Dans le Massachusetts des années 70, The Mastermind explore la dérive d’un homme ordinaire attiré par l’illusion d’un argent facile. Un polar minimaliste qui détourne le film de casse pour s’intéresser non pas au coup, mais à ce qu’il provoque, intime et irréversible.
Josh O’Connor récemment vu dans Rebuilding, nous surprend encore par sa capacité à montrer beaucoup avec peu de mot. Le second point fort du film est la bande son jazzy qui accompagne tout le film. The Mastermind est un film sur un casse certes, mais également l’envie de mieux et de ne pas devenir comme les autres, un artisan pourchassant l’argent et qui abandonne son droit de liberté sur le temps.
James Blaine Mooney est un menuisier au chômage, père de famille, issu d’une bourgeoisie locale dont il ne parvient plus à suivre les codes. Interprété par Josh O’Connor, il vit sous le regard d’un père juge respecté, d’une mère envahissante et d’une épouse, Terri, qui tente de maintenir l’équilibre du foyer. Autour de lui gravite une petite bande de complices sans envergure, plus portés par l’improvisation que par le professionnalisme. Tous participent à une tentative de vol d’œuvres d’art qui va précipiter la chute du protagoniste et fissurer durablement son cercle familial.
Un film sur un cambriollage parlant de l’homme et du pourquoi
Chez Kelly Reichardt, on ne devient pas criminel par goût du spectaculaire, mais par glissement. James Blaine Mooney ne nourrit aucun fantasme de grand banditisme. Il cherche avant tout une échappatoire à une vie figée, à une pression sociale diffuse, et à un sentiment d’échec personnel. Le film s’ancre dans une réalité très précise, celle de l’Amérique du début des années 70, une époque encore peu marquée par la surveillance technologique, où le vol d’œuvres d’art pouvait relever d’un opportunisme presque naïf.
L’origine du récit puise dans plusieurs faits réels, notamment des cambriolages de musées survenus aux États-Unis à cette période, et plus particulièrement dans un vol resté célèbre dans le Massachusetts. La cinéaste ne reconstitue pas un exploit criminel, elle observe un homme persuadé d’avoir une bonne idée, sans jamais en mesurer les conséquences. Le cambriolage a lieu très tôt dans le film, presque comme un déclencheur banal. Ce choix narratif inverse les codes du genre et déplace l’enjeu vers l’après.
James vole ce qu’il connaît, ce qui lui parle, des tableaux abstraits d’Arthur Dove, loin des chefs-d’œuvre mythiques habituellement associés aux films de casse. Ce détail est essentiel. Il révèle un personnage qui agit par proximité émotionnelle plus que par calcul. À partir de là, chaque décision l’enferme un peu plus dans une cavale sans issue, où l’illusion de contrôle se dissout progressivement au contact du réel.

Une re-normalisation d’un « Mastermind » du cambriolage
Le titre The Mastermind fonctionne comme une ironie discrète. James Blaine Mooney n’est ni un génie du crime, ni un stratège hors norme. Kelly Reichardt déconstruit la figure mythifiée du cerveau du casse pour en faire un homme ordinaire, faillible, presque maladroit. Cette re-normalisation est au cœur du film. Le cambriolage n’est pas glorifié, il est ramené à une suite de gestes imparfaits, portés par une conviction fragile. Le film observe comment un individu persuadé d’agir intelligemment se retrouve dépassé par ses propres choix. Le « mastermind » n’est ici qu’un homme qui se trompe, et qui en paie le prix, lentement, inexorablement.
Convaincu d’avoir tout anticipé, le protagoniste se persuade d’être prêt, presque méthodique. Pourtant, le film rappelle une réalité implacable : le monde de l’art ne fonctionne pas comme un marché parallèle fluide. Les œuvres volées sont invendables, les circuits sont verrouillés, et la valeur symbolique écrase la valeur marchande. The Mastermind insiste sur cet angle mort décisif : voler est presque simple, mais écouler devient impossible. Cette méconnaissance scelle l’échec, car elle révèle un homme persuadé de comprendre un système qui lui restera toujours fermé.
Un film où l’action est portée par le scoring musical.
Dans ce film, l’action ne repose pas sur l’agitation des corps, mais sur la respiration du scoring musical. Le jazz composé par Rob Mazurek structure le film comme une pulsation intérieure. La musique guide le rythme, installe la tension et accompagne la dérive mentale du héros, là où le montage et la mise en scène refusent toute emphase. Le mouvement naît du son plus que du geste.
Cette partition jazz, faite de souffles, de ruptures et d’errances, agit comme un moteur invisible. Elle épouse les silences, souligne l’attente, et prolonge l’impression d’un temps étiré. Plutôt que d’illustrer l’action, elle la remplace, traduisant l’instabilité intérieure du personnage et son illusion de maîtrise, jusqu’à faire de la musique le véritable fil narratif du film.
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4 février 2026 en salle | 1h 50min | Drame, Policier
De Kelly Reichardt |
Par Kelly Reichardt
Avec Josh O’Connor, Alana Haim, John Magaro
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