Reprendre un titre culte peu mis en avant, et en faire un manifeste brut. Avec Breed, Metalord injecte une rage grunge assumée et transforme le recul émotionnel en cri frontal, entre tension intérieure et refus des conventions sociales.
Dans cette version live de Breed, reprise du répertoire de Nirvana, Metalord ne cherche ni la fidélité docile ni la modernisation forcée. Le groupe capte l’élan nerveux du morceau et le projette sans filtre, comme une impulsion qui refuse l’analyse froide. Ici, prendre du recul ne signifie pas apaiser, mais exposer la contradiction intérieure.
Originaire de Québec, Metalord revendique l’héritage des grands noms du thrash, tout en gardant une lisibilité mélodique immédiate. Cette double filiation éclaire leur approche de Breed. Plutôt que de lisser l’ADN grunge, le groupe accentue l’énergie et la nervosité, avec une rage affirmée qui rappelle l’urgence des années 90. Il est rare d’entendre une reprise de ce titre peu mis en avant de Nirvana, et ce choix seul révèle une volonté de sortir des évidences. Le mixage manque un peu de compression, ce qui laisse parfois l’ensemble respirer de manière inégale, mais la cover reste de qualité, car l’intention prime sur la finition. Cette fragilité technique renforce même l’impression d’un direct viscéral, presque incontrôlé.
Breed met en scène un refus, répété jusqu’à l’obsession. Le locuteur affirme ne pas se soucier des normes, du passé, ni des attentes sociales. Derrière ces formules abruptes, une peur affleure, celle d’être enfermé dans un schéma de vie imposé, foyer, reproduction, conformité. Les images d’une maison plantée comme un arbre, ou d’un avenir construit mécaniquement, traduisent ce tiraillement entre désir d’ancrage et rejet des cadres. La répétition agit comme un mantra nerveux, entre détachement proclamé et angoisse latente.
L’originalité du traitement tient dans cette contradiction permanente. Les paroles répètent « I don’t care » comme une tentative d’auto persuasion. Plus la phrase revient, plus le doute s’installe. Ce n’est pas l’indifférence qui domine, mais la peur d’être absorbé par un modèle de vie standardisé. L’image de « planter une maison » détourne l’idée d’enracinement. Une maison ne se plante pas, un arbre oui. Cette fusion absurde suggère un monde artificiel où les rôles sont assignés, où l’on doit croître selon un plan établi. Metalord accentue cette tension par une énergie grunge et une rage affirmée. La voix ne cherche pas la nuance, elle tranche, elle cogne. Ce choix rend le refus plus instinctif que réfléchi. La prise de conscience n’est pas philosophique, elle est viscérale. Elle surgit dans le cri, pas dans la démonstration. Ici, l’émotion mène à une révélation temporaire, un éclair de lucidité dans la fureur, mais sans garantie de stabilité. La répétition finale agit comme une boucle mentale, incapable de sortir du conflit intérieur.
Ce qui frappe dans cette reprise, c’est l’absence de polissage émotionnel. La version live garde les aspérités, ce qui renforce le sentiment d’urgence. Le recul proposé par la chanson n’est pas paisible. Il est brutal. Refuser de se conformer devient un acte de survie. La répétition de « she said » installe une voix extérieure, presque intrusive, comme si le personnage tentait d’échapper à une influence ou à une injonction intime. Cette dualité nourrit une tension constante. L’émotion ne conduit pas à une résolution définitive, mais à une prise de conscience intermittente. À chaque répétition, le conflit renaît. C’est précisément ce qui rend cette reprise pertinente. L’énergie brute compense un mixage qui manque un peu de compression, et la qualité de la cover tient dans cette sincérité sonore. Plutôt que d’adoucir le propos, Metalord amplifie le vertige. La révélation reste fragile, peut être irrémédiable pour celui qui l’éprouve sur l’instant, mais toujours menacée par le retour du doute.
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