Marty Supreme, le combat démesurément pathologique d’un homme prêt à tout pour être connu !


En 1952, dans le Lower East Side de New York, Marty Supreme suit l’ascension chaotique d’un jeune homme persuadé que sa foi en lui-même peut renverser l’ordre social. Un récit nerveux sur l’ambition, l’illusion du rêve américain et le prix intime du succès.


Marty Mauser (Timothée Chalamet) est un vendeur de chaussures contraint de travailler dans la boutique de son oncle, prisonnier d’un avenir tout tracé. Convaincu que le tennis de table peut devenir son échappatoire, il s’acharne à transformer un sport méprisé en tremplin vers la reconnaissance. Autour de lui gravite Rachel Mizler (Odessa A’zion), compagne imprévisible et loyale, autre rêveuse enfermée dans un déterminisme social étouffant. Marty affronte aussi Milton Rockwell (Kevin O’Leary), industriel fortuné et figure du capitalisme triomphant, ainsi que Kay Stone (Gwyneth Paltrow), ancienne star hollywoodienne dont les renoncements résonnent comme un avertissement silencieux.

Marty Supreme © Entertainment Film Distributors, with Timothée Chalamet

Le rêve américain à la sauce new-yorkaise. Marty aussi admirable que détestable !

Le film inscrit Marty Mauser au cœur d’un mythe américain profondément ancré dans l’après-guerre, celui de l’individu persuadé que la seule force de la volonté suffit à déplacer les lignes. Dans le New York des années 50, la réussite individuelle devient une valeur cardinale, presque une obligation morale. Marty incarne cette croyance avec une intensité qui force autant l’admiration que le rejet. Admirable, parce qu’il refuse le déterminisme social, le magasin familial, la pauvreté, les injonctions à se contenter de peu. Détestable, parce que cette foi aveugle en son destin le rend égoïste, brutal, souvent sourd aux dégâts qu’il provoque autour de lui.

Son ambition est démesurée, mais elle se nourrit d’un contexte précis. Le tennis de table, sport marginal et clandestin, devient le symbole parfait d’une Amérique qui promet tout mais ne valorise que ce qui brille déjà. Marty s’acharne à imposer un rêve que personne ne respecte, et c’est précisément cette absurdité qui le définit. Le film montre comment cette obstination fonctionne comme un moteur, mais aussi comme un poison. Chaque obstacle, qu’il s’agisse de l’argent, de la famille, de la grossesse de Rachel ou de la concurrence internationale, renforce sa conviction plutôt que de l’assagir.

Marty est aussi un produit du capitalisme qu’il prétend défier. Il manipule, séduit, convainc, écrase parfois, reproduisant les mécanismes mêmes qu’il dénonce. Sa trajectoire met en lumière une contradiction centrale du rêve américain, la glorification de l’individu s’accompagne d’une indifférence totale aux autres. Le film joue constamment sur cette ambivalence, invitant à ressentir de l’empathie pour ce personnage excessif tout en révélant la violence de son aveuglement. Marty avance porté par une énergie vitale impressionnante, mais son parcours a quelque chose de sisyphéen, car chaque victoire prépare une chute possible.


Un film né de l’imaginaire d’un réalisateur et d’un acteur

Marty Supreme est indissociable de la relation artistique entre Josh Safdie et Timothée Chalamet. Le projet naît avant même l’écriture du scénario, d’un désir commun d’explorer un personnage en mouvement permanent, façonné par ses contradictions. Safdie construit un cadre volontairement instable, nourri par des années de recherches sur le tennis de table et les marges new-yorkaises, laissant une large place à la spontanéité et au chaos contrôlé.

Chalamet s’inscrit pleinement dans cette démarche. Sa préparation repose moins sur une composition figée que sur une immersion instinctive dans l’énergie de Marty. Le film se façonne alors dans un dialogue constant entre mise en scène et interprétation, où le personnage semble parfois devancer le récit. Safdie revendique cette méthode, laissant les personnages dicter leurs actes et leurs dérives, quitte à bousculer le scénario au montage.

Cette collaboration produit un portrait profondément incarné, où la nervosité de la caméra, le rythme effréné et la présence physique de l’acteur ne font qu’un. Marty Supreme devient ainsi le résultat d’une vision partagée, celle d’un cinéma qui privilégie la tension, l’humanité et le déséquilibre, pour mieux saisir la folie intime d’un rêve poursuivi jusqu’à l’obsession.

​Entre l’extrémité d’un rêve qui se transforme en véritable cauchemar, l’histoire de Marty rappelle cette question : faut-il tout sacrifier pour atteindre ses rêves ou savoir raccrocher à temps ? Il est aussi détestable qu’admirable, offrant de la fascination sur sa force de persuasion et d’obstination. La performance de Timothée est au RDV et ne laissera personne indifférent !


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Note : 4 sur 5.

18 février 2026 en salle | 2h 30min | Biopic, Drame
De Josh Safdie | 
Par Josh Safdie, Ronald Bronstein
Avec Timothée Chalamet, Gwyneth Paltrow, Odessa A’zion

Pour aller plus loin avec le film

La dimension internationale du récit comme miroir idéologique

Le film déploie un rayonnement presque mondial dans le parcours de Marty, bien au-delà d’un simple changement de décor. Il s’éloigne du Lower East Side pour traverser Londres, Paris, Tokyo, Sarajevo ou encore l’Égypte, non afin de célébrer une réussite spectaculaire, mais pour confronter le rêve américain à d’autres récits de reconstruction d’après-guerre. La rivalité avec Koto Endo, joueur japonais issu d’un pays vaincu et en pleine reconstruction, occupe une place centrale. Elle met en tension deux visions opposées, l’individualisme triomphal américain face à une logique de survie collective. Cette lecture géopolitique et historique éclaire le film comme une réflexion sur les récits nationaux du succès, et non comme la simple chronique d’une trajectoire personnelle.


Le rôle fondamental du dispositif formel dans la narration

Le film accorde une place centrale au choix esthétique comme véritable outil narratif. Le tournage en 35 mm, l’utilisation d’objectifs anamorphiques d’époque et une caméra constamment en mouvement ne relèvent pas d’un simple parti pris visuel. Ces choix traduisent l’état mental de Marty, son agitation permanente, sa fuite en avant, son incapacité à se poser. Le montage, mené conjointement par Josh Safdie et Ronald Bronstein, s’inscrit dans la même logique, le scénario étant volontairement bousculé au profit d’une énergie brute. Cette approche formelle fait du film une expérience sensorielle, pensée pour ne jamais installer le spectateur dans une zone de confort, et constitue un élément fondamental de sa mise en scène.


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