Une ballade en équilibre entre la retenue et le trop-plein, Sometimes explore les vertiges de l’amour et de l’estime de soi, sans trancher ni consoler, juste pour laisser vibrer.
Dans Sometimes, TheLateWilliams signe un morceau suspendu, tout en douceur et en tension contenue. La chanson n’essaie pas d’expliquer ni de panser, mais elle expose avec franchise l’oscillation constante entre amour reçu et blessures non refermées. L’émotion surgit là où on ne l’attend pas.
Auteur compositeur australien indépendant, TheLateWilliams cultive un style épuré et sincère, à l’écart des artifices du marché. On retrouve dans Sometimes la patte d’un artiste influencé par Damien Rice ou Matt Corby, avec cette même volonté de rester dans l’intime, sans surjouer ni lisser les failles. C’est une chanson qui préfère le frisson retenu à l’explosion dramatique, et cela lui donne une forme de force singulière. On y perçoit une vulnérabilité lucide, qui ne cherche ni l’excuse ni la leçon. Cette approche rappelle la beauté brute des artistes comme Keaton Henson, où les silences comptent autant que les paroles. Une ballade émotive, pleine de force.
Sometimes met en scène un dialogue à peine déguisé entre deux êtres au bord du doute. L’un se sent invisible, perdu dans le bruit blanc de sa propre vie, tandis que l’autre lui rappelle l’évidence d’un amour partagé. Il y est question d’un homme rongé par ses propres limites, conscient de ses maladresses, de ses pensées confuses. Le refrain, réitéré avec pudeur, n’est pas une réponse mais un écho : aimer malgré tout, aimer avec le doute, aimer sans certitude. La chanson ne délivre pas un message de victoire ou de défaite, mais pose le décor d’un entre-deux, où se mêlent fatigue, espoir et sincérité désarmante.
Singularité stylistique et puissance émotionnelle
La force de Sometimes réside dans sa manière de laisser l’émotion surgir sans jamais la souligner. La parole « I love you like the swan » frappe par son étrangeté douce : loin d’une comparaison classique, elle évoque une forme de grâce tragique, une fidélité silencieuse. Cette image-là, singulière et poétique, inscrit l’amour dans une tension permanente, comme le cygne, majestueux mais toujours en déséquilibre sur l’eau. La chanson navigue ainsi entre flottement et lucidité. Certains vers semblent glissés comme à mi-voix, entre constat et confession, notamment lorsque l’artiste évoque ses propres contradictions. L’expression « I forget I’m a gentleman sometimes » dit tout de ce tiraillement entre l’idéal et la réalité, entre les intentions et les pensées qui débordent. On ne cherche pas à se justifier, seulement à se dire tel que l’on est. C’est précisément cette manière de ne pas lisser les bords qui rend la chanson si touchante. On ressent une dualité forte : un fond mélancolique, mais un refrain porté par un espoir à peine assumé. C’est là que réside son efficacité. Cette ballade est à la fois mélancolique et pleine d’un amour sincère, promesse sans éclat, mais essentielle.
L’émotion dans Sometimes ne sert pas de catharsis flamboyante, elle agit en sédiment. Elle creuse, lentement, jusqu’à faire émerger une forme de vérité nue. La déclaration d’amour répétée ne gomme pas les doutes, elle les contient. L’artiste ne cherche pas à trancher entre lumière et obscurité, il accepte que les deux coexistent. Le vers « Liable to injure us, such words are dangerous » introduit une conscience aiguë du pouvoir des mots : ici, l’amour devient à la fois baume et lame. Ce paradoxe nourrit toute la chanson. La révélation qu’elle porte n’est pas brutale, mais progressive. Elle n’est ni irrémédiable ni anodine, elle laisse une trace. C’est cette trace-là qui bouleverse. On sent que l’émotion exprimée ici dépasse le contexte amoureux : c’est une manière d’embrasser ses propres fragilités, d’admettre ses limites sans renoncer à être aimé. En cela, la chanson touche une vérité universelle, sans l’édulcorer. L’écriture de TheLateWilliams fait le choix du non spectaculaire, mais chaque mot semble pesé, chaque image tire sa force d’une sincérité presque crue. Cela suffit à rendre Sometimes inoubliable.
Une reprise particulière, Sweet Dreams
Un autre titre qui nous a séduit, cette reprise Sweet Dreams (TheLateWilliams Verse) déconstruit l’hymne synthpop d’Eurythmics pour en faire un exutoire abrasif. Dans sa version, TheLateWilliams injecte une douleur intime, traversée de colère froide et de lucidité amère. Les paroles ajoutées dépeignent un amour devenu poison, où les émotions sont instrumentalisées comme des armes.
Les couplets inédits évoquent une relation manipulatrice, et la voix, retenue mais vibrante, sculpte une mélancolie rageuse. On n’est plus dans le rêve sucré, mais dans le réveil brutal. Cette relecture audacieuse donne une seconde vie au refrain culte, en le teintant de blues et de vérité crue. Une relecture à vif, brûlante, assumée. Note particulière : Un grain rauque, éraillé mais maîtrisé, qui mêle tension rock et sensualité brute, proche du timbre écorché du chanteur de Måneskin !
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