Yōkai – le monde des esprits | Dossier | Connaissez-vous les différents types d’esprits et fantômes japonais ?


Dans un paysage cinématographique souvent dominé par l’action et les effets spéciaux, Yōkai – le monde des esprits se démarque comme une œuvre contemplative et profonde, mêlant habilement la culture japonaise traditionnelle et des réflexions universelles sur la vie et la mort. Réalisé par Eric Khoo, ce film franco-japonais, avec Catherine Deneuve dans le rôle principal, nous invite à un voyage spirituel unique, ancré dans les traditions de l’Obon et explorant les frontières floues entre le monde des vivants et celui des esprits.

Notre avis express : Entre douceur, mélancolie et poésie, le film d’Eric Khoo est à découvrir au cinéma. Le titre est trompeur, le film n’a rien à voir avec l’horreur et se complait dans une dimension du drame existentiel.

L’Obon au cœur du film

Ce film nous a particulièrement marqués par sa mise en avant de l’Obon, cette fête traditionnelle japonaise dédiée aux esprits des ancêtres. Il explore avec une sensibilité rare le rapport aux morts et la transition entre les mondes, ancrant son récit dans une vision où la mort elle-même est soumise à des règles et des épreuves.

Les deux protagonistes se retrouvent ainsi bloqués, incapables de suivre le chemin habituel des âmes défuntes. Contrairement aux autres, ils doivent accomplir une mission terrestre, faute de quoi ils demeurent suspendus entre deux réalités. Ce passage reflète une notion essentielle dans la culture japonaise où même après la mort, il existe des épreuves à surmonter et des enseignements à tirer. L’Obon, dans ce cadre, devient un moment crucial où ces portes s’entrouvrent temporairement, évoquant l’Halloween originel des Celtes et ses connexions entre vivants et esprits, un lien fascinant qui mérite d’être souligné.


La différence entre l’Obon et Samahain, l’ancêtre d’Halloween

Quand on découvre la séquence du film expliquant cette fête populaire au Japon, on a envie de faire une association avec quelque chose de plus familier, le Halloween Celt.

L’Obon japonais et le Samhain celte, ancêtre d’Halloween, partagent des similitudes en tant que fêtes dédiées aux esprits des ancêtres. Cependant, l’Obon est une célébration estivale bouddhiste de retrouvailles joyeuses, tandis que Samhain marque la transition vers la saison sombre, où le voile entre les mondes s’amincit. Samhain était considéré comme un moment propice aux présages et à la divination, alors que l’Obon se concentre sur l’honneur et l’accueil des âmes des défunts.

Vivre sa vie maintenant, avant que cela ne soit trop tard !

Mais au-delà de cette dimension mystique, le film rappelle une vérité universelle : l’importance de vivre pleinement le présent afin de ne rien regretter. Il insiste sur la nécessité d’accomplir ses désirs profonds pour alléger son cœur et, en fin de compte, pouvoir partir en paix. Cette réflexion se tisse avec une grande délicatesse à travers la narration et la mise en scène.

D’un point de vue formel, l’œuvre adopte un rythme lent, ce qui pourrait en dérouter certains, mais qui sert parfaitement la poésie du propos. Elle permet d’apprécier un jeu d’acteur japonais traditionnel, un style qui semble peu à peu s’effacer sous l’influence grandissante du cinéma international. Ici, chaque regard, chaque silence pèse et raconte quelque chose, renforçant la sensation d’une œuvre contemplative, presque méditative. Ce jeu d’acteur si particulier, marqué par la retenue et la subtilité des expressions, tend à se perdre avec l’évolution du cinéma japonais, qui s’adapte aux codes globaux du septième art.

Cependant, si le film nous a touchés par sa profondeur et sa finesse, il nous a aussi pris au dépourvu. Avec un titre évoquant le folklore nippon et son imaginaire peuplé de yokai et d’esprits, nous nous attendions à une approche plus fantastique, voire légèrement effrayante. Or, ce n’est pas le cas, et cette attente trompée pourrait déconcerter certains spectateurs.

En résumé, cette œuvre, empreinte de spiritualité et de réflexion, offre une vision poétique de la mort et de l’importance de vivre sans regret. Mais il est important d’y entrer avec l’état d’esprit adéquat : celui d’un voyage contemplatif plutôt qu’une plongée dans l’effroi du surnaturel.

Que retenir de ce film ? Sa singularité, bien qu’il puisse dérouter certains spectateurs par son rythme lent et son approche méditative, offre une expérience cinématographique riche en émotions et en réflexions. Yōkai – le monde des esprits transcende les attentes initiales liées à son titre pour livrer un message profond sur l’importance de vivre pleinement et sans regrets. À travers sa mise en scène délicate et son jeu d’acteur subtil, l’œuvre nous rappelle la beauté éphémère de l’existence et la nécessité de chérir chaque instant, tout en nous offrant un aperçu fascinant de la spiritualité japonaise. Ce film s’impose comme une méditation poétique sur la vie, la mort et les liens qui persistent au-delà du monde visible, invitant le spectateur à une introspection profonde et enrichissante.

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Note : 3.5 sur 5.

26 février 2025 en salle | 1h 34min | Comédie dramatique, Fantastique
De Eric Khoo | 
Par Edward Khoo
Avec Catherine Deneuve, Yutaka Takenouchi, Masaaki Sakai
Titre original Spirit World

Les différents types de fantômes et esprits japonais

Il y en a tellement, que c’est très compliqué. On a essayé de dresser les plus courants en donnant des exemples issus de la Pop Culture !

Yōkai

Créatures surnaturelles du folklore japonais. Exemple : Tanuki dans « Le Voyage de Chihiro » de Miyazaki (esprit-raton laveur farceur et bienveillant).

Yūrei

Fantômes vengeurs ou âmes errantes. Exemple : Sadako dans « The Ring » (esprit d’une fille assassinée qui maudit une cassette vidéo).

Yuki Onna

Femme des neiges, esprit hivernal séduisant et mortel. Exemple : Personnage principal dans le film d’animation « La Légende de la princesse Kaguya ».

Oni

Démons ou ogres du folklore japonais. Exemple : Shuten Dōji dans le jeu vidéo « Nioh » (puissant démon antagoniste).

Kappa

Créature aquatique malicieuse. Exemple : Kappa no Kū dans l’anime « Sarazanmai » (kappa adolescent protagoniste).

Tengu

Esprits de la montagne à long nez, souvent associés aux arts martiaux. Exemple : Sojobo dans le jeu « Ōkami » (chef des tengu qui enseigne des techniques au joueur).

Kitsune

Esprits-renards rusés et métamorphes. Exemple : Kurama dans l’anime « Naruto » (renard à neuf queues scellé dans le protagoniste).

Onryō – Teke Teke

Esprit vengeur d’une femme coupée en deux, se déplaçant sur ses mains. Exemple : Antagoniste du film d’horreur japonais « Teke Teke » (2009).


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