participe paradoxalement à l’identification masculine de l’homme. B.Grunberger a décrit « l’introjection paternelle sur le mode anal » qui peut recouvrir le fantasme de captation anale du pénis par castration du père (effet coupe cigare) , dans une relation masochiste d’Œdipe inversé, (c’est à dire d’amour du garçon pour le père). Ceci entraîne culpabilité d’avoir castré le père, et honte de la soumission ; et être sodomisé est sans doute la position la plus masochiste de l’homme, et qui déclenche les plus fortes formations réactionnelles  , notamment chez le paranoïaque et certains adolescents.

Les Sonnetts Luxurieux, de Pietro Aretino, illustration de Paul Avril.

Laurène, 36 ans
« La première fois que j’ai essayé, je n’étais pas franchement enthousiaste, mais j’avais mes règles et on avait tellement envie de faire l’amour avec mon copain qu’on a opté pour cette solution. Je me souviens d’un moment pas désagréable, mais sans plus. Quelques années plus tard, j’ai rencontré quelqu’un sans aucun tabou, pour qui la sodomie faisait partie d’une sexualité épanouissante. Progressivement, j’ai fini par y prendre de plus en plus de plaisir et j’avoue que maintenant, je ne peux plus m’en passer. Cela met du piment dans la relation et les sensations sont vraiment plus qu’agréables. J’ai le sentiment que c’est un acte qui renforce l’intimité, il faut vraiment se faire confiance et s’aimer pour accepter la sodomie qui, d’après mon expérience, est le plus souvent demandée par les hommes. »

Jean-Christophe, 33 ans
« On dit de la sodomie qu’elle correspond à une manifestation du désir de pouvoir de l’homme sur la femme. C’est certainement vrai en partie. Quel homme n’a jamais rêvé de voir sa partenaire satisfaire ses moindres désirs, se transformer en esclave dont la seule mission serait de lui apporter l’extase de façon très égoïste ?
En ce qui me concerne, je vois surtout la variation de plaisir que cette pratique procure. C’est un plaisir différent de la pénétration vaginale, tout comme la fellation. Et puis, l’anus est aussi ce qui semble le plus accessible quand la femme prend la pose adaptée à une pratique fort prisée par les mâles : la levrette !
Mais je me verrais mal imposer cette pratique à ma partenaire si elle n’y consentait pas ou ne l’acceptait seulement pour me permettre d’assouvir mon besoin de puissance ! Mon excitation est intimement liée au plaisir qu’elle prend. Que l’arsenal de pratiques contienne la sodomie ou non, cela me semble peu important. Rien ne vaut la qualité du gémissement et du regard qui vous est porté pendant l’amour ! »

François, 32 ans
 » La sodomie est une pratique sexuelle que j’apprécie, parce que je la trouve excitante, stimulante, sensuelle, envoûtante. Ce n’est pas pour autant que je la pratique lors de chaque rapport amoureux. D’autant qu’il faut que ce soit une envie partagée, sinon pour moi il n’y a aucun plaisir. La sensation physique est intense et ça vient comme un couronnement. En effet, avant d’arriver à cette  » position « , il faut mettre en condition le corps de l’autre, préparer le terrain si j’ose dire. Ca me donne un peu le sentiment de transgresser l’interdit et c’est ça aussi qui est excitant. Tout est lié à l’échange : l’échange de regard, et de plaisir. Et puis c’est comme tout, quand c’est bien fait, c’est agréable. « 


Marine, 42 ans
 » La première fois que j’ai pratiqué la sodomie mes sensations ont été mitigées, j’avais peur de la douleur. La deuxième fois c’est à sa demande et là ce fut plus sympa mais pas génial pour autant.
Quelques années plus tard avec un autre partenaire qui appréciait cet acte, j’ai connu de véritables sensations, ça n’avait rien à voir avec les premières fois. J’ai recommencé régulièrement avec cet homme, mais sans jamais me forcer. Parfois j’en avais très envie de tenter cette pratique sexuelle, d’autres non. Et si je sentais que ça n’allait pas être agréable, nous arrêtions.
C’est moi que l’ai suggéré à mon compagnon actuel. Je ne lui ai pas dit de vive voix mais je l’ai tout simplement guidé et montré que j’en avais envie. Il a été surpris mais pas choqué. Il était heureux de la confiance que je lui accordais en lui proposant de me sodomiser.
Il faut vraiment être bien ensemble, je ne le ferai jamais avec un amant de passage.
Ce n’est pas une pratique dont j’ai envie à chaque rapport, peut-être dans un rapport plus  » sexe  » si on peut dire. « 

Frédérique, 31 ans
Il y a déjà quelques années une de mes amies m’avait dit qu’elle avait essayé et qu’elle appréciait beaucoup. Je ne devais pas passer à côté de cela et m’a suggéré de le faire au moins une fois. Ce que j’ai fait, mais ça ne m’a pas du tout plu, contrairement à mon ami de l’époque, oui . C’est étrange mais j’avais le sentiment que j’étais totalement soumise à mon partenaire et pourtant l’idée venait de moi. Avec mon mari nous avons abordé le sujet mais ni l’un ni l’autre n’en ressentons l’envie. « 

Paul, 36 ans
 » C’est un acte qui ne m’a jamais tenté. Je ne saurais pas dire exactement pourquoi. La personne avec qui je vis depuis longtemps ne m’en a jamais parlé et je ne pense pas que ça la brancherait. Notre sexualité n’en est pas moins épanouie sans cette pratique.  »

Elise, 29 ans
 » Je n’envisage même pas d’essayer un jour. Autant j’aime faire l’amour, autant cet acte me dégoûte. Je le juge presque à la limite de la perversion. J’espère que jamais aucun homme ne me demandera de me sodomiser. « 

Entretient réalisé par Laurence BOURDOULEIX –

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4 réflexions sur “ [Sujet tabou de la semaine] #3 la sodomie ”

  1. Sympa.. je dois être old-style – je trouve tout ça sympa car les interviews ne concernent que des hétéros.

    « Soumission ». Dans notre société qui se veut égalitariste (égalitaire par la force), la soumission reste pourtant indispensable au jeu amoureux – c’est notre nature : les filles chaussent du 36, les mecs du 44 – mais les mecs n’existeraient pas sans les filles.
    Au moins l’idée de la soumission, c’est ce qui fait prendre son pieds à une fille. Quand une fille n’est plus soumise à son mec, elle ne prend plus son pieds et le traite d’impuissant. Elle va se « finir » toute seule .. en attendant de se soumettre à un autre !
    La soumission a quelque chose à voir avec le respect – sans respect, point de salut.
    « Soumission » n’implique pas une jugement de valeur (et encore).. Le moteur est « soumit » à la présence d’essence, mais est-ce que la bagnole avancerait sans moteur ?

  2. Crotta-zutte, j’oubliais…

    La sodomie est un évident subside du viol.
    Le viol est un phantasme fréquent. Les filles sont généralement rétives à la sodomie et l’accepter, c’est en même temps un geste de soumission (de la prise mâle vers la femelle) et surtout une forme d’invitation, de soumission, au viol légal.

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