The Entrées – Anything Goes



Une chanson vagabonde entre introspection, ironie et réconfort. Anything Goes de The Entrées mêle errance émotionnelle et lucidité blessée pour mieux apprivoiser l’instabilité intérieure. Une invitation à accepter sans chercher à tout réparer.


Anything Goes est un titre qui joue sur la douce contradiction des émotions retenues. The Entrées nous proposent une plongée dans l’incertain, sans drame ni cri, mais avec une poésie brute, un ton parfois désabusé, souvent tendre, qui désamorce l’angoisse par la lucidité. Dans cet hymne aux égarés volontaires, on apprend à ne pas fuir ce qui pèse, mais à lui faire une place sans éclat ni panique.


Projet à la frontière du spoken word, de l’indie-rock contemplatif et de la pop americana post-2000, The Entrées évoque d’emblée des figures comme Bright Eyes, Kevin Morby ou Courtney Barnett, où la parole se pose avant le rythme, où chaque image semble tirée d’un carnet griffonné dans un train de nuit. On retrouve dans Anything Goes cette fibre lo-fi à la fois fragile et assurée, un regard clair porté sur les émotions, sans les maquiller ni les magnifier. La chanson s’inscrit dans une démarche à la fois littéraire et instinctive, nourrie d’expériences éparses et de souvenirs filtrés par une mélancolie apaisée.

Ce qui frappe d’abord dans Anything Goes, c’est cette capacité à désamorcer l’émotion par la narration. Les paroles dessinent une cartographie du déracinement, de l’incertitude, mais aussi d’un apaisement progressif. L’artiste n’invite pas à ignorer la douleur ou à surjouer la peine, il choisit de la regarder passer, comme on suit le vent depuis une fenêtre entrouverte. Les images sont simples, parfois absurdes, volontairement décalées – une patinoire jonchée de canettes, un hurluberlu qui danse sur les gradins – mais toutes portent en creux une conscience claire de la fragilité. La singularité de la chanson vient précisément de là : une juxtaposition d’images triviales, presque anecdotiques, qui finissent par construire un portrait émotionnel crédible, humain, sans surjeu. L’artiste ne cherche ni la confession, ni la catharsis, mais une forme de lente accommodation intérieure. En soi, ici, l’émotion est canalisée par l’image et la posture

À la manière d’un carnet de bord fragmenté, Anything Goes suit un fil narratif discontinu où chaque souvenir, chaque envolée semble à la fois dérisoire et essentielle. La chanson s’ouvre sur un paysage hivernal et se ferme sur des refrains apaisants, comme une boucle qu’on referme doucement. L’émotion n’y est jamais explosive, elle se glisse dans les silences, dans les absurdités douces, dans l’art de tout dire sans forcer. On comprend que le véritable cœur du morceau réside dans l’acceptation de soi – pas comme un combat gagné, mais comme un glissement lent vers une meilleure cohabitation avec son propre chaos. Il ne s’agit pas d’une révélation dramatique, mais d’une prise de conscience diffuse, irréversible justement parce qu’elle ne cherche pas à convaincre. Ce cheminement, The Entrées l’offre sans arrogance, à coups de maladresses assumées, de confidences voilées, de gestes tendres et d’échos perdus.
Si on devait résumer, nous avons une révélation douce, non spectaculaire, mais irréversible.



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