À Saint-Denis, une structure unique accueille les femmes victimes de violences et les accompagne vers la reconstruction. À travers le regard d’une équipe soignante engagée, le film explore un combat quotidien où soin, solidarité et résistance deviennent des actes politiques.
À la Maison des Femmes, un lieu inspiré de la structure fondée par Ghada Hatem, une équipe pluridisciplinaire accompagne des femmes victimes de violences dans leur parcours de reconstruction. Diane (Karin Viard), cheffe d’équipe énergique et inépuisable, tient la barre d’un centre constamment menacé par le manque de moyens. À ses côtés, Manon (Laetitia Dosch), sage-femme engagée mais fragilisée par sa propre maternité, et Awa (Eye Haïdara), pilier indéfectible toujours du côté des patientes. Inès (Oulaya Amamra), jeune interne, découvre peu à peu la réalité du terrain et démêle son propre rapport à ces histoires de femmes. Autour d’elles gravitent Alex (Pierre Deladonchamps), psychologue, et l’administrateur interprété par Jean-Charles Clichet, rappelant que ce combat ne se joue pas seulement dans l’écoute, mais aussi dans la gestion et la survie institutionnelle.
Un combat au quotidien pour rendre le modèle une priorité nationale
Le film montre un lieu déjà en fonctionnement, rodé, vibrant, mais fragile. Dès sa genèse, la Maison des Femmes s’est construite contre l’inertie administrative et le scepticisme politique. Dans la réalité, Ghada Hatem a dû convaincre financeurs et institutions, chercher des fonds, structurer une équipe pluridisciplinaire, tout en continuant d’exercer comme gynécologue obstétricienne. Ce combat, le film le traduit par une tension constante entre urgence humaine et pression institutionnelle.
Chaque jour, ce sont entre cinquante et quatre-vingts femmes qui franchissent les portes de la structure. Près de quatre mille nouvelles patientes sont accueillies chaque année. Face à cet afflux, une équipe d’environ cinquante professionnels, souvent à temps partiel tant la charge émotionnelle est lourde, tente d’offrir un accompagnement global, médical, psychologique, juridique et social. Le modèle repose sur la transversalité des compétences, mais aussi sur une solidarité interne sans faille.
Le film insiste sur cette énergie collective. L’humour y devient un outil de survie. Les soignantes ne sont pas montrées comme des figures sacrificielles, mais comme des femmes debout, capables de rire, de se soutenir, d’analyser leurs pratiques, de partager leurs doutes. Cette représentation est essentielle, car elle déplace le regard. Il ne s’agit pas de s’attarder sur la violence subie, mais sur la capacité à réparer, à reconstruire.
Politiquement, le modèle pose une question simple, mais redoutable : pourquoi ces structures restent-elles dépendantes de montages financiers fragiles alors que leur utilité publique est évidente ? Trente-deux Maisons des Femmes existent aujourd’hui, bientôt trente-six. Leur multiplication démontre l’efficacité du dispositif. Pourtant, leur pérennité dépend encore de décisions locales, de subventions, de la bonne volonté d’élus.
Le film, sans discours militant appuyé, montre la pression des contrôles administratifs, l’Inspection générale des affaires sociales, la paperasse qui ralentit l’action. Il rappelle que sauver, accompagner, réparer, demande du temps et des moyens. En filigrane, il appelle à reconnaître ce modèle comme une priorité nationale. Non pas par compassion, mais par cohérence. La lutte contre les violences faites aux femmes ne peut être un slogan ; elle suppose des structures concrètes, financées, soutenues et protégées.
La réalité derrière la fiction
Si le film de Mélisa Godet adopte une forme chorale et assume une part de fiction, il s’ancre profondément dans le réel. Ghada Hatem a collaboré à l’écriture, veillant à la crédibilité des situations. Elle a posé des conditions claires : ne pas utiliser son nom pour le personnage et respecter la réalité du terrain. Ce dialogue entre cinéma et pratique médicale donne au récit une authenticité rare.
La violence n’est jamais montrée frontalement. Elle est portée par la parole des patientes, par les silences, par les gestes. Ce choix rejoint la philosophie même de la Maison des Femmes, qui refuse la spectacularisation des corps meurtris. La fiction permet la distance nécessaire pour raconter l’indicible sans exposer les victimes réelles.
Enfin, le tournage lui-même s’est construit autour d’un code éthique exigeant, garantissant un climat de respect et de sécurité pour les équipes artistiques et techniques. Ce soin apporté à la fabrication du film prolonge, en quelque sorte, les valeurs défendues à l’écran. La lumière qui se dégage de l’œuvre ne relève pas de l’angélisme, mais d’une cohérence entre le sujet, la mise en scène et les conditions de production. La Maison des Femmes n’est pas seulement un décor ou un symbole. Elle apparaît comme un organisme vivant, fragile et combatif, reflet d’un engagement collectif qui dépasse la fiction et interroge directement la société.
Notre avis sur ce film
Un film qui rappelle combien les secteurs du social et du médical sont sous tensions. Ils n’attirent plus autant, sauf des personnes présentes par vocation, et les salaires souvent non alignés sur les contraintes des horaires et la charge émotionnelle font que les candidats ne se bousculent guère !
La réalisation est sensible, elle alterne plusieurs points de vue de manière naturelle. La présence d’un homme au poste de psychologue est un capital. Comme Alex le dit si bien : « c’est important qu’un homme soit présent pour dire que ce n’est pas normal », les viols, les violences physiques et toutes autres agressions.
On reste captivé par la dynamique entre les héroïnes et les survivantes. Quant au contexte du récit, il permet de voir les conséquences du confinement durant la pandémie. Un combat, un idéal d’une réparation du corps et de l’esprit par des méthodes transverales.
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4 mars 2026 en salle | 1h 50min | Drame
De Mélisa Godet |
Par Mélisa Godet
Avec Karin Viard, Laetitia Dosch, Eye Haïdara
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