Le Piton de la Fournaise est entré en éruption le 18 janvier 2026 à 19 h 42, après plusieurs semaines de signes de réveil et une crise sismique marquante au passage à la nouvelle année. Ce volcan, l’un des plus actifs au monde, porte une longue histoire géologique, symbolique et légendaire qui nourrit l’imaginaire réunionnais.
Un géant qui façonne l’île
Le Piton de la Fournaise domine le sud-est de La Réunion et culmine à environ 2 632 mètres, occupant l’un des grands massifs volcaniques qui ont construit l’île tout entière. La structure actuelle du volcan, marquée par l’enclos Fouqué, vaste caldeira ouverte vers l’océan, résulte d’un effondrement majeur survenu il y a environ 4 700 ans, accompagné d’explosions cataclysmiques qui ont remodelé le paysage. Depuis les premières observations écrites au XVIIᵉ siècle, près de 200 éruptions ont été recensées, témoignant d’une activité quasi permanente, même durant les phases de « repos » en surface. L’édifice est un volcan de type bouclier, alimenté par un magma basaltique très fluide, qui donne naissance à de longues coulées de lave plutôt qu’à des explosions dévastatrices, ce qui explique en partie l’absence de catastrophes humaines majeures malgré sa fréquence éruptive. Situé dans une zone inhabitée et largement protégée, le piton de la Fournaise a peu à peu cessé d’être seulement un danger pour devenir un laboratoire vivant de la dynamique interne de la planète et un marqueur identitaire de La Réunion.
Une mémoire d’éruptions et de réveils
L’histoire récente du piton de la Fournaise est rythmée par des cycles d’activité intense et de repos plus ou moins longs. Après une période de cinq ans de sommeil dans les années 1990, il a enchaîné, à partir de 1998, des épisodes éruptifs presque annuels jusqu’en 2010, avant de reprendre ce tempo soutenu à partir de 2014. Les années 2010 et 2020 ont été ponctuées de nombreuses crises, avec jusqu’à cinq éruptions en 2019, puis trois en 2020 et plusieurs autres en 2021 et 2022, dont celle qui a créé le piton Iris, un cône de scories de près de 39 mètres de hauteur sur le flanc sud-ouest. La dernière grande phase d’activité continue s’est déroulée du 2 juillet au 10 août 2023, avant que le volcan n’entre dans un repos de deux ans et demi, rompu par une première agitation en décembre 2025 et une crise sismique marquante dans la nuit du 31 décembre 2025 au 1ᵉʳ janvier 2026. Ces soubresauts ont préparé l’éruption du 18 janvier 2026, survenue après le déclenchement à deux reprises de l’alerte de niveau 1 du plan ORSEC. Là où autrefois l’inconnu alimentait la peur, la surveillance instrumentale, l’observation continue et la routine des plans d’urgence ont installé une forme de familiarité avec ce géant de feu, même si sa part d’imprévisibilité demeure et nourrit toujours un imaginaire de puissance indomptable.
Terre de feu, mythes et symboles
Avant d’être un objet de science, le piton de la Fournaise a longtemps été enveloppé d’une aura maléfique, redouté pour ses grondements, ses fumées et sa capacité à faire surgir des rivières de feu au cœur de la nuit. Dans la culture réunionnaise, ce volcan s’inscrit dans un paysage symbolique où se croisent héritages africains, malgaches, indiens et européens, et où les forces de la nature sont souvent personnalisées. Les coulées de lave, en recouvrant les anciens sentiers et en dessinant de nouvelles frontières, sont interprétées comme des gestes de réécriture du territoire, rappelant que la montagne demeure la véritable architecte de l’île. Chaque nouvelle éruption, surtout après un long silence, est lue comme un message. Réveil d’un gardien assoupi, rappel de la fragilité humaine face au temps géologique, signe de régénération plus que simple menace. Même si les récits varient d’un quartier à l’autre, l’idée d’une volonté propre au volcan traverse histoires, chansons et prières, faisant du piton de la Fournaise un symbole de puissance, de renaissance et parfois de colère contenue.
