Un titre suspendu entre douceur et peur d’exister pleinement. To fix a heart with words explore les limites de l’amour et du rêve à travers une conversation intime, où les émotions révèlent plus qu’elles ne soulagent.
Avec To fix a heart with words, le groupe belge momoyo livre une chanson à la fois simple dans sa forme et d’une subtilité émotionnelle troublante. La voix, calme et douce, semble parler à voix basse au creux d’une confidence. La musique ne cherche pas à illustrer un moment dramatique, mais à poser une sensation persistante, presque impalpable. Cette retenue, ce ton à peine effleuré, permet à l’auditeur d’entrer dans l’univers sans violence. On écoute en silence, comme si l’on craignait de briser quelque chose de fragile.
momoyo est un quintet basé à Gand, porté par Jonas Bruyneel et Esther Coorevits, accompagnés de Frie Mechele, Renaud Debruyne et Sven Sabbe. Le groupe s’est d’abord révélé en 2020, avec un EP discret mais salué par la critique. Leur musique, souvent intimiste, s’ancre dans un mélange d’indie folk et de pop minimaliste, où chaque instrument semble respirer à son propre rythme. Cette chanson s’inscrit dans la continuité du EP Mirror Session, mais va encore plus loin dans le dépouillement. À l’écoute, se dégage la sensation d’une berceuse adulte, lucide, qui ne cherche pas à rassurer à tout prix. Tout semble suspendu, comme pour éviter une chute dans un vide fait d’absence et de souvenirs. Le refus du pathos et l’acceptation d’une peine sourde installent une douceur fragile, proche de Kings of Convenience ou des ballades les plus retenues de Sufjan Stevens.
La chanson évoque un dialogue entre deux êtres, probablement un adulte et un enfant, ou en tout cas quelqu’un de très jeune dans le regard qu’il porte. Il est question de transmission, d’héritage émotionnel, mais surtout de l’impossibilité de réparer ce qui est brisé uniquement par des mots. Les paroles dessinent des images paisibles, presque naïves, comme marcher au-dessus des arbres ou vouloir toucher le vent. Mais sous cette apparente simplicité se cache un sentiment plus profond : celui d’une peur discrète d’être à sa place, d’appartenir enfin à un lieu ou à quelqu’un. Il est aussi question de deuil, d’un père absent ou disparu, et du poids persistant des souvenirs. Une quête d’équilibre entre l’idéal et le réel, entre ce qu’on aurait voulu dire et ce qui reste enfoui.
La gestion des émotions et le ressenti transmis
Ce qui frappe dans To fix a heart with words, c’est la manière dont momoyo traite les émotions sans jamais forcer le trait. Tout se joue dans le non-dit, les silences, les hésitations. Le vers répété « I fear the feeling that I do belong somewhere » sonne comme une confession à demi-avouée, un vertige face à l’idée d’ancrage. Il ne s’agit pas d’un rejet, mais d’un trouble : celui de se rendre compte qu’un bonheur possible existe ici et maintenant, et que cette perspective effraie plus que l’errance. Cette lucidité traverse tout le morceau. Les images restent simples, presque aériennes, comme une marche au-dessus des arbres, avec la crainte permanente de chuter. La retenue émotionnelle donne au titre sa force. Il ne provoque pas l’émotion, il la laisse affleurer, liée à l’absence et à la mémoire.
Ici, on ne se contente pas d’une chanson nostalgique ou triste. Le morceau évite soigneusement le piège de la complainte. L’émotion est présente, mais jamais victimaire. Elle est traversée, exposée, puis acceptée comme une composante inévitable de l’existence. Le titre lui-même, To fix a heart with words, annonce l’impossibilité plus qu’une solution. La chanson devient alors un espace de suspension, où l’on avance sans filet, avec la peur de tomber dans le vide laissé par l’absence et les souvenirs. La voix n’apporte pas de réponse, elle accompagne une prise de conscience progressive. La révélation n’est ni brutale ni définitive : elle reste fragile, peut-être temporaire, dépendante du moment. La force du morceau réside dans ce refus de conclure, dans cette acceptation silencieuse de ce qui ne se répare pas.
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