RedLight – Les Dérives


Avec Les Dérives, RedLight opère un virage francophone audacieux. Entre tension new wave et vertige amoureux, le groupe explore l’état d’un cœur à l’envers, pris dans une course intérieure dont il ne maîtrise plus le rythme.

Sorti le 14 mars 2025, extrait de l’album Homeworks, Les Dérives marque un tournant. Premier morceau en français pour RedLight, il s’inscrit dans une esthétique 80’s brute et DIY, façonnée dans leur home studio au Rove 13740. Synthés analogiques, tension rock, énergie new wave, le groupe assume une mue sonore et linguistique qui ne relève pas d’un simple effet de style, mais d’un repositionnement artistique clair.

RedLight naît à Marseille en 2008. Formé autour de Dapé à la guitare, Londres au chant et à la guitare, Guy à la basse, renforcés par Seb à la batterie, le groupe évolue de trois à six musiciens selon les périodes. Trois albums, deux double singles et quatre EP jalonnent leur parcours, depuis Crash System Control en 2008. Leur identité repose sur un mélange de rock, d’électro, de hip hop et de blues. Avec Homeworks, composé de dix titres, ils reviennent à une fabrication artisanale, fidèle à l’énergie indépendante qui les caractérise.

Quand le déséquilibre d’une rencontre s’éternise

Les Dérives décrit l’état d’un être qui se sent à l’envers depuis une rencontre. Le déséquilibre devient permanent. Chaque pas ressemble à une fuite en avant, chaque mouvement accentue la casse. Le temps oppresse, le ventre se noue, la quête de l’autre tourne à l’obsession. L’opposition entre l’endroit et l’envers structure le morceau, comme si la réalité s’était retournée. Le gimmick vocal, ponctué d’un « hein hein » presque nerveux, traduit l’agacement et l’emballement d’une course folle après une inconnue qui a fait chavirer un cœur.

RedLight traite ce vertige amoureux sans tomber dans le pathos romantique classique. L’originalité tient à ce choix d’un champ lexical du déséquilibre, presque mécanique. Il ne s’agit pas seulement d’aimer trop fort, mais d’être structurellement déplacé. L’endroit et l’envers deviennent des pôles existentiels. Le récit met en scène une perte d’axe, comme si le monde intérieur avait subi une rotation brutale.

On s’éloigne clairement de l’époque de COMET et du format guitare voix avec chœurs, pour entrer dans un univers électronique rock aux accents new wave, porté par un grain de voix sombre et profond, ce qui est une belle évolution. Ce déplacement esthétique accompagne le fond. Le choix d’un son plus synthétique, plus tendu, renforce la sensation d’errance. Les nappes analogiques installent une pression diffuse, presque urbaine. La rythmique, elle, avance sans offrir de véritable respiration. Cette continuité sonore épouse la fuite décrite dans les paroles de la chanson.

Les images restent simples, directes, mais leur agencement crée une tension. Le nœud dans le ventre n’est pas qu’une métaphore affective, il devient symptôme physique d’un dérèglement plus large. L’artiste exploite un entre-deux permanent. L’état de conscience n’est ni totalement lucide ni complètement aveuglé. Il y a perception du malaise, mais incapacité à s’extraire immédiatement de la spirale. C’est dans cet espace que naît la force du morceau.

La chanson appelle implicitement à prendre du recul. Non par injonction morale, mais par saturation émotionnelle. À force d’être à l’envers, l’esprit comprend que la course ne mène qu’à l’infinie casse. Une forme de prise de conscience affleure. Rien n’indique toutefois que cette sensation rongeante ne mènera à une happy end. On sent presque comme un état fébrile, presque de l’ordre d’une dépendance menant à une recherche du regard de l’autre ou des circonstances pour restaurer cette sensation de complétude. Ce flou rend le propos crédible. L’acceptation des émotions ne signifie pas leur disparition, mais leur reconnaissance comme état transitoire.

Le gimmick vocal agit comme soupape. Il exprime l’agacement, presque l’auto-dérision face à cette dépendance affective. Cette singularité d’expression empêche le morceau de sombrer dans la plainte linéaire. L’écriture reste tendue, concise, cohérente avec l’esthétique DIY revendiquée. Le virage francophone n’est pas un simple changement de langue. Il permet une frontalité nouvelle, une proximité plus immédiate avec l’émotion décrite.

Les Dérives s’impose ainsi comme un titre charnière. À la fois nostalgique par ses accents 80’s et résolument actuel dans son traitement du trouble amoureux, il confirme que l’évolution sonore du groupe n’est pas décorative, mais organique. Disponible sur Bandcamp et sur toutes les plateformes !


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