Father Mother Sister Brother – La famille sous tous ses angles


Father Mother Sister Brother observe avec une précision feutrée les liens distendus entre parents et enfants adultes. Trois récits autonomes, situés aux États-Unis, en Irlande et en France, composent une comédie mélancolique, attentive aux silences, aux gestes et aux malentendus familiaux du quotidien.

Notre avis en quelques mots :
Un triptique touchant et inspirant sur la famille, nos relations et manières d’interagir : rituels, rdv annuel ou mensuel, confidences ou simplement évitement. Chaque chapitre nous dévoile un peu d’humanité ou juste des regrets de ce qui pourrait être ou de ce qui ne sera jamais. Au sein de ces court-métrages, Sister-Brother est notre gros coup de cœur !


Chaque partie du film est liée par une même attention portée aux relations familiales à l’âge adulte. Dans Father, un frère et une sœur rendent visite à leur père, homme reclus et non conformiste, dans sa maison isolée du nord-est des États-Unis. La mort de la mère, survenue quelques années plus tôt, plane sur cette rencontre hivernale où les différences de tempérament et de valeurs créent une gêne sourde. Le père, libre et marginal, se heurte à ses enfants devenus plus conventionnels, révélant un fossé générationnel autant affectif que culturel.
Dans Mother, deux sœurs se retrouvent à Dublin chez leur mère, romancière à succès, cultivée et raffinée. Le rituel annuel du thé devient le cadre d’un échange vif et souvent drôle, où les personnalités opposées des deux filles se renvoient leurs contradictions, sous le regard lucide et parfois ironique de la mère.
Enfin, Sister Brother suit des jumeaux d’une vingtaine d’années à Paris, confrontés à la mort récente de leurs parents bohèmes. En revisitant les lieux de leur enfance et en fouillant les objets conservés, ils découvrent des secrets familiaux qui redessinent leur histoire commune. Ces trois récits fonctionnent comme des études de caractères, sobres, sans jugement, où l’observation prime sur le conflit spectaculaire.


Pourquoi ce film en triptyque et non un long métrage choral ?

Le choix du triptyque permet au cinéaste de privilégier la singularité de chaque relation familiale plutôt que de les fondre dans une narration chorale classique. Là où le film choral multiplie les croisements et les échos directs entre personnages, le triptyque isole les situations pour mieux en observer les nuances. Chaque segment possède son rythme, son espace géographique, sa couleur émotionnelle. Cette séparation nette évite toute hiérarchie entre les récits et empêche l’un d’eux de prendre le pas sur les autres.
Le triptyque agit aussi comme un dispositif de regard. Il invite le spectateur à comparer, non pas des intrigues entremêlées, mais des manières différentes d’être parent ou enfant à l’âge adulte. La distance géographique renforce cette idée : les conventions familiales varient selon les cultures, mais les tensions, les maladresses et les attentes affectives demeurent universelles.

Finalement, cette structure épouse pleinement le style du réalisateur, souvent qualifié d’anti-action. Le découpage en trois films courts favorise l’accumulation de détails, de silences et de micro-gestes. Chaque partie devient un espace autonome de contemplation, presque un court métrage étendu, où le temps peut s’étirer sans contrainte dramatique imposée par une intrigue centrale unique.


La famille : conventions sociales, solidarité ou rites-habitudes ?

Le film interroge frontalement ce qui fonde la famille contemporaine. Est-elle avant tout un cadre social normé, défini par des rôles attendus, ou un lien vivant reposant sur la solidarité et l’attention mutuelle ? Dans les trois volets, la famille apparaît moins comme un refuge naturel que comme une construction fragile, faite d’habitudes, de rendez-vous ritualisés et de non-dits.

Les conventions sociales sont omniprésentes. Dans Father, les enfants adultes attendent inconsciemment de leur père qu’il corresponde à une image rassurante du parent vieillissant, alors que lui refuse toute normalisation. Dans Mother, le rituel du thé annuel incarne cette volonté de maintenir une façade harmonieuse, même lorsque les tensions affleurent. Les rites servent ici à contenir les conflits plus qu’à les résoudre.

Pourtant, le film ne nie jamais la possibilité de solidarité. Elle se manifeste discrètement, dans un regard, une écoute, un silence partagé. Dans Sister Brother, la relation fusionnelle des jumeaux montre que la famille peut aussi se réinventer en dehors des parents disparus, par une complicité construite dans l’épreuve.
Ainsi, la famille n’est ni idéalisée ni condamnée. Elle est présentée comme un ensemble de pratiques répétées, parfois vides de sens, parfois essentielles pour continuer à faire lien. Le film suggère que ce sont moins les liens du sang que la capacité à accepter l’autre dans sa singularité qui permettent à la famille d’exister encore.

Le plus drôle est de voir la vision des enfants et la réalité, quand les descendants quittent le foyer, les parents vont vivre des activités bien différentes de celles qu’on pense. Le père n’est pas si seul, il vit sa vie, presque comme un ado qui se cache de ses parents. Ce rapport montre que les enfants attendent de leurs parents un comportement, quant à eux, ils espèrent sincèrement quelque chose de leur enfant. Des attentes silencieuses qui disent beaucoup sur notre société !

Aux sources de ce film

Jim Jarmusch définit explicitement Father Mother Sister Brother comme un « film anti-action », un cinéma de la retenue où rien ne force le regard, mais où tout s’accumule patiemment. Le récit avance par touches successives, presque imperceptibles, laissant aux silences, aux gestes et aux regards le soin de faire émerger l’émotion. Cette approche trouve un prolongement direct dans le travail formel mené avec les directeurs de la photographie Frederick Elmes et Yorick Le Saux, chacun apportant une texture visuelle spécifique à chaque segment, sans jamais rompre l’unité d’ensemble. La variation des lumières, des cadres et des rythmes épouse ainsi les états intérieurs des personnages. Le montage, confié à Affonso Gonçalves, agit comme un travail d’orfèvre, presque musical, où la coupe ne cherche pas l’efficacité narrative, mais la justesse du tempo émotionnel. L’ensemble revendique une conception du film comme un objet de pur cinéma, né d’une collaboration fidèle et organique avec des compagnons de route historiques, où chaque métier participe d’un même geste artistique cohérent et assumé. Sans oublier la musique composée par le réalisateur lui-même, proposant une extension complète de sa vision image et sonore de son projet.

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Note : 5 sur 5.

7 janvier 2026 en salle | 1h 51min | Comédie, Drame
De Jim Jarmusch | 
Par Jim Jarmusch
Avec Tom Waits, Adam Driver, Mayim Bialik


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