28 ans plus tard : le temple des morts, un second film qui fait honneur au cinéma de genre !


Dans 28 ans plus tard : le temple des morts, la saga culte s’éloigne encore un peu plus du simple film d’infectés pour explorer ce qu’il reste d’humanité quand tout s’est effondré. Nia DaCosta signe un chapitre sombre, ample et profondément politique.

Avec ce film, la saga franchit un cap décisif. Nia DaCosta délaisse le simple film d’infectés pour sonder ce qu’il reste d’humanité dans un monde effondré. À travers des récits croisés et une mise en scène plus posée, le film explore la mémoire, la foi, la violence et la perte de repères moraux. Porté par une ambiance lourde et une photographie marquante, ce nouvel opus s’impose comme un film de genre solide, ambitieux et profondément inquiet sur la nature humaine.

28 Ans Plus Tard : Le Temple Des Morts © 2024 CTMG, Inc. All Rights Reserved.

L’action se déroule près de trois décennies après la propagation initiale du virus. Les infectés existent toujours, mais la menace principale ne vient plus seulement d’eux. Le film suit trois trajectoires majeures qui se croisent sans cesse. D’abord celle du docteur Ian Kelson, interprété par Ralph Fiennes, médecin devenu bâtisseur d’un mausolée gigantesque, le Temple des morts, monument funéraire dédié aux victimes de l’effondrement du monde. Kelson n’est plus seulement un scientifique, il est aussi gardien de la mémoire, artisan d’un sens à donner à l’après. Sa relation avec Samson, un Alpha infecté maintenu sous sédatif, interroge frontalement la frontière entre monstruosité et humanité.
En parallèle, Spike, jeune survivant déjà marqué par un parcours initiatique violent, se retrouve prisonnier d’un groupe de jeunes fanatisés mené par Jimmy Crystal. Ce dernier, gourou charismatique et profondément dérangé, a bâti une secte où la violence devient rite et croyance. Autour de lui gravitent les « Jimmies », des adolescents sans repères, façonnés par la peur et l’idéologie. Enfin, le film tisse le destin de ces personnages dans un monde où les survivants sont parfois bien plus terrifiants que les infectés eux-mêmes, rappelant que l’apocalypse morale a peut-être précédé l’apocalypse biologique.

Un film de genre réussi au cœur d’une apocalypse

Le film en lui-même fonctionne parfaitement comme un unitaire. On est capté par les 3 récits croisés : Le docteur, Sanson et ces jeunes « doigts ». On aime l’ambiance, le rythme et la photographie ! Bref un bon film de genre car il alterne les points de vues.

Mais cette efficacité narrative n’est que la surface d’un projet bien plus ambitieux. 28 ans plus tard : le temple des morts s’inscrit pleinement dans le cinéma de genre, tout en le dépassant. Nia DaCosta ne cherche jamais à reproduire le style de Danny Boyle, elle impose une mise en scène plus posée, parfois presque contemplative, qui contraste avec la brutalité des situations. Le film joue sur des ruptures de ton très maîtrisées : l’univers quasi pastoral du Temple, baigné d’un calme inquiétant, s’oppose violemment à la nervosité des scènes impliquant les Jimmies, filmées avec une caméra plus mobile, presque fébrile.

28 Ans Plus Tard : Le Temple Des Morts: Jack O’Connell © 2024 CTMG, Inc. All Rights Reserved.


La photographie de Sean Bobbitt donne une identité forte à chaque espace. Le Temple des morts, composé de milliers d’ossements, devient un personnage à part entière, symbole d’un monde obsédé par la mémoire et la culpabilité. À l’inverse, les lieux occupés par la secte évoquent un chaos permanent, où la violence est ritualisée, presque banalisée. Le film interroge frontalement la notion de croyance en temps d’apocalypse : foi religieuse dévoyée, science impuissante, idéologie de survie.

Ce qui frappe surtout, c’est la manière dont le scénario d’Alex Garland replace l’humain au centre du récit. Les infectés ne sont plus l’unique incarnation du mal. Le véritable danger vient de l’absence de compassion, de la perte totale de repères moraux. À travers Kelson et Samson, le film pose une question dérangeante : reste-t-il une étincelle d’humanité même dans ce que l’on considère comme irrécupérable ? À travers Spike et Jimmy Crystal, il montre comment un monde brisé peut engendrer des monstres parfaitement conscients, structurés, presque rationnels dans leur folie.

Sans jamais sombrer dans le gore gratuit, le film installe une atmosphère lourde, oppressante, parfois glaçante, mais toujours lisible. Il s’agit moins d’un film de zombies que d’un miroir tendu à notre propre société, où la peur, la manipulation et le besoin de croire peuvent conduire aux pires dérives. Un film de genre solide, exigeant, et étonnamment lucide sur notre rapport à la violence et à la mémoire collective.

_________

Note : 4 sur 5.

14 janvier 2026 en salle | 1h 50min | Epouvante-horreur
De Nia DaCosta | 
Par Alex Garland
Avec Ralph Fiennes, Alfie Williams, Jack O’Connell
Titre original 28 Years Later: The Bone Temple

Changement de réalisateur et de style

Avec 28 ans plus tard : Le Temple des morts, la saga entame un virage assumé. Si le film s’inscrit dans la continuité directe de 28 ans plus tard, il marque une rupture nette dans la mise en scène. Là où Danny Boyle privilégiait une approche plus organique, émotionnelle et presque intimiste, Nia DaCosta impose une horreur plus frontale et plus graphique. La réalisatrice s’approprie pleinement l’univers imaginé par Alex Garland, en abandonnant les effets nerveux et l’esthétique quasi documentaire pour une mise en scène plus classique, plus maîtrisée, mais aussi plus sanglante. Le film gagne en brutalité ce qu’il perd en nervosité, assumant une noirceur morale où les survivants deviennent plus effrayants que les infectés.

Pourquoi ces changements ?

Le passage de relais n’est pas artistique, mais logistique. Danny Boyle, toujours producteur et impliqué dans l’écriture globale de la trilogie, n’a tout simplement pas pu assurer la réalisation du second opus en raison d’un tournage quasi simultané et de contraintes de calendrier liées à la sortie et à la promotion du premier film. Sony Pictures a donc confié le projet à Nia DaCosta, choix mûrement réfléchi tant son travail sur Candyman avait convaincu l’équipe. La cinéaste a prévenu d’emblée qu’elle ne chercherait pas à imiter Boyle, mais à imposer sa propre lecture. Résultat : un film plus violent, plus radical, qui assume une vision pessimiste et pose frontalement la question centrale du scénario, à savoir ce qu’il reste de l’humanité quand toute boussole morale a disparu.


En savoir plus sur Direct-Actu.fr le blogzine de la culture pop et alternative

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

Un commentaire ça aide toujours !

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.