Bobby Amaru x Veda x Saliva x Judge & Jury – Running Up That Hill


Une reprise hard rock inspirée par Stranger Things qui modernise la stupeur mélancolique du classique. Entre tension électrique et quête d’échange émotionnel, l’interprétation transforme un tube culte en expérience cathartique et contemporaine.

Avec cette version de Running Up That Hill, Bobby Amaru, Veda, Saliva et Judge & Jury ne cherchent pas à reproduire un mythe, mais à le déplacer. L’inspiration revendiquée de Stranger Things inscrit d’emblée la chanson dans une relecture culturelle récente. Synthés cinématographiques, guitares massives et voix épiques recomposent l’émotion originelle en la tendant vers un registre plus frontal, presque viscéral.

Bobby Amaru est un chanteur, auteur et producteur américain, principalement connu comme leader du groupe Saliva depuis 2011. Ancien batteur devenu frontman, il a insufflé au groupe une énergie plus actuelle tout en respectant son identité rock ancrée dans une culture populaire directe. Son travail sur plusieurs albums, dont Love, Lies & Therapy et Revelation: Retold, a consolidé sa place sur la scène Active Rock américaine. Engagé dans une démarche personnelle de sobriété et attentif à la transmission artistique, il collabore ici avec sa fille Veda, ajoutant une dimension générationnelle à cette reprise.

Les paroles de la chanson reposent sur une idée simple et vertigineuse, échanger les places pour comprendre l’autre. Le pacte imaginaire avec Dieu devient une métaphore d’un désir d’empathie absolue. L’image de la course, courir sur la route, gravir la colline, monter un bâtiment, traduit l’effort intérieur nécessaire pour franchir la distance émotionnelle. Il ne s’agit pas d’un conflit spectaculaire, mais d’une fracture intime, faite d’incompréhensions, de blessures et d’un amour qui résiste à la haine latente. L’enjeu n’est pas de vaincre l’autre, mais de ressentir ce qu’il ressent afin d’apaiser la violence implicite des relations.

Une revisite moderne d’un hit !

Cette version modernise la stupeur et le côté mélancolique de l’œuvre originale. Depuis Placebo, aucune reprise n’avait su donner un souffle de modernité à ce hit redécouvert par l’exploitation dans la série Netflix cultissime Stranger Things.

L’original reposait sur une tension froide, presque suspendue. Ici, la production choisit l’amplification. Les guitares épaississent la dramaturgie, les synthés rappellent l’esthétique années 80 remise au goût du jour par la série, et la batterie impose un battement plus organique. Cette montée en puissance transforme la mélancolie en combat intérieur. L’artiste ne se contente pas d’illustrer la douleur, il la met en mouvement.

La singularité vient du traitement des images. La balle logée profondément, le tonnerre dans les cœurs, la course répétée comme une incantation, tout cela n’est pas décrit comme une fatalité. Ces images sont utilisées comme des seuils. Elles marquent un entre-deux, celui d’un couple conscient de se blesser sans réellement vouloir le faire. Les émotions ne sont pas niées, elles sont mises à distance pour être comprises. Le refrain agit alors comme une tentative de résolution, non pas en effaçant la souffrance, mais en proposant un échange d’expérience.

L’appel à « échanger l’expérience » devient le point central. Il ne s’agit plus seulement d’un fantasme mystique, mais d’un exercice de lucidité. La prise de conscience existe, elle est perceptible dans l’insistance sur le « toi et moi ». Pourtant, rien n’indique qu’elle soit irréversible. La répétition du souhait conditionnel laisse planer un doute. Le changement dépend du contexte, de la capacité réelle à entendre l’autre. L’irréversibilité n’est pas affirmée, la transformation reste suspendue à un choix.

En modernisant la texture sonore, Bobby Amaru et ses collaborateurs déplacent le centre de gravité du morceau. La mélancolie n’est plus contemplative, elle devient active. L’émotion n’est plus seulement subie, elle appelle à un recul, presque à une discipline intérieure. C’est là que réside la réussite de cette version, elle transforme un aveu fragile en déclaration puissante, sans trahir le cœur du propos.


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