Faunea – Satellites


Dans Satellites, Faunea transforme la rupture en trajectoire céleste. Une chanson douce, étrange et surprenante, où prendre du recul devient un geste vital, presque cosmique.

Sorti le 9 avril 2022, Satellites révèle une artiste qui regarde ses failles sans détour. Faunea choisit l’espace comme métaphore du lien amoureux, et inscrit la séparation dans une dynamique d’élévation. Ici, les émotions ne sont ni niées ni dramatisées, elles sont observées à distance, comme si l’on quittait l’orbite d’une relation pour mieux comprendre sa propre gravité intérieure.

Faunea se présente comme une artiste scandinave instinctive, passionnée, presque habitée par l’art. Cette image d’une créatrice qui explore, qui se trompe, qui apprend, irrigue directement Satellites. On y retrouve une sensibilité nordique, à la fois épurée et atmosphérique, proche d’une pop aérienne où la production du collectif Daydreamers laisse respirer la voix. L’écriture, co-signée avec Lee Anna McCollum, privilégie les images vastes plutôt que les confidences frontales. Cette approche donne à la chanson une tonalité douce, étrange et surprenante. Douce, par la délicatesse mélodique. Étrange, par l’usage constant du vocabulaire spatial. Surprenante, enfin, car la séparation n’y est pas vécue comme un effondrement, mais comme une traversée presque initiatique.

La chanson évoque deux êtres fragilisés, « two lost souls / deux âmes égarées », qui ont tenté de se sauver mutuellement. La relation a vacillé, peut-être s’est brisée, mais elle n’est pas réduite à un échec. L’image des satellites, suspendus dans le même ciel, suggère une distance qui n’abolit pas le lien. Il est question de s’éloigner pour explorer, d’accepter le « goodbye » sans renoncer à l’appartenance. La narratrice affirme qu’elle sait désormais quoi faire, qu’elle trouvera toujours son chemin. Le cœur du propos réside dans cette tension, partir sans disparaître, aimer sans se dissoudre.

L’originalité de Satellites tient à son refus du pathos. Faunea ne s’attarde pas sur les blessures, elle les transforme en mouvement. « Climbing out of the deep end » pose d’emblée une dynamique verticale, sortir du fond plutôt que s’y complaire. Puis vient le basculement vers l’espace, satellites, planètes, ciel immense. Ce choix d’images crée une sensation d’élévation. La relation n’est plus enfermée dans une chambre ou dans une scène de rupture, elle est diluée dans un cosmos partagé. Cette perspective rend la chanson douce, étrange et surprenante. Douce, car la mélodie enveloppe les aveux sans violence. Étrange, car la métaphore spatiale installe une distance presque irréelle. Surprenante, car l’affirmation « I belong » ne dépend plus exclusivement de l’autre. Les émotions sont exploitées comme des forces gravitationnelles. La douleur devient propulsion. L’amour, même fissuré, devient axe d’orientation. La prise de conscience semble réelle, « wide awake », mais elle n’a rien d’irrémédiable. Elle ressemble davantage à une lucidité progressive, née du recul, susceptible d’évoluer selon le contexte. La révélation n’est pas une coupure nette, elle est un ajustement d’orbite.

Dans la dernière partie, l’insistance sur « No one’s gonna stop me » marque un déplacement intérieur. L’émotion n’est plus centrée sur le couple, mais sur l’identité. La répétition agit comme une auto-persuasion, presque un mantra. Pourtant, la chanson ne bascule jamais dans l’arrogance. Elle conserve cette douceur initiale, cette étrangeté lumineuse qui évite le triomphalisme. Le sentiment d’appartenance, « That I belong », ouvre une dimension plus large que la romance. Il s’agit d’accepter ses émotions, de les laisser circuler, sans chercher à les figer. La révélation proposée n’est ni totalement définitive ni provisoire. Elle dépend du mouvement même de la vie. Comme des satellites, les êtres peuvent s’éloigner, se rapprocher, changer de trajectoire. Cette vision rend la séparation moins dramatique et plus organique. En cela, Satellites offre une manière originale de traiter les sentiments, non comme une impasse, mais comme une exploration où le recul devient une forme de fidélité à soi.



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