Une ballade indie lo-fi émotive, à la croisée du rock des années 90 et de l’americana rêveur. Merry trace un chemin d’introspection douce et brute, entre fuite et renaissance, dans une atmosphère fragile et mélancolique.
Une introspection douce-amère portée par un esprit DIY
Nicamus, duo originaire de Portland, livre avec Merry une chanson à la fois brute et vaporeuse, guidée par la guitare et une voix sensible. Loin des standards calibrés, le morceau suit une esthétique volontairement lo-fi, fragile mais profondément incarnée. On sent la volonté de ne pas chercher à séduire, mais à exprimer. L’hommage à Meredith Zall est discret mais sincère, comme une dédicace codée, presque murmurée. Une démarche à contre-courant, qui refuse le clinquant et cherche plutôt à faire vibrer une corde intime.
Nicamus s’inscrit dans une veine indie artisanale, avec des sonorités évoquant autant le grunge tendre de Nirvana que la mélancolie lumineuse d’Oasis ou les arrangements plus sensibles de Tom Odell. On retrouve dans Merry une tension entre vulnérabilité assumée et élan vital : la guitare, bien que discrète, soutient une énergie contenue, tandis que la voix reste proche, presque chuchotée, comme pour mieux raconter la fuite en avant. L’énergie est présente, palpable, même si le mixage donne une impression légèrement datée par moment. C’est là toute l’originalité du projet : une forme de sincérité brute, presque rugueuse, qui touche car elle ne cherche pas à enjoliver.
Une chanson qui parle de fuite, de retour à soi et de renaissance
Merry explore les chemins de la réconciliation avec soi-même après une période d’errance. Les paroles évoquent la course, l’incapacité à fermer les yeux, le besoin de protection dans un cocon… puis la lente réouverture à la lumière. Il ne s’agit pas d’un récit linéaire, mais plutôt d’une succession de sensations, d’images floues comme des souvenirs. L’important n’est pas la destination, mais la transition. L’évocation d’un « cocon » puis d’une « nouvelle lumière » et d’un « ciel voilé » laisse entendre que le deuil d’une ancienne version de soi est en cours. Ce n’est pas encore la joie, mais déjà une forme d’apaisement. Le processus est enclenché, irréversible, même si la douleur persiste en arrière-plan.
Ce qui rend singulière ce titre, c’est la façon dont Nicamus exploite des images à la fois naturelles et sensorielles pour exprimer une mue intérieure. Le « cocon » chaud évoque un repli protecteur, tandis que « shed a new light » annonce une renaissance en douceur. L’alternance entre ombre et clarté, entre mouvement et immobilité, crée un équilibre fragile mais puissant. Les émotions ne sont pas exposées frontalement : elles affleurent par petites touches, dans les silences autant que dans les mots. Il ne s’agit pas d’un cri, mais d’un murmure de lucidité. On ressent cette mélancolie douce, cette pulsation intime d’un être qui revient lentement au monde. Une chanson à la fois mélancolique et festive, qui fait des promesses qu’on ne peut pas toujours tenir, mais qu’on ose formuler malgré tout. La prise de conscience semble durable, bien que teintée d’incertitude – une belle leçon de nuance dans un monde d’excès. Si on devait résumer, ici on a une métaphore de la transformation intérieure, entre épreuve et espoir.
De même, Merry surprend dans son choix d’économie volontaire de mots. La parole évite la linéarité, préfère les images flottantes à l’explication frontale. Ce choix crée une sensation de flottement, comme si l’on entrait dans un rêve fragile. La récurrence de certaines phrases – I guess you’re right, I’ve been runnin’ – agit comme un mantra d’acceptation. Il ne s’agit pas de se confesser, mais de reconnaître en silence un état, un passage. Cette forme d’expression poétique, qui repose sur des ellipses, rejoint des traditions plus anciennes de la chanson folk ou post-rock, où l’émotion prévaut sur la narration. La chanson ne délivre pas un message, elle crée une atmosphère, un espace intérieur où l’on devine plus qu’on ne comprend. Le choix de ne pas résoudre les phrases ni clore le sens participe à cette esthétique introspective. Cela donne à Merry une force discrète, presque hypnotique, comme un écho lointain d’un souvenir qui refuse de disparaître.
On retrouve dans Merry une énergie sincère et communicative. C’est cette tension entre fragilité et intensité qui séduit. En revanche, certains choix de production, notamment le mixage ainsi qu’un mastering moins compressé, donnent à l’ensemble un aspect un peu daté. Ce parti pris lo-fi assumé pourra désarçonner ceux qui privilégient un son plus dense et moderne, mais participe aussi à l’authenticité du morceau. Une chanson qui, sans artifice, parvient à toucher juste.
Retrouvez les autres titres sur Bandcamp !
En savoir plus sur Direct-Actu.fr le blogzine de la culture pop et alternative
Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

