Delphine Landré – Oublier un instant


Une folk alternative sensible où Delphine Landré explore la fragilité du lien et le lâcher prise. Entre brume, marée et lumière éclatée, la chanson propose un recul lucide sur l’attachement, porté par un arrangement audacieux et organique.

Avec Oublier un instant, Delphine Landré signe un titre à la fois délicat et structuré, extrait de son premier EP attendu à l’automne 2026. Composé avec Ian Kelly, le morceau installe un climat intimiste où la voix avance à découvert, soutenue par une instrumentation épurée. La nostalgie y circule, mais jamais sans une tension souterraine. La chanson ne dramatise pas la rupture, elle observe ce moment fragile où deux êtres comprennent que l’intensité ne suffit pas toujours à construire.

Delphine Landré est autrice compositrice interprète, comédienne de formation et artiste peintre. Diplômée du Conservatoire d’art dramatique de Québec, elle s’est illustrée dans plusieurs séries télévisées, tout en développant un travail de mise en scène et d’enseignement. Sur le plan musical, elle a collaboré avec HomaStudioLab, BB Puma, Wusen, Gabriel Lajoie, Gab Lamarre et Ian Kelly. En 2023, deux de ses chansons sont retenues par SiriusXM Franco, tandis que le vidéoclip Avions en papier est mis en avant par l’ADISQ. Son univers se distingue par une cohérence rare entre musique, théâtre et arts visuels, la pochette peinte à la main de ce single en étant une illustration directe.

Quand les blessures anciennes figent le rapport au monde

Les paroles de la chanson décrivent la tentative d’approche entre deux personnes marquées par des blessures anciennes. Derrière les sourires se cachent des barricades, derrière les regards des aveux retenus. Les images maritimes, la marée, la brume, la lumière qui éclate, traduisent cet entre-deux instable où l’on hésite entre abandon et retenue. Le morceau évoque le lâcher prise lorsque la connexion profonde devient impossible à stabiliser. Il ne s’agit pas de fuir, mais d’accepter que certaines rencontres n’existent que dans un temps suspendu, précieux et limité.

L’originalité de cette chanson tient d’abord à son traitement imagé. Delphine Landré ne nomme jamais frontalement la peur ou la rupture, elle préfère convoquer la brume, la marée montante, les fenêtres nocturnes des yeux. Ces choix déplacent l’émotion vers le paysage. L’intime devient atmosphérique. Ce procédé crée une distance salutaire, car l’auditeur n’est pas enfermé dans un récit explicatif, il circule dans des sensations.

L’entre-deux est au cœur de la construction. Rien n’est tranché immédiatement. Les paroles de la chanson installent une tension douce entre l’élan vers l’autre et la conscience des limites. La révélation n’est pas spectaculaire. Elle s’insinue progressivement, comme une évidence qui monte avec la marée. Tout cela mène à une certaine lucidité, mais elle demeure contextuelle. Ici, on découvre que ce recul peut être définitif pour une relation précise, tout en restant transposable à d’autres rencontres. Ce qui est beau, c’est que la chanson nous apprend à ne pas nous perdre dans un fatalisme dévorant, mais prendre la chose comme propre à une situation qu’on ne peut qu’accepter pour avancer.

Sur le plan musical, c’est audacieux comme arrangement, le texte est beau, profond et malicieux. La seconde partie avec l’entrée de la batterie est intéressante, plus dense et organique. Cette évolution structurelle accompagne le chemin émotionnel. La première partie retient, la seconde assume. L’organique de la batterie ancre ce qui, jusque là, flottait dans une brume presque contemplative. L’intensité ne déborde pas, elle se concentre.

Cette retenue rappelle une tradition francophone où la nuance prime sur l’effet. Le Canada propose toujours des chansons francophones avec un charme qui semble avoir disparu en France depuis la fin des artistes à textes comme Jacques Brel, qui on le rappelle était belge. Ce parallèle ne relève pas de la nostalgie gratuite, il souligne une exigence d’écriture, une manière d’explorer la faille humaine sans cynisme. Delphine Landré s’inscrit dans cette filiation par la précision des images et la place laissée au silence.

La chanson appelle ainsi à prendre du recul. Non pour anesthésier l’émotion, mais pour l’accueillir. Accepter qu’un instant puisse être intense et pourtant limité devient un geste de maturité. Loin d’une rupture dramatique, Oublier un instant propose une éthique de la relation, lucide et sensible.


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