Un volcan entre science, tourisme et sacré
Avec la création de l’Observatoire volcanologique du piton de la Fournaise et le développement des routes d’accès, l’ascension du volcan est passée, au XXᵉ siècle, d’expédition réservée à une élite à excursion emblématique ouverte à un public plus large. La surveillance permanente, réseaux sismiques, mesures de déformation et images de caméras, a permis de mieux comprendre la mécanique interne du volcan, de repérer les crises sismiques précurseurs et de limiter les risques pour les populations, d’autant plus que la plupart des éruptions se déroulent à l’intérieur de l’enclos, loin des zones habitées. Mais cette rationalisation ne gomme pas la dimension rituelle de la montée au cratère. Marcher sur les scories, longer les anciennes coulées ou contempler un front de lave actif revient à approcher une force primordiale, à la fois dangereuse et protectrice. L’éruption de janvier 2026, localisée sur le flanc nord dans une zone inhabitée, illustre ce double statut. Événement scientifique attendu et spectacle naturel ravivant le sentiment d’habiter une île jeune, encore en train de s’écrire.
L’éruption 2026, mémoire vive d’un mythe
En janvier 2026, après des frémissements discrets en décembre et une crise sismique de la Saint-Sylvestre, l’éruption se déclenche à 19 h 42 le 18 janvier, avec l’ouverture de fissures sur le flanc nord au cœur de l’enclos. La lave, canalisée dans une zone inhabitée et surveillée à distance, ne menace ni villages ni infrastructures, permettant aux récits médiatiques de se concentrer sur le spectacle du feu, la précision de la prévision et la symbolique d’un volcan qui « se réveille ». Dans la chronologie du piton de la Fournaise, cette éruption s’inscrit dans une longue série de pulsations racontant l’histoire d’une île toujours en construction. Dans l’imaginaire local, elle réactive les motifs anciens tout en s’inscrivant dans un présent hypermédiatisé où chaque fontaine de lave devient image et chaque tremor une courbe sur un écran. De cette tension entre mythe et données naît un rapport singulier à la Fournaise, présence familière et pourtant radicalement autre, que l’on observe sans jamais la maîtriser vraiment.
Le réveil du piton de la Fournaise en janvier 2026 ne constitue pas seulement un épisode de plus dans son histoire éruptive, mais un moment où géologie, mémoire collective et récits symboliques se rejoignent. En façonnant la terre, ce volcan façonne aussi l’imaginaire réunionnais, rappelant que vivre sur une île volcanique, c’est cohabiter avec un feu intérieur qui ne s’éteint jamais vraiment.
Les légendes liées au Piton
Dans les légendes locales réunionnaises, le Piton de la Fournaise, volcan emblématique, est peuplé d’êtres surnaturels nés de ses entrailles en fusion. La figure dominante est Grand-mère Kalle (ou Granmèr Kal), sorcière mythique associée au volcan. Tantôt ancienne esclave éplorée ayant perdu son fils, tantôt maîtresse cruelle maltraitant ses esclaves, elle hante les champs de lave, parfois sous forme humaine, parfois oiseau noir.
Accompagnée de Grand Diable, son époux démoniaque, elle provoque les éruptions par sa colère et enlève les enfants imprudents pour les enfermer dans le cratère. Une variante la dit damnée, son âme errante reposant seulement si ses restes, au fond de l’Étang-Salé, reçoivent une sépulture.
D’autres récits évoquent un dragon maléfique cherchant à conquérir le Piton, perturbant sa tranquillité, ou des esprits liés aux esclaves sacrifiés. Ces mythes, mêlant peur, esclavage et forces telluriques, nomment même des cratères comme « Piton Kalla et Pelé », honorant Kal et la déesse hawaïenne du feu.
Ces êtres incarnent la puissance crainte et respectée du volcan, gardien des secrets de La Réunion.
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