Meimuna – Le bon choix


Une plongée intérieure où l’eau devient mémoire, doute et battement. Dans Le bon choix, Meimuna transforme la peur de se tromper en geste simple, poser la main sur son cœur. Une chanson aérienne et presque liquide, qui invite à accepter ses hésitations sans les fuir.

Avec Le bon choix, Meimuna explore ce moment fragile où l’on interroge sa trajectoire. Loin d’un discours démonstratif, la parole avance par images organiques, eau, argile, peau. La chanson ne tranche pas, elle écoute. Elle s’installe dans l’entre-deux, là où le doute respire encore, et propose un geste intime plutôt qu’une certitude imposée.

Fondé en 2016 par Cyrielle Formaz, le projet Meimuna s’inscrit à la lisière du folk anglo-saxon et de la poésie francophone. L’écriture cultive une fragilité assumée, presque minérale, où chaque mot semble poli par le silence. Cette douceur, soutenue par une production très aérienne, quasi minérale, installe un climat suspendu. La voix devient un fil conducteur dans ce rêve, elle ne domine pas, elle guide. L’influence des paysages alpins, des marées intérieures et d’une tradition folk contemplative nourrit un univers où l’émotion circule comme une sève discrète. Ce choix d’une économie expressive, sans emphase, donne à la chanson une sincérité rare.

Un état de l’art des occasions perdues

La chanson évoque le vertige des choix passés, ceux que l’on a faits, ceux que l’on n’a pas pris. Les épaves au fond de l’eau deviennent la métaphore des occasions perdues ou fantasmées. L’argile et la peau disent l’inscription intime des décisions. Rien n’est accusatoire, rien n’est héroïque. La question n’est pas de savoir si tout a été raté, mais comment vivre avec l’incertitude. Face à la peur, le refrain propose un geste simple, poser la main sur son cœur qui bat. Le doute n’est plus un ennemi, il devient un lieu d’écoute.

Nous sommes touchés par cette manière de traiter les sentiments sans pathos. L’eau n’est pas seulement décorative, elle est mémoire, profondeur, mouvement. Les épaves ne sont pas des ruines spectaculaires, elles reposent au fond de soi, silencieuses. L’artiste refuse le spectaculaire pour privilégier une intériorité presque tactile. La douceur, la production très évanescente et aide pleinement à cette esthétique. Elle crée un espace où la voix, fil conducteur dans ce rêve, semble flotter sans jamais se dissoudre. Cette approche transforme la peur en matière sensible. Le doute n’aboutit pas à une révélation fracassante, mais à une prise de conscience douce, presque organique. La chanson est mélancolique et lumineuse à la fois, elle accepte l’ambivalence sans chercher à la résoudre.

Ce qui frappe, c’est l’absence de verdict. La question du bon choix reste ouverte. Les images d’autres vies, de chemins jamais pris, suggèrent une multiplicité d’existences possibles. Pourtant, la réponse ne se situe pas dans un ailleurs mystique. Elle se trouve dans le battement présent. La prise de conscience n’est pas irrémédiable, elle est contextuelle. À chaque peur, le geste peut être répété. La chanson ne promet pas que l’angoisse disparaîtra, elle apprend à cohabiter avec elle. Cette posture, humble et incarnée, confère à Le bon choix une portée durable. L’émotion n’explose pas, elle circule. Elle invite à prendre du recul, non pour fuir, mais pour mieux habiter ce qui tremble en soi.



